‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 159 sur 296 · III. — Deux vers de Jean Villon · texte numérisé non relu

III. — Deux vers de Jean Villon

MARTIN LE FRANC

Martin Le Franc, né d’après les uns à Aumale, d'après les autres à Arras, vers le commencement du xv® siècle, mérita les bonnes grâces d’Amédée VIII, duc de Savoie. Les schismatiques de Bâle ayant tiré le duc de sa retraite de Ripailles pour en faire l’antipape Félix V, Martin Le Franc resta attaché à la personne de son protecteur, et reçut de lui le titre de protonotaire apostolique. Ce titre lui fut conservé lorsque, avec son maître, il se rangea sous l’obéissance de Nicolas V. Martin Le Franc mourut à Rome en 1460.

Il est l’auteur d’un poème de vingt-quatre mille vers intitulé : Le Champion des dames. L’œuvre est sous forme de plaidoyer. Le champion, et son second, Franc-Vouloir, réfutent les accusations que Malebouche, Vilain-Penser, Faux-Semblant, entassent contre la seconde moitié du genre humain, et font valoir les mérites des filles d’Eve. Le livre avait son à-propos ; et il n’est pas le seul de son espèce dans le xv® siècle. Les femmes avaient été si atrocement attaquées dans le fameux roman de la Rose de Jean de Meung, que Gerson, Christine de Pisan, les prédicateurs, avaient combattu l’immonde composition, dans des écrits, ou du haut de la chaire. C’est dans cet esprit qu’a écrit Martin Le Franc. Il vise l’écrivain Orléanais.

MARTIN LE FRANC

Son poème renferme, avec tout ce qui peut être dit pour et contre les femmes, Thistoire des plus célèbres, qui apparaissent selon que le demande le point traité.

L’ouvrage est divisé en cinq livres ; c’est au quatrième livre, lorsqu’il s’agit des femmes guerrières, qu’est évoqué le souvenir de la vénérable Pucelle. Le champion l’ayant alléguée comme divinement envoyée, Court-Entendement en prend occasion de reproduire les fables mises en avant par le parti anglo-bourguignon. C’est un stratagème inventé par quelque Français; elle avait été au service d’un écuyer, y avait pris des habitudes cavalières, on lui persuada de contrefaire la bergère pour faire croire qu’elle était divinement envoyée; elle usait d’art nécromanlique ; la voix publique fit le reste.

Le champion répond qu’elle n’aurait pas pu faire en un moment ce que l’on n’avait pas fait en vingt ans, si Dieu ne l’avait conduite. Il la justifie du port du vêlement viril.

L’adversaire allègue que ce sont de frivoles raisons, et qu’on l’a bien vu par son supplice.

Le champion répond qu’elle est morte comme beaucoup de saints et Jésus lui-même. Honneur et gloire lui sont dus pour sa vertu très excellente, pour sa force et pour sa victoire. L’adversaire demande qu’on en finisse sur ce sujet : c’est à en devenir fou.

Franc-Vouloir veut qu’elle soit louée par tous, plus que d’autres femmes de mérite, mais qui ne sont pas Françaises.

Martin Le Franc écrivait en 1 440. Les Anglais possédaient la Normandie, le Maine et la Guyenne; il en profite pour exhorter les seigneurs et les princes à imiter le courage de la Pucelle, laisser leurs jeux, leurs querelles pour courir à l’ennemi.

La réhabilitation n’avait pas eu lieu. Cependant, dansle manuscrit 12476 [fd$ français)^ l’auteur est représenté offrant son livre à Philippe, duc de Bourgogne, auquel le prologue est adressé. Le duc se donnait comme le champion des dames, et il est à croire que l’auteur comptait que son attention ne s’arrêterait guère sur un passage qui tient bien peu de place dans un ouvrage de si grande étendue.

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