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D’après Le Maire aussi, ce fut auprès de Notre-Dame de Pitié que Charles VII aurait fait sa prière*.
Les protestants renversèrent le monument lorsque, en 1562, ils s’emparèrent d’Orléans. Il fut rétabli quelque temps après, et subsista jusqu’à ce que leurs logiques héritiers, en août 1792, l’abattirent de nouveau, parce que, disaient-ils, il insultait à la liberté du peuple français, et qu’ils voulaient en couler des canons. Le chef de ces barbares, dont les Iroquois auraient rougi, était l’ancien pédagogue Léonard, ou mieux, comme on disait à Orléans, Léopard Bourdon.
11 semble qu’au lieu de tenir son divin Fils dans ses bras, la Mère des douleurs, dans le nouveau monument, était debout au pied de la Croix.
Les Orléanais portèrent justement sur les membres de la famille de la Pucelle la reconnaissance et l’amour qu’ils avaient pour la Libératrice elle-même. M. Boucher de Molandon dans sa brochure : la Famille de Jeanne d’Arc dans F Orléanais ’, a donné là-dessus d’intéressants détails complétés par ses courtes pages : tin Oncle inconnu de Jeanne d'Arc.
La mère de l’héroïne vint s'y établir vers 1440, et y resta jusqu’à sa mort, le 28 ou 29 novembre 1458. Les honneurs dont la mémoire de sa glorieuse fille y était l’objet, plusieurs fois par an, auraient suffi pour l'y attirer. Elle y assistait au service annuel célébré la veille de la Fête-Dieu, anniversaire du martyre, à la procession du 8 mai ; elle vit en mai et juin 1452 Bouillé, Bréhal, d’Estouteville se préparer à engager la grande cause de la réhabilitation. En novembre 1455, elle quittait Orléans pour se rendre à Paris, escortée vraisemblablement de plusieurs notables bourgeois et sympathiques matrones ; elle allait présenter à la commission apostolique le rescrit que lui avait adressé Calixte III, pour l’autoriser à faire revoir le procès ; en mars 1 456, elle voyait le président de cette commission, l’archevêque de Reims, avec ses assesseurs, engager l’enquête juridique ; la réhabilitation y était solennellement proclamée le 21 juillet de la même année. Isabeau avait auprès d'elle sa petite-fille, Mai^uerite du Lys, fille de Jean d’Arc, prévôt de Vaucouleurs, qui se maria à l’écuyer Jean de Brunet, son fils Pierre, auquel le duc d’Orléans avait donné l’Ile-aux-Bœufs; sa belle-fille était une Barroise, Jeanne Baudot. La dernière découverte de M. de Molandon’, a établi que
1. Uistoire et antiquités de la ville et du duché d'Orléans, p. 187.
2. Herluison, 1878, in-8° de 166 pages, extrait des Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais.
3. Un Oncle de Jeanne d'Arc, Herluison, 1891 , et Mémoires archéologiques, t. XXiU.
EXTRAIT DES COMPTES DE LA VILLE D’ORLEaNS. 377
Mangin de Voutbon, son frère, était venu lui aussi se fixer aux bords de la Loire.
Les comptes de la ville établissent que la municipalité faisait à la glorieuse mère une pension mensuelle de 48 sols, ou d’un sou 7 deniers par jour, annuellement 28 liv. 8 sols. Cette redevance est fidèlement relatée à partir de 1440.
A son arrivée la digne mère fit une maladie. Cela résulte des comptes suivants :
« A Henriet Anquetil et Guillemin Bouchier, pour avoir gardé et gouverné Isabeau, mère de Jeanne la Pucelle, tant en sa maladie comme depuis, et y a esté depuis le VU* jour de juillet jusques au dernier jour
d’août, c’est à savoir au dit Henriet IX 1. XII s. p.
Et au dit Guillaume Bouchier LYII s. II d. p. pour pain et vin. Pour ce XII 1. IX s. U d. p.
« A la chambrière, qui était à feu messire Bertran, physicien, qui avait gardé la dite malade. Pour ce III s. p.
« A Henriet Anquetil, pour la dépense de la dite Isabeau, et de marché fait à lui de quarante-huit solz parisis par mois; pour ce, pour demi-mois de septembre XXHI s. p. »
Dans la suite de cette même année on trouve : « A Ysabeau, mère de Jeanne, pour sa nourriture, pour le mois de décembre (1440) et par l’ordonnance de la chambre, pour ce XLVHI s. p.'. »
La mort d’Isabelle Bornée se trouve relatée dans le registre des comptes de 1458 de la manière suivante :
« A messire Pierre Dulis, chevalier, frère de feu Jehanne la Pucelle, la somme de XLYHI s. p. qui par les procureurs a été ordonné lui estre baillée, pour le don que la ville faisait chacun mois à feu Isabeau, leur mère, pour lui aider à vivre, et pour le mois de novembre derrenier passé, ouquel mois elle trespassa le XXVHI ou XXIX' jour ; pour laquelle cause ladite somme a esté ordonné estre baillée audit messire Pierre, son filz, pour faire du bien pour l’ftme d’elle et accomplir son testament. Pour ce XLVHIs.». »
La Pucelle étant née en 1412, la quatrième ou la cinquième des cinq enfants d’Isabelle Bornée, on est fondé à conclure avec M. de Molandon, qu’elle devait être à peu près octogénaire.
Pierre du Lys est-il venu à Orléans avec sa mère? Il ne le semble pas, puisque ce sont des mains étrangères qui ont soigné la digne femme dans sa maladie de 1440; mais il n’a pas tardé à la rejoindre.