‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 182 sur 296 · Wd., p · texte numérisé non relu

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779 lA VIERGE-GUERRIÈRE D’APRÈS LES LIVRES DE COMPTES.

Cela résulte d’un acte que M. Doinel découvrit dans nue étude de notaire à Orléans, et qui est daté du dernier jour de janvier 1442; M. de Molandon en avait trouvé copie dans les registres du chapitre de Sainte- Croix d’Orléans. C’est un bail emphytbéotique par lequel les chanoines louent au frère de la Pucelle leur domaine des Baigneaux.

Voici le début : « Mestaierie de Baigneaux.

« Le mercredi, dernier jour de janvier 1441 (a. st.) {144S).

« Messire Pierre du Lis, chevalier, chambellan du roy nostre sire, et dame Jehanne sa femme, du pays de Bar, à présent demeurant à Orléans,... confessèrent avoir pris à [pour) la vie d'eulx deux et de Jehan du Lys leur fils, et au survivant d’eux trois, du chapitre de l’Église d’Orléans... à commencer du jour de la Toussaint qui sera en l’an mil CCCC quarante et trois, la mestaierie, terres et appartenances de Baigneaux, assise au vau de Loire [val de Loire), et d’icelle mestaierie, terres et appartenances, feront les proufis leur vie durant, pour ]« quantité de sept muids de grains, c’est assavoir quatre muids de blé seigle, et trois muids avene. »

La métairie des Baigneaux, à deux lieues à l’est d’Orléans, comprenait, d'après M. de Molandon, de 170 à 180 arpents de terres labourables baignées par les eaux de la Loire.

La redevance était légère ; encore, durant les quatre premières années, le preneur était tenu de fournir quatre muids de seigle seulement. On lui faisait grâce de l’avoine.

Le chevalier Pierre du Lys n’était pas riche. Jean Bourdon, qui exploitait les îles Bourdon dans le voisinage des Baigneaux, se porta caution; il allait faire davantage encore. Remarquons, avant de le constater, que Pierre du Lys, ou d’Ârc, est dit chevalier, chambellan du roi. 11 était marié à une femme de son pays, et déjà père.

Les Baigneaux se trouvent sur la rive gauche de la Loire, dans la paroisse de Sandillon, en face de Chécy sur la rive droite. Un vaste réseau d’iles, les unes soudées maintenant au val de gauche, les autres amoindries ou emportées par la rivière qui s’est jetée vers le nord, existait entre les deux bords, et subdivisait les eaux en plusieurs bras de faible largeur. On pouvait par des passerelles, dont quelques vestiges ont été retrouvés, communiquer facilement d’une rive à l’autre. L’Ile-aux- Bœufs, à proximité des Baigneaux, d’une contenance de plus de deux cents arpents de terre, était une de ces îles. Jean Bourdon la possédait en ficfmoyennantune redevance annuelle de six livres parisis. Il proposa de renoncer à son fief, et y renonça en effet, le XXVI juillet 1443, à condition que le duc d’Orléans donnerait l’ile au chevalier Pierre du Lys ; ce qui fut fait.deux jours après, par l’acte dont voici quelques extraits rajeunis.

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EXTRAIT DES COMPTES DE LA VILLE D’ORLÉANS

(( Charles, duc d’Orléauset de Valois..., avons reçu l’humble supplication de notre bien aimé messire Pierre du Lys, chevalier, contenant que pour acquitter sa loyauté envers monseigneur le roi et nous, il partit de son pays et vint au service de mondit seigneur le roi et de nous, en la compagnie de Jehanne la Pucelle sa sœur, avec laquelle jusques à son absentement {disparition)^ et depuis jusques à présent, il a exposé son corps et ses biens audit service, et au fait des guerres de mondit

seigneur le roi, tant devant notre cette ville d’Orléans comme

en plusieurs et divers lieux, et par fortune desdiles guerres, il a été prisonnier desdits ennemis ; et à cette cause, il a vendu les héritages de sa femme, et perdu tous ses biens, tellement qu’il a peine de quoi vivre, et à avoir la vie de sa femme et de ses enfants, nous requérant très humblement que pour lui aider à ce, il nous plaise lui donner pour son vivre, la vie durant de lui et de Jean du Lys, son fils naturel et légitime, les usufruits, profits, revenus et émoluments d’une île appelée rile-aux-Bœufs à nous appartenant, assise en la rivière de la Loire, près de Lasalle, au droit [eii face) de Chécy, ainsi comme elle se poursuit et comporte C’est pourquoi nous, en considération aux choses

dessus dites, en faveur et contemplation de ladite Jeanne la Pucelle sa sœur germaine {propré)^ et des grands, hauts et notables services qu’ELLE et ledit messire Pierre, son frère, ont fails à mondit seigneur le roi et à nous,.... avons donné et donnons, de notre science certaine et grâce spéciale, par ces présentes, audit messire Pierre, et lesdits usufruits, profits, revenus et émoluments de ladite île, et choses dessus dites, pour iceux être pris et perçus dorénavant par lui et sondit fils, la \'ie durant d’eux deux, et de chacun d’eux, tant que le survivant d’eux

deux vivra et aura la vie au corps... etc

« Donné à Orléans le XXVllP de juillet de l’an de grâce mil CCCC quarante et trois. Ainsi signé par Monseigneur le duc *. »

Pierre du Lys et son fils Jean jouirent paisiblement de la concession. Jean du Lys, dit de la Pucelle^ renouvelait son accession au bail des Baigneaux, comme le contrat le lui enjoignait, le 8 janvier 1467. Ce qui suppose que son père venait de mourir *. Jean du Lys, dit de la Pucelle, mourut lui-môme sans postérité, en 1301, et llle-aux-Bœufs passa à sa cousine, Marguerite du Lys, femme de Jean de Brunet ^ Pierre du Lys occupait une place d’honneur à la procession du 8 mai. Il précédait immédiatement le clergé, un serviteur portant un cierge à ses côtés.

1. De Molandon, opéré ciiaio, résumé du paragraphe vi, p. 24.

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