V. — Carcassonne. — Montpellier. — Brignolles
C’est du diocèse de saint Martin que Jeanne s’est élancée à la libération de la France, puisque c’est à Chinon qu’il a été décidé qu’elle serait mise à l’œuvre, de Loches qu’elle est partie pour la campagne de la Loire, préparation de celle du sacre. Saint Martin l’a en quelque sorte armée; sainte Catherine de Fierbois, qui lui a donné l’épée, est du diocèse de Tours, et c’est à Tours, auprès du tombeau du grand thaumaturge, que la Guerrière a fait confectionner son étendard.
Les comptes de la ville parlent à plusieurs reprises de la Pucelle. Vallet de Viriville, Quicherat, en ont donné des extraits; il nous a été donné d’avoir les originaux entre les mains et de les consulter. Avec plus de loisir, un érudit tourangeau, M. Messire, les a compulsés plus récemment, et en 1897 a publié ce qu’ils renferment sur Jeanne d’Arc, dans le journal PUnivers^ n®“ des 16 janvier, 29 mars, 6 mai, 6 juin et 28 juillet, et autres.
Après avoir cité plusieurs pièces établissant les sacrifices faits par Tours pour venir en aide à Orléans, M. Messire nous fait connaître la gratification suivante faite au chevaucheur qui vint porter la nouvelle de la fuite des Anglais. Le chevaucheur porteur de l’heureux message est précisément Jean Colet, qui avait amené Jeanne de Yaucouleurs à Chinon.
« A Jehan Colez, chevaucheur de Tescuirie du roy, notre sire, la somme de X livres tournois qui, par ordonnance des gens dV^lise, bourgeois et habilans de la dite ville, lui ont esté ordonnez estre baillez et donnez pour les bonnes et joyeuses nouvelles par lui apportées en ceste ville, ou (au) mois de juing [lüez : mai) derrier passé, de la prinse faite par la Pucelle, monseigneur de Rays et les gens de leur compaignie, des bastilles que avoient faites les Anglois devant Orléans, où ilz ont esté logez et tenoient le siège, et de la bataille et déconfiture par elle faite contre lesdiz Anglois. Pour ce, paié audit Jehan Colez par mandement desdiz esleuz, donné le IIP jour de juillet UIP XXIX, et quittance sur ce cy rendue. » [Registre des comptes, XXIV, P 106 v°.)
Cette mention a été évidemment rédigée bien postérieurement à l’arrivée de Colet ; ce qui en explique les fautes grossières. La Libératrice arrivait à Tours le 12 ou 13 mai; elle a dû y être devancée par Colet; et Ton ne voit pas pour quelle raison on a différé jusqu’au 3 juillet de lui donner sa gratification.
Après la prise de Jargeau, le rqi remercie les habitants de Tours des prières qu’ils ont faites et qu’ils font pour le succès de ses armes. Dans la lettre qu’il écrit on lit :
(( Nous avons ferme confiance, à cause des prières et dévotes oraisons que les gens d’Eglise, bourgeois et habitants, et autres nos loyaux sujets, ont faites et feront pour nous à Dieu notre Créateur, que il nous a moult aidé et il nous aidera, tant pour le fait d’Orléans, de Jargeau pris d’assaut en cette semaine sur les Anglais, que autrement. » (Archives de Tours, Registre des coinptes^ XXIV, P i06 v®.)
Voici la mention de la victoire de Patay représentée comme remportée devant Meung.
« A Estienne de la Fontaine, chevaucheur de l’escuîrie du roy notre sire, la somme de VI livres tournois à lui baillez et paiez par l'ordonnance des gens de ladite ville [pour lettres] envoiées par le roi notredil seigneur, faisans mencion de la bataille dont était chef monseigneur le duc d’Alençon, monseigneur le comte de Vendosme et la Pucelle contre les Anglois, scs ennemis anciens, en eulx en fuiant et désemp[ar]ant de Mehun ; et fut le XVIIP jour de ce présent mois. Desquelx Anglois en fut que mors que prins 11“ V® [2500) ; et fut prins Tallebot, Fastot, Hongrefort, Rameston, Escalles, et autres cappitàines et Anglois qui nouvellement estoient venuz audit Mehun. Et pour cestes bonnes nouvelles a esté donné audit chevaucheur ladite somme de VI livres. Pour ce, paié par mandement desdiz esleuz donné le XXIP jour de juin [milj IIIP XXIX (1429), et quittance sur ce cy rendue. »
On lit à gauche, en marge : « Nouvelle de la deffaite des trouppes des
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