TOURS
Anglois devant Mehun-sur-Loire. Par mandement et quittance cy rendue avec lettres closes dont Tarticle fait mencion. » [Registre des comptes, XXIV, Pt 06 v^)
Un message du duc d’Alençon à sa femme, à Orléans, annonçait la soumission de Troyes. La duchesse se hâtait d’envoyer copie de la lettre reçue à sa belle-mère à Tours et aux habitants de celte ville, qui se trouvaient ainsi informés le 20 juillet, dix jours après la reddition de la capitale de la Champagne. Cela résulte du passage suivant du registre des comptes :
« A Jehan Ortie, chevaucheur de l’escurie de monsieur d’Orléans, la somme de C [cent) sols tournois à lui baillez et paie/ par l’ordonnance des gens de la dite ville, pour les bonnes nouvelles qu’il a apoiiées à la dite ville, pour la copie d’unes letres clouses, envoiées par monseigneur d’Alençon à ma dame sa femme estant h Orléans, desquelles lettres il a apporté la copie en ceste ville, le XX* jour de juillet derrenier passé, h ma dame d^Alençon l’aisnée et aux gens de la dite ville, faisans mencion de l’entrée et récepcion faite par le [/ire faite au) Roy, notredil seigneur, à mon dit seigneur d’Alençon, la Pucelle et toute leur compaignie ès villes d’Ausserre, de Trois en Champaigne et autres villes, en alant de Gien.à Reins pour y estre sacré et couronné ; dont de ce, après lesdites letres vues, a esté faite grant sollempnilé en ladite ville, tant ès églises d’icelle comme autrement. Pour ce, par mandement desdiz esleuz, donné le premier jour d’aoust [mil] IIII® XXIX (1429) et quittance sur ce cy rendue, » [Registre des comptes^ XXIV, f® 107.)
C’est aussi dix jours après le sacre que Tours apprenait l’heureux événement ainsi mentionné dans les comptes :
« A Thomas Scot [Écossais)^ chevaucheur de l’escuirie du Roy notre sire, la somme de VIII livres tournois, à lui baillez et paiez par l’ordonnance des gens de ladite ville, pour les bonnes nouvelles par lui apportées le XXVII® jour de juillet derrenier passé, par lettres envoiées aux gens de la dite ville, cy attachées, faisans mencion du sacrement et couronnement fait au Roy, notre dit seigneur, en sa ville de Reins, et l’entrée de lui, monseigneur d’Alençon, la Pucelle et leur compaignie ; dont pour ce a esté fait grant joye et sollempnité en ladite ville. Pour ce, par mandement desdits esleuz, donné le premier jour d’aoust [mil] IIIP XXIX (1429), et quittance sur ce cy rendue. » [Registre des comptes^ f® 107 v®.)
La volontaire interruption par Charles VII du recouvrement du royaume se trouve aussi consignée dans le livre des comptes, encore que le greffier tourangeau ne comprît pas vraisemblablement les dessous du néfaste recul. C’est à propos de la convocation à Angers pour le 26 septembre 1429 des trois États par Charles d’Anjou. Le 24, les élus envoient un
messager à pied payé 78 sols, pour s’excuser d’y prendre part; parce que le roxj s* en venoit dti pais d amont devant Paris où il a esté pour aucun temps, ET ÇA ESTOITDE BON GRÉ DE SON RETOUR (f° 108).
La Vénérable avait au plus haut degré la mémoire du cœur. Très désintéressée pour elle-même, elle ne l’était pas pour ceux qui lui avaient rendu quelque service, l’avaient secondée dans sa mission. Elle voua une particulière affection, nous a-t-elle dit elle-même, aux dames de Luxembourg, ses bienveillantes geôlières de Beaurevoir, elle demanda exemption d’impôts pour Domrémy et Greux, des fondations pieuses pour les âmes de ceux qui étaient morts au service de la cause nationale. Les livres de comptes nous fournissent un autre trait de sa gratitude.
Pendant qu’elle faisait confectionner sa bannière à Tours, elle avait connu la fille de Tartiste qui avait fait l’œuvre, Hennes Polnoir^ La fille s’appelait Héliote, et elle se mariait en février 1430. Jeanne, tant pour honorer celui qui avait fait le Labarum français que pour satisfaire son amitié pour la jeune fille, écrivit aux élus de Tours, leur demandant de faire à la nouvelle mariée un don de cent écus. Quatre passages des registres urbains nous disent ce qu’il en fut de cette demande. Encore que la misère fût extrême, l’on n’en éprouve pas moins un sentiment pénible en voyant combien fut réduit le don sollicité :
Voici le premier passage qui nous fait connaître la demande de la Vénérable:
« Le XIX® jour de janvier l’an mil IIIP XXIX (n. st. 1430) au tablier de ladite ville, présent Guion Farmeau, juge de Touraine, se sont assemblez, sire Jehan Dupuy*, conseiller de la royne de Secille, les esleuz de ladite ville :
« Maistre Lionnart Champenois, chanoine de l’église de Tours, commis pour ladite église;
« Maistre Jehan Chevrier et Rigaut de Beillon, chanoines de l’église de Tours, pour [le] chappitre de Tours.
« Maistre Jehan Deslandes, chanoine de monseigneur saint Martin, Pierre Briçonnet, Olivier Duboillon, Estienne Garnier;
« Pour délibérer sur unes lettres closes envoiées par Jehanne la Pucelle
1. D’autres lisent Huves Poulvoîr, James Power, et d’autre manière encore. L’on a cherché sa nationalité. L’on noircit trop de papier, croyons-nous, à propos de ces insignifiants détails, qui font perdre de vue les grands traits de l’incomparable figure. Au lieu de contempler le divin monument, l’on 's’arrête au grain de sable qui est à ses pieds.
2. Jean Dupuy, conseiller à la cour des comptes de Charles Vil, était en même temps un des agents de la reine Yolande. C'était le mari d’Éléonore de la Pau ou de Paul, suivante de la reine Marie d’Anjou. La Pucelle durant son séjour à Tours reçut l’hospitalité dans leur maison; de Coûtes désigne la dame, et Pâqucrel le mari.