LE VÊTEMENT VIRIL
• Je n ai blasphémé ni Dieu ^ tu ses Saints^ rempart il Taccusée. Pour ce qui est du commandemetii de DieUj je vous ai assez répondu, et si vous voulez que /> vous réponde plus avant, donnez-moi dilution, et je vous en répondrai', »
Comme le fait observer Quicherat, la traduction latine a omis deux réponses de la Pucelle que Ton trouve dans la minute française ; et il y a une Interversion dans ces réponses elles-mômcs.
Le tabard, d'après Ducange, élait une tunique longue, lonqa; la buque n'en différait qu'en ce qu'elle couvrait la tête ; mais il ne semble pas que ce soit la signification dans le cas présent. C'élait un vêtement flottant, ouvert des deux côtés. On verra plus loin, au livre cinquième, que le duc d’Orléans avait ordonné d'acheter pour la Libératrice do sa capitale du drap de fine bruxelle. C'eût élé l’offenser que de ne pas en user; il est à croire que d’autres cadeaux de ce genre lui auront été faits. En user c’était honorer les donateurs. Se trouvant en compagnie des seigneurs, et ayant reçu de Charles VII une maison militaire, elle devait se conformer aux usages de ceux avec lesquels elle frayait. Un brillant costume, comme de belles armes, un vaillant cheval, sont pour le guerrier ce que l’instrument est à l’ouvrier ; ils sont éminemment propres à entraîner le soldat, dès que celui qui les manie est d'ailleurs homme à en tirer parti.
Elle remplissait une mission divine ; un riche costume le rappelait, et tempérait la répugnance qu’éprouvaient les hommes d’armes à être commandés par une jeune fille sortie des dernières conditions sociales, par une vachère.
L’auteur de la Chronique des Cordeliers indique que ce n’était qu’auprès du roi, ou dans l'action, que Jeanne portait les riches vêlements dont ses seuls ennemis ont été offusqués.
et pomposis vestibus, de pannis pretiosis et aureis, ac eÜam foderaturis, et non solum usa est tunicis brevibus, sed etiain tabardis, et togis scissis ab utroque latere; et hoc notorium est, cum capta fuerit in unà huquà aureà, undique apertà, hujus etiam in capile cappellosseu pileosetcapillosadmodum virorum inroturidum tonsos {gerens), et generaliter, omni pudore nmliebri abjecto, et non solùmcontrà decentiarn muliebrem, imo etiam contra illam quæ pertinet viris morigeratis, usa est omnibus illis cultibus et vestibus, qua* homines dissolutissimi sibi soient assumere. Quæ attribuere præcepto Dei, sanctorum Angelorum , ac etiam sanctarum Virginum , est blasphemare Deum et Sanctos, subvertere legem Dei, jura canonica violare, sexum muliebrem et ejus honeslatem scandalizare, omnem decentiarn cuUus exterioris pervertere, exempla totius dissolutionis in genere humano approbare, et ad hoc homines inducere. (Procès, p. 223.)
I . Quoad decimum tertium, respond : « Je n ai blasphémé Dieu, ni ses Saints. » Et quand il luy fut exposé que les saints canons et les sainctes escriptures mectent que les femmes qui portent abit d’omme, ou les hommes habit de femme, est chose abhominable à Dieu, en demandant selle a prins cet habit du commandement de Dieu, respond : « Vous en estes assés respondus, et se voulés que vous responde plus avant, donnez-moi dilacion, et je vous en respondray. [Procès, p. 223.)