PASSAGE DE BENOIT XIV SUR LA PUCELLE
Vénérable, l’on se serait attribué les miracles de la délivrance d’Orléans, de la victoire de Patay, de la récupération de la Champagne, de la Brie, du Valois et des autres conquêtes.
Il fallut attendre plus de vingt ans l’expulsion totale de l’Anglais. Le recouvrement de la Normandie et de la Guyenne se lit avec une rapidité qui le lit regarder comme miraculeux. Il est permis de penser que la martyre de la place du Vieux-Marché ne fut pas d’un mince poids dans la balance des divines miséricordes, et contre-balança les infidélités qui viennent d’être rappelées.
C’est à propos de la prophétie, au chapitre 45 du IIP livre de Beatorum Canonizatione ^ que Benoît XIV a inséré un passage sur la Pucelle. Il constate que c’est l’esprit de prophétie qui a fait accepter la jeune fille; il emprunte à Pie II le résumé de ses exploits; il affirme qu’il n'y a pas lieu de douter delà sincérité de sa piété, delà bonté de ses mœurs, qu’elle n’ait gardé au milieu des camps une intacte virginité, et il tire une conclusion qui nous semble signifier autre chose que ce que les mots expriment. « Puisque, dit-il, loin de prononcer l'héroicité des vertus de la Pucelle, il n’en a pas même été question, il faut en conclure que la prophétie peut être séparée de la sainteté w. Mais ce que le Pontife dit des vertus de la Libératrice prouve parfaitement que la question méritait d’être traitée; cette conséquence n’a pas pu échapper à pareil génie; voilà pourquoi il faut, pensons-nous, y voir autre chose qu’un exemple que l’esprit de prophétie peut être séparé de la sainteté. L’exemple serait mal choisi, alors surtout que le même Pontife assigne dans la sainteté un rang si élevé à la virginité. Gardée si intacte dans les camps, elle était déjà, ce semble, héroïque. Aussi, à mon avis, il faut y voir une invitation indirecte à ceux que cela regardait d’étudier la cause pour la présenter au Saint-Siège. L’invitation ne fut pas entendue, et ne pouvait guère l’être au siècle d’Arouet, du jansénisme et de l’idolâtrie monarchique; elle l’a été après la disparition de ces pestes, et le Saint-Siège a fait à la cause un accueil qui n’est pas pour affaiblir l’interprétation donnée aux paroles de Benoît XIV.