‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 234 sur 296 · LES PROPHÉTIES DE LA VÉNÉRABLE · texte numérisé non relu

LES PROPHÉTIES DE LA VÉNÉRABLE

elle se relève en s’écriant : « Sus, sus, Messire a condamné les Anglais », et la ville fut emportée (III, p. 88, 133; suprà, p. 196).

Précédemment, elle venait de dire à d'Alençon de se retirer de la place qu'il occupait, sans quoi il y serait tué. Quelques moments après, le sire deLudes, qui s’y était mis, était emporté {suprà, p. 196, etill, p. 87).

Avant la bataille de Patay, elle annonce de la manière pittoresque que l’on sait la merveilleuse victoire réservée aux Français {suprà, p. 197, et III, p. 91).

Contre l’avis du conseil, elle prédit qu’elle mènerait sûrement et facilement le roi à Reims ; ce qui fut justifié par l’événement (III, p. 185).

A Troyes, non seulement elle se présente au conseil lorsqu’on était sur le point de rétrograder : elle prédit que si l’on s’en remet à elle, Troyes aura fait obéissance dans deux ou trois jours, ainsi qu’il arriva {suprà, p. 185, et III, p. 88). Au roi toujours hésitant et craintif, même après la reddition de Troyes, elle annonce que les habitants de Reims viendront spontanément à sa rencontre {suprà, p. 149). Elle prédit, au moment le plus désespéré, que Saint-Pierre-le-Moustier serait emporté {suprà, p. 214).

Jeanne savait que sa mission pouvait être entravée, et elle prophétisait encore, puisqu’elle disait que si elle devait mourir avant que fût accompli ce pour quoi elle était envoyée, nonobstant sa mort, tout ce pour quoi elle était venue s’accomplirait (III, p. 266). Les événements justifièrent sa prophétie : Paris se rendit en 1436, cinq ans après la prédiction ; le duc d’Orléans sortit de prison en 1440; en 1450 la Normandie et la Guienne faisaient retour à la couronne de France.

Encore qu’en traitant de l'étendue de la mission que se donnait la Vénérable, il ait été expliqué pourquoi certaines de ses prophéties ne se sont pas accomplies, il peut être utile d’insister. Non seulement cette non-réalisation n’a pas lieu de surprendre, mais alors qu’au lieu de suivre la direction de l’envoyée du Ciel, on la contrariait, c’eût été leur accomplissement qui devrait nous étonner. Le succès, en agissant au rebours de ses inspirations, eût donné lieu de nier les miraculeux triomphes dus à son initiative ; il eût été en opposition avec le but que Dieu se proposait.

Lorsque la Vierge disait : ni roi, ni duc, ni fille du roi d’Ecosse ne peuvent sauver la France, il n’y a de salut qu’en moi, elle se présentait comme le signe sensible dans lequel son Seigneur, le roi des nations, avait déposé sa vertu et par lequel il voulait agir. Ainsi l’expliquait

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LE SURNATUREL DANS LA GUERRIÈRE-LIBÉRATRICE

Tarchevôque Gelu, quand il écrivait : « Il faut que le roi se laisse gouverner par la sagesse divine qui le conduit par cette fille envoyée pour être comme son Ange » (I, p. 33), et encore quand il terminait son Traité de la Pucelle par ces conseils : « Lorsque la sagesse divine veut agir principalement par elle-même, la prudence humaine doit s’anéantir, s’humilier... Voilà pourquoi nous disons que c’est le conseil de la Pucelle qui doit être demandé, cherché principalement avant celui de tous les autres... Alors même qu’il paraîtrait invraisemblable, le roi doit s’y conformer comme à un avertissement inspiré par Dieu pour l’exécution de la mission confiée. » (1, p. 51.)

Nous ne disconviendrons pas qu’ici, non moins que dans les plus hauts mystères de la foi, c’était comme un anéantissement de la raison que Dieu exigeait. Une fois de plus il choisissait l’infirmité même pour abattre la force, l’ignorance pour confondre la sagesse, ce qui n’était pas pour renverser ce qui est. Ces guerriers si fiers de la force de leurs bras devaient suivre une enfant ; la diplomatie devait se taire devant celle qui ne savait ni A ni B ; cette noblesse, qui outrait si fort les privilèges de la naissance, devait s’effacer devant une vachère, une serve peut-être, sûrement devant une jeune béguine objet, il y a quelques mois, des dérisions des jeunes gens de son hameau. Il n’y avait de regards, d’attention que pour elle; et alors même qu’elle les entraînait à la seconder, on les laissait dans l’ombre pour ne parler que d’elle.

Bien plus, elle demandait des réformes qui contrariaient des intérêts, des ambitions, des passions; si, dans un premier moment des sacrifices avaient été faits, on trouvait dur de persévérer. Lorsque la destruction de l’armée anglaise aux champs de Patay devait lui faire tout obtenir, on lui refuse d’admettre le Connétable dans l’armée. Si elle refréna les pillages tant qu’elle fut dans l'armée, aussitôt que, bien malgré elle, elle fut revenue sur la Loire, les capitaines laissés à la garde des pays récemment soumis se livrèrent aux déprédations les plus effrénées.

Une suite de textes rapprochés dans le chapitre suivant nous montreront que tout échouait sans elle, que tout réussissait par elle. Toujours elle eut des résistances à surmonter. Tant qu’elles finirent par se laisser vaincre, ce fut le triomphe. Dès que l’opposition alla directement à l’encontre, lorsqu’on interrompait le succès remporté à la porte Saint- Honoré en faisant retirer les hommes d’armes, et en l’enlevant elle-même comme de vive force, lorsqu’au lieu de l'envoyer en Normandie, ou dans rile-de-France, on l’envoyait contre les places anglo-bourguignonnes des bords de la Loire, le succès ne devait plus couronner ses efforts. Si Paris avait été recouvré par la diplomatie, si l’Anglais avait été entièrement expulsé par les conseils de la cour, en opposition avec ceux de la

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