‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 257 sur 296 · Jeanne d’ Arc à Domrémy, Preuves, p · texte numérisé non relu

Jeanne d’ Arc à Domrémy, Preuves, p

i. Lfbbe, t. XII, col. 392, 40S.

$. Jeanne d’Arc à Domrémy, p. ccxxv.

En résumé, il n’y a] pas de preuve qu’avant la campagne du sacre, L’Aiguisé se soit montré hostile au gouvernement anglais, qu’il ait été d’un sentiment différent de celui de ses diocésains, qui renouvelèrent leur serment de fidélité à l’Anglais quelques jours seulement avant Tarrivée de l’armée de Charles VIL

L’intervention de l’évêque en faveur du parti national ne commence qu’à Tarrivée du roi. Tout le reste est jusqu’à présent sans preuves. Quel que soit le jour où l’évêque s’est abouché avec Charles VII, une chose est certaine. L’armée française, arrivée le mardi 5 au matin, n’avait rien obtenu le vendredi 8. Il était question de rétrograder. Le fait est attesté par Dunois, de Gaucourt, Simon Charles, raconté au long par la Chronique de Cousinot^ par le Journal du siège. C’est uniquement lorsque la charge de forcer la ville à la soumission est remise sur sa demande à la Vénérable que les Troyens, effrayés, demandent à traiter ; L’Aiguisé est médiateur, et obtient l’honorable et sage composition acceptée par Charles VII. C’était bien suffisant pour que, dans la suite, des lettres de noblesse fussent octroyées à sa famille.

C’est à la Libératrice qu’est due la soumission de la capitale de la Champagne. Le changement soudain produit dans les esprits, dès que lui est confiée la conduite des opérations du siège, présente quelque chose de surnaturel, semblable à l’effroi produit sur l’armée anglaise par sa lettre de sommation d’avoir à lever le siège d’Orléans.

Les efforts de Vallet de Viriville, de Siméon Luce, du récent historien de Troyes, Boutiot, pour détruire le fait, ne prouvent qu’une chose : l’arbitraire, pour ne rien dire de plus, des procédés auxquels ils ont recours pour détruire ce qui leur enlève vraiment le sens : l’apparition du surnaturel.

'Sota. — Ce chapitre allait être mis sous presse lorsque, ouvrant le récent ouvrage de M. Marcellin Fournier : le Cartulaire de la Faculté de décret de Paris^ nous avons lu, à la date de 1426, la mention suivante :

« Aujourd’hui 26 octobre, a comparu dans la chapelle, après la messe, maître Jean L’Aiguisé, professeur du matin, élu et confirmé évêque de Troyes. H a remeir/ié la Faculté des honneurs que lui avait valus sa chaire, spécialement de sa promol ion à l’épiscopat. 11 n’avait, disait-il, que ce seul et unique titre. »

« Hodie XXVI^ octobris, in capellà post missam comparuit mag, Joannes Acuti, Icgens de mane, electus et confirmatus in episcopum Trecensem, et regratiatus est facultati de honorU bus sibi impensis occasione dicte lecture^ et specialiter de promotione ad episcopatumy occasione cujus lecturcy et non aliày prout dicebatj fuerat electus, » (P. 274.)

Or, en 1426, l’Université entière était totalement dévouée à l’Anglais ; aucune des Facultés ne l’était plus que celle de décret, toujours distinguée par son attachement au parti bourguignon. Pour que L’Aiguisé y ait enseigné, il a dû partager les sentiments de ses collègues. Personnellement, il devait donc être agréable au Régent, et les mesures de rigueur prises contre les électeurs devaient se rapporter uniquement au mode dont ils avaient procédé à l’élection.

CONCLUSION

Pourquoi continuer et s’arrêter à faire justice de phrases telles que celle-ci, d’Auguste Vallet : « On sait, par les accusations de Rouen, que l’enthousiasme public se manifestait en l’honneur de l’héroïne sous la forme du culte religieux. Nous possédons en effet, parmi d’autres preuves comparables, le texte d’une collecte ou prière finale de l’office, dans laquelle son nom figure avec les honneurs qu’on rendait aux saints. A cette époque, toute personne recommandée à la haute estime publique par d’éminentes qualités de l’ordre moral, toute personne vivant, comme on disait, « en odeur de sainteté », se voyait adresser de semblables hommages. » (P. 132-133.)

C’est en effet une source bien pure que celle du réquisitoire de l’odieux d’Estivet! Encore que le peuple poussât à l’extrême son enthousiasme envers la Libératrice, comme on le ferait aujourd’hui si une Jeanne d’Arc nous était donnée, jamais, du vivant de l’héroïne, son nom n’a été invoqué dans le culte public avec celui des saints. Vallet de Viriville renvoie à l’oraison composée pour le succès des armes de Charles Yll ; on en trouvera le texte môme aux pièces justificatives de la Pucelle devant l’Église de son temps (p. 687), la traduction page 78. Il n’y a pas l’ombre d’une invocation à la Vénérable, encore que l’allusion aux merveilles que Dieu opérait par son intermédiaire y soit manifeste. Une troisième référence est une de ces bouffonneries sournoises fréquentes chez le paléographe; elle nous renvoie aux achats de vin, de lapins, etc., faits par la municipalité d’Orléans pour festoyer la Libératrice à sa visite du 19 janvier. Cette bouffonnerie le cède à l’assurance avec laquelle Auguste Vallet nous dit qu’à cette époque l’on adressait de semblables hommages aux personnes recommandées par de hautes vertus morales^ l’expression en odeur de sainteté, étant, d’après le paléographe, bannie de la langue moderne. Donc, à cette époque, de leur vivant, ces personnages étaient invoqués avec les saints dans les offices publics ! L’on serait curieux de connaître quelques documents plus probants que ceux allégués en faveur de Jeanne d’Arc, pour constater une pratique si contraire à tout ce que l’on connaît des usages ecclésiastiques et à l’enseignement catholique. Qui donc ignore parmi les fidèles que jusqu’à la mort le plus saint peut déchoir?

CONCLUSION

Vallet de Viriville, Siméon Luce sont des professeurs de TÉcole des chartes ; ils appartiennent à Técole qui prétend refaire Thistoire à Taidedes documents ; Michelet renvoie souvent aux manuscrits ; Henri Martin fait sonner bien haut qu'à l’aide des documents on a renouvelé l’histoire de la martyre de Rouen. L’on voit ce que deviennent les vrais documents entre les mains de ces chefs d’école. Ne feignent-ils pas de s’en inspirer pour dissimuler les fantaisies, les incohérences qu'ils y substituent? L’artifice est si connu qu"il a donné lieu au proverbe : « Grand jureur^ grand menteur. »

N’est-ce pas le motif qui fait que la libre-pensée se pâme d’admiration devant la Vierge-Libératrice ? Admettons, je le veux bien, que le sentiment est sincère. Ce qui est indubitable, — la preuve vient d’en être faite, — c’est que la libre-pensée dépouille la céleste figure de ses plus purs rayons, vide son histoire de ses exploits les plus merveilleux.

Quand on compare la Jeanne d’Arc de la libre-pensée avec celle que les contemporains nous ont transmise, avec celle qui se peint elle-même dans les interrogatoires de Rouen, l’on croit voir une splendide cathédrale du moyen âge que des barbares lettrés auraient dévastée de parti pris, tant parce qu’ils étaient offusqués par les souvenirs qu’elle rappelle, que pour la convertir à leurs usages utilitaires.

Les tours et les clochetons ont été rasés, comme trop féodaux ; les verrières ont été brisées : « Qu'a-t-on à faire de cette lumière bariolée, de ces saints qui resplendissent dans un monde imaginaire? L’on n’a aujourd’hui aucune envie d’aller se perdre dans les nuages. Le terre à terre du sol natal., voilà ce qu’il nous faut. Qu’un de nos élégants plafonds modernes dissimule ces voûtes où l’œil se perd. Que l’on badigeonne ces murs! Que nous font ce saint Laurent avec son gril, cette sainte Catherine avec sa roue? Nous n’avons que faire de ces spectacles du fanatisme. Que l’on maçonne tous ces pourtours par où les prêtres faisaient leurs évolutions; que l'on mure ces chapelles, ces niches où la superstition avait logé ses adeptes : que l'on érafle ces délicates arêtes ; que ces solides murailles ne renferment plus qu’un vaste carré où le peuple tiendra ses assemblées, où il pourra môme, à certains jours, se livrer à ses divertissements et organiser ses bals. »

C’est la plus splendide des cathédrales, la plus ravissante des basiliques que Jeanne la Pucelle, car tout y est divinement vivant. Encore qu'elle repose sur la terre, sur les assises d’une inébranlable histoire, tout s’élance vers le ciel par une ascension harmonieuse, ferme, rapide. Le Ciel l’a créée, l’a faite tout entière, dans un des regards les plus amoureux qu’il ait jetés sur la race d’Adam ; et dans ce regard il nous redit, sous une autre forme, tout ce qu’il nous dit par son Eglise ; il s’y montre

CONCLUSION

tout entier. Au plus intime de ce temple vivant qui est la Pucelle, dans le sanctuaire l’éside et vit le roi du Ciel, l’Homme-Dieu. C’est si patent que Siméon Luce, malgré son kantisme, n’a pas pu s'empêcher de le constater dans une phrase déjà citée. Là où est le roi, là est la cour ; La Pucelle se meut au milieu des anges et des saints.

Celui dont il est dit : « // a tout bien fait — Bene omnia fecit », donne à celle qu’il possède, dont il est la vie, cette idéale perfection dans les situations les plus contraires, que nous admirons dans la paysanne, dans la guerrière. Ces vertus si exquises sont les reflets de ses vertus ; il y vit avec sa puissance pour laquelle l’impossible n’existe pas; avec sa science pour laquelle l’avenir n’a pas de secrets ; avec tous ses enseignements burinés, non en lettres mortes, mais dans les traits d’une vie qui nous les montre en action.

L'on a dit qu’une cathédrale était une somme théologique écrite en pierres. C’est vrai : la Pucelle aussi est une somme de l’enseignement chrétien, écrite par le Saint-Esprit sur la chair vive d’un cœur virginal ; elle en incruste les articles dans autant de diamants qu’elle prononce de paroles; elle les sculpte comme dans autant de tables d’airain qu’elle a accompli d’œuvres merveilleuses.

Laisserons-nous les vandales des lettres ensevelir ces tables et ces diamants sous le gravier et le limon de leurs contes impossibles, de leurs absurdes fantaisies? Les laisserons-nous pratiquer leurs dégradations dans la vivante basilique? Ils veulent qu’elle soit comme le temple du patriotisme. Nous aussi, certes, incomparablement plus qu’eux ; mais avec l’héroïne nous puisons le patriotisme à la plus sublime des sources, au cœur de l’Homme-Dieu qui a aimé et aime les Francs. Il est souverainement vivifiant pour la France et le monde ; car il nous est inspiré par celui qui s'est défini et est la vie.

Au lieu de cela, ils nous présentent un patriotisme bas et terrestre comme le sol natal d’où ils prétendent qu’il a jailli ; absurde dans son origine ; immoral dans ses effets, puisque c’est l’hallucination, la folie ; désordonné dans ses manifestations, puisqu’il porte à ne rien faire pour des proches afin de voler au secours d’inconnus; impuissant dans ses résultats comme le sera toujours l’illusion et l’affaiblissement des facultés mentales.

Ils le sentent si bien qu’ils sont en train de détruire sournoisement tous les exploits de l’héroïne : la délivrance cT Orléans est toute naturelle, la campagne de la Loire est une guerre fortuite et de hasard ; il n’y a plus de surnaturel dans la reddition de Troyes ; la Libératrice n'y est pour rien ; frère Richard et l’évêque L’Aiguisé ont tout fait.

Arrière les profanateurs. Quiconque aime, avec la France, le beau.

CONCLUSION

le vrai et le bien, doit s’employer à arrêter leurs mutilations, à les empêcher de déchirer les pages du livre ou de les maculer. Que Ton ne se laisse pas plus prendre par leurs mièvreries que par l’appareil d’une fausse érudition. Que tous ceux qui peuvent se faire entendre des multitudes leur révèlent Jeanne, leur sœur, telle que Dieu l’a faite. Avec la Vénérable ils communiqueront et le Seigneur qui l’a faite, et le ciel tout entier, et le catholicisme intégral, car, comme l’a dit Mgr Pie : « Jeanne la Pucelle est Dieu venant a nous encore une fois par un chemin virginal. »

TABLE DES MATIÈRES

Dédicacé v

Bref de Sa Sainteté vu

Avant-propos • is

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