‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 26 sur 296 · Voc^s, p · texte numérisé non relu

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LK VIERGE-GUERRIÈRE D’APRÈS SES AVEUX

a Reconnaissez- VOUS ces lettres? — Oui, excepté trois mots : on a écrit

RENDEZ A LA PuCELLE, U doit y avoif .* RENDEZ AU ROI ; OH y Ut CHEF DE

GUERRE et encore corps pour corps; ce n*était pas dans les lettres que j'ai envoyées. Aucun seigneur ne nia dicté ces lettres; c'est moi qui les ai dictées avant de les expédier ; cependant je les ai montrées à quelques-uns de mon parti : Avant quHl soit sept ans, les Anglais perdront gage plus grand qu'ils n'ont perdu devant Orléans. Ils finiront par tout perdre en France K »

D’Estivet échafauda sur cette lettre les articles XXI, XXII, XXIII. L’avoir écrite c’était de la part de l’accusée présomption et témérité. Elle contenait nombre de choses mauvaises, peu conformes à la foi catholique. Elle était une preuve du fréquent commerce de Jeanne avec les démons, et était inspirée par eux.

Jeanne répondit : « Quant à la lettre, je ne lai point faite par orgueil ou présomption, mais par le commandement de Notre-Seigneur ; je confesse bien le contenu de celte lettre, excepté trois mots. Si les Anglais eussent cru ma lettre, ils n'eussent fait (été) que sages; avant qu'il soit sept ans, ils s'apercevront de ce que je leur écrivais. Je m'en rapporte sur cela à la réponse déjà faite Pour ce qui est dit que j'ai fait cela par le conseil des démons, je le nie *.

A l’article LUI, d’Estivet reproche à Jeanne d’avoir, au mépris de Dieu et des saints, présomptueusement et par orgueil pris le commandement sur les hommes, en se constituant chef de guerre, et d’avoir été général d’armée. La réponse de Jeanne fut celle-ci : « Pour ce qui est détre chef de guerre, j'en ai autrefois répondu; et si j'étais chef de guerre,

1. Deinceps fuerunt eidem Johannæ lectæ litteræ quas Johanna transmisit domino noslro Régi, domino duci Bedfordiæ et aliis. {Le texte est reproduit tel qu’il est dans les articles de l’accusateur, p. 240.)

Et deindè fuit interrogata an illas litteras recognoscebat, respondit quod sic, demptis tribus vocabulis, videlicet hoc quoddicitur reddatisPuetlæ,\j^\ debetponi rcddaii$ régi, aliud quod dicitur caput guerræ, et tertium quod ibi ponitur corpus pro corpore, quæ non erant in litteris illis quas misit. Dicit etiam quod nunquam aliquis dominus illas litteras nominavit; sed ipsamet nominavit eas antequam mitteret, benè tamen fuerunt ostensæ quibusdam de parte suâ. Item dicit quod antequam sint septem anni, Anglici dimittent majus vadium quam fecerinl coram Aurelianis, et quodtotum perdent in Francia. {Procès, p. 84.)

2. Quoad vicesimum primum, respond que quand aux lectres, qu’elle ne les a point faictcs par orgueil ou présompcion, mais parle commandement de Nostre Seigneur, et confesse bien le contenu en lectres, excepté trois mos. Item dit que si les Anglois eussent creu ces lectres, ils eussent fait que saiges, et avant que soit sept ans, ilz s’en appercevront bien de ce qu’elle leur escripvoit, et de hoc se refert ad responsionem per eam alias factam. (Procès, p. 239.)

3. Et quoad articulum facientem mentionem quod hæc fecit ex consilio malignorum spirituum negat. (Procès, p. 242.)

LBTTRB AUX ANGUIS.

celait pour battre les Anglais. Pour ce qui est de la conclusion, je m'en rapporte à notre Sire *. »

Voilà la fameuse lettre de Jeanne aux Anglais, et ce que la Vénérable en a dit au procès. D'après ses réponses, elle lui a été tue à Rouen au moins trois fois ; et à chaque fois, elle a protesté contre trois mots seulement, en avouant tout le reste. On a vu, dans le volume précédent, que cette lettre était rapportée par cinq ou six chroniqueurs avec quelques variantes *, qui, à l’exception de la dernière phrase, ne portent pas sur le fond. Dans toutes, observe Quicherat, l’on trouve les mots désavoués par la Pucelle. Je hasarde l’explication suivante, que le lecteur appréciera.

La Pucelle, ne sachant ni écrire, ni lire, dictait ses lettres sans pouvoir contrôler la dictée. Elle parlait mal le français ; la présente lettre était d’une importance capitale; c’était la déclaration de la guerre si ses conditions n’étaient pas acceptées, et c’eût été un miracle de premier ordre, si elles l’avaient été. La Pucelle avoue que cette iière missive a été montrée à plusieurs seigneurs ; elle en a eu le temps, puisque, dictée le 22 mars à Poitiers, elle n’a guère été envoyée qu’un mois plus tard, de Blois. On a dû y faire quelques changements d’expression, tant du consentement de celle qui l’avait dictée que pour rendre sa pensée intelligible à ceux auxquels elle était préalablement envoyée; car il ne nous semble pas douteux qu’on n’en ait tiré des copies. C’était une excellente manière de faire connaître ce que l’on attendait de la merveilleuse jeune hile. De là les différences fort légères que l’on constate, et qui^ à la dernière phrase près, n’atteignent pas le fond.

Perceval de Gagny (111, p. 181, 185) nous dit bien que la Libératrice sommait les villes de se rendre non à elle, mais à Jésus et au roi Charles ; il faudrait pourtant bouleverser toute la construction de la première phrase de la lettre aux Anglais, si l’on disait ; rendez au roi Charles, au lieu de rendez à la Pucelle. Elle a été chef d’armée à Orléans, où, forte de l’appui de la multitude, elle a combattu contre le vouloir des capitaines. Elle a été chef de guerre dans la campagne de la Loire. Avec le titre de généralissime, le duc d’Alençon avait reçu l’ordre de n’agir que sous la direction de la Pucelle, et il s’y est conformé. C’est Jeanne qui amena la soumission de Troyes, alors que le conseil royal était d’avis de rétrograder ; c’est à ses sommations que se rendirent les villes de Champagne. Il n’en fut pas autrement des con-

1. Respond quand ad ce, quant au fait d’estre chief de guerre, elle en a autrefois respondu, et s'elle estoit chief de guerre, c'estoit pour batre les Angloys. Quand à la conclusion de l’article, s'en rapporte à nostre Sire. (Procès, p. 293.)

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