‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 35 sur 296 · REIMS. — LETTRE AU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

REIMS. — LETTRE AU DUC DE BOURGOGNE

avec lesquels votre roi fut sacré? — Il y eut une livrée de gants pour bailler aux chevaliers et aux nobles qui là étaient; et il y en eut un qui perdit ses gants; mais je ne lui dis point que je les lui ferais retrouver \ »

Dans son article LVIII d’Estivet vit un acte d’orgueil et de vaine gloire dans la place, près de l’autel, qu’occupait au sacre la céleste bannière. La réponse de Jeanne fut : « T en ai répondu^ et du contredit mis par le promoteur je ni en attends à Notre-Seigneur *. »

La réponse de l’inculpée à l’article XVIII du réquisitoire nous a valu de savoir que Jeanne s’était abouchée avec les ambassadeurs du Bourguignon. L’article constate en outre, en ces termes, combien Jeanne était opposée aux pourparlers de fausse paix par lesquels on se jouait de Charles VII : « Tant que Jeanne a été avec le susdit Charles, elle l’a dissuadé de toutes ses forces, lui et les siens, d’entendre en aucune manière à traité ou appointement avec ses adversaires , les incitant toujours au massacre et à l’effusion de sang humain ; affirmant qu’on ne pourrait avoir la paix qu’au bout de la lance et de l’épée ; qu’il en était ainsi ordonné par Dieu, parce que les ennemis du roi ne quitteraient pas autrement ce qu’ils occupent dans le royaume, et que les expulser était un des grands biens qui pouvaient arriver à la Chrétienté tout entière »

Jeanne répondit : « Pour ce qui est de la paix^ à [égard du duc de Bourgogne, j'ai requis qxéelle se fit avec mon roi, et par lettres et en m'adressant à ses ambassadeurs; à V égard des Anglais, la paix qu'il y faut, c'est qu'ils s'en aillent dans leur pays, en Angleterre. Pour le reste, fen ai répondu, et m'en rapporte à mes réponses. »

Il revient à l’inculpation à l’article XXV : « Jeanne, usurpant l’office

1. Inlerroguée qu'elle fist à Bains des gans où son roy fut sacré (traduction latine : quid fecit Remis de chirothecis inquibus rex suus fuit consecratus) ^ respond : Il y ouït une livrée (latin : una librata) de gans pour bailler aux chevaliers et nobles qui là esloient. Et en y ouït ung qui perdit ses gans, mais ne dist point qu’elle les feroit retrouver. (Procès, p. 104.)

2. Respond : « J’en ay respondu. » Et du contredit mis par le promoteur, respond :

Je m’en actend à Nostre Seigneur. » (Procès, p. 301.)

3. Dicta Johanna, quamdiù stetit cum dicto Karolo, lotis viribus sibi et suis dissuasit ne attenderent quoquomodo alicui traclatui pacis, seu appunctamento cum adversariis suis, semper eos incitando ad occisionem et effusionem sanguinis humani ; asserendo quod pax haberi non posset, nisi cum buto lanceæ et ensis; et quod à Deo erat sic ordinalum, quia adversarii regis alias non dimitterent illud quod occupant in regno ; quos sic debellare erat unum de magnis bonis quod posset contingere loti Christianitati, ut dicebat.

Quand decimum octavum, dit quant à la paix, dit, quant au duc de Bourgogne, elle l'a requis le duc de Bourgogne par lectres et à ses ambassadeurs qu'il y eust paix. Quant aux Angloys, la paix qu’il y fault, c’est qui s’envoysent en leurs pays, en Angleterre. Et du résidu : qu’elle a respondu ; à quoy elle se rapporte. (Procès, p. 234.)

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des Anges, s'est donnée et affirmée et s’affirme encore comme envoyée de Dieu, pour des affaires dirigées à des voies de fait et à l’effusion du sang humain. Voilà qui est entièrement étranger à la sainteté, et un objet d’horreur et d’abomination pour toute âme pieuse. »

Jeanne répondit : « Je requérais premièrement qu’on fit la paix, et au cas où l’on ne voudrait pas faire la paix, j'étais toute prête à combattre' . »

La paix, une bonne paix ferme^ était le but poursuivi par la céleste envoyée. Elle la demandait jusque dans la lettre aux Anglais ; mais elle savait, et les événements le prouvèrent bien, que l’on ne parlait de paix dans le parti anglo-boui^uignon, que pour préparer la guerre. Dès lors, les faits énoncés par l’accusateur étaient souverainement justes et raisonnables. Que de sang inutilement versé, que d’oppressions eussent été évitées, si la Vénérable avait été écoutée : elle triomphait sans effusion de sang. D’Estivet tire une fausse conclusion de faits qui, pensons-nous, sont ici parfaitement vrais.

C’est probablement par les ambassadeurs bourguignons qu’elle aura vus à Reims, que Jeanne aura envoyé la lettre suivante, dont l’autographe se trouve aux archives de Lille. Elle est dounée ici, avec de très légers rajeunissements, d'après le texte publié par Quicherat.

JuEsus Maria.

« Haut et redouté prince, duc de Bourgogne, Jehanne la Pucelle vous requiert de par le roi du Ciel, mon droiturier et souverain Seigneur, que le roi de France et vous, fassiez bonne paix ferme, qui dure longuement. Pardonnez tun à t autre de bon coeur, entièrement, ainsi que doivent faire loyaux chrétiens, et s'il vous plaît de guerroyer, allez sur les Sarrasins.

€ Prince de Bourgogne, je vous prie, supplie et requiers tant humblement que requérir vous puis, que vous ne guerroyez plus au saint royaume de France, et faites retirer incontinent et brièvement vos gens qui sont en aucunes {qué[q\ies)places et forteresses dudit saint royaume. De la part du gentil roi de France, il est prêt de faire la paix avec vous, sauf son honneur ; cela ne tient qu’à vous.

« Et je vous fais savoir de par le roi du Ciel, mon droiturier et souverain Seigneur, pour votre bien et pour votre honneur et sur vos vies, que vous ne gagnerez point bataille à rencontre des loyaux Français, et que tous ceux qui font la guerre audit saint royaume de France font la guerre au roi

1. Dicta Johanna, oflicium Angelorum usurpando, se dixil et asseruit fuisse et esse missam ex parte Dei, etiam ad ea quæ ad viam facti et sanguinis humani effusioDem omninà tendunt. Quod sanctitati penitùs atienum est, et omni piæ menti hoirendum est et abominabile.

Respondet quod premièrement elle requéroit que on feist paix, et que au cas que on ne voudrait faire paix, elle estoit toute prestre de combatre. {Procès, p. 243.)

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