‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 42 sur 296 · L'ASSAUT CONTRE PARIS · texte numérisé non relu

L'ASSAUT CONTRE PARIS

rang et de la multitude de ceux que cite Thistorien de Charles VII, M. de Beaucourt*. Les chroniqueurs des deux partis signalent à Tenvi ce que présenta de louche Tassaut du 8 septembre, Il y en avait audit lieu qui.,, selon ce qu'on pouvait considérer, eussent bien voulu par envie qu'il fût meschu à la dicte Jehanne, » Ainsi parle Cousinot (III, p. 108). Le Journal du siège (Ibid,, p. 141) : « Si les choses eussent été bien conduites, il y avait grande apparence quelle en fût venue à son vouloir, » Si elles furent mai conduites, ce ne fut pas par la Pucelle. Perceval de Cagny [Ibid,, p. 192) : « Contre son vouloir temmenh^ent hors des fossés, et ainsi faillit Cassant, etc. » La Chronique de Tourna y {Ibid,, p. 227) : « Les capitaines ne s'accordèrent pas pour Cattaque de la ville; quelques conseillers du roi firent retirer leurs troupes, » Le héraut Berry : « V armée du roi vint à Paris; mais le sire de La Trémoille fit retourner les gens d armes à Saint-Denys, » {Ibid,, p. 250.) La Chronique des Cordeliers, par le texte môme de la trôve du 28, nous montre à quel embarras eussent été réduits les instigateurs de la trôve, si Paris eût été pris. Gilles de Roye {Ibid,, p. 458) : « Les hommes d'armes étaient e7i désaccord au sujet de la prise de la ville, de captione dissidebani. » Le notaire Pierre Cochon {Ibid,, p. 472) ; .< L'assaut fut si fort que ceux de dedans avaient comme abandonné la défense du mur; et les assaillants étaient si près du rempart qu'il ne fallait que lever les échelles dont ils étaient bien pourvus, pour qu'ils eussent été dedans; mais il y fut avisé par un nommé messire de La Trémoille du coté dudit Charles... Charles fit ainsi sonner la retraite durant ledit assaut,,,, et je crois quils eussent gagné et pris la ville de Pains, si on les avait laissés faire, » On entendra au troisième livre le doyen de Saint-Thibaud nous dire, en parlant de Tassant de Paris : « Elle (la Pucelle) ne fut pas bien suivie, parce qu'on fit sonner la retraite, » Et encore, en parlant de la prise de Paris : « Cn sire appelé La Trimouille, qui gouvernait le roi, détruist icelle chose, »

Parmi ceux qui prirent part à Tattaque de Paris, le 8 septembre, il y en avait donc bien, — les hommes qui avaient le mot de la cour, — qui ne voulaient accomplir qu'un exercice militaire, faire une vaillance d'armes, tandis que ceux qui suivaient la Pucelle, tels qu’Alençon, d’Aulon, etc., se proposaient de s’emparer de la cité. Que dans cette conjonctureles voix, qui, d'ailleurs, avaient si sauvent prédit à leur élève qu'elle prendrait Paris, se soient abstenues de donner conseil et l’aient laissée à son initiative, ce n'est pas invraisemblable. Il fallait laisser la trahison faire son œuvre, comme Jésus-Christ laissa agir le traître qui le livra aux Juifs.

I. C’étaient René duc de Bar, les comtes de Clermont et de Vendôme, le sire d’Albret, le chancelier, l’évéque de Séez, le sire de La Trémoille, Christophe d’Harcourt, le bâtard d’Orléans, les sires de Trêves, de Gaucourt, le doyen de Paris. (T. Il, p. 408,)

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Après deux autres questions, les tortionnaires revinrent à Tassaut de Paris dans les termes suivants :

« Était-ce bien d’aller assaillir Paris, au jour de la Nativité de Notre- Dame, un jour de fête? — C^est bien fait de garder les fHes de Notre-Dame^ et en ma conscience il me semble que c^était et que ce serait bien fait de garder les fêtes de Notre-Dame depuis un bout jusqu'à f autre » Elle esquive une réponse directe, et indique par les mots A'un bout jusqu à Vautre qu’on avait satisfait aux devoirs essentiels de la fête par les exercices pieux, l’audition de la messe, avant d’aller à l’attaque. Une des raisons mises en avant par la cour pour se replier vers la Loire, c’était la difficulté de nourrir l’armée. Cette raison autorisait à engager le combat un jour de fête.

On lui posa encore cette question : « Quand vous fûtes devant la ville de Paris, ne dîtes-vous pas : Rendez la ville de par Jésus? — iVon, je dis: Rendez la ville au roi de Finance U » Il doit y avoir une lacune dans le procès-verbal, et la négation ne doit pas tomber sur Rendez à Jésus, c’était la sommation ordinaire de la Vénérable; mais elle ajoutait : et au roi Charles. Le non doit tomber sur ce que la phrase présente d’incomplet.

Le 15 mars: « Au fait de laguerre,n’avez-vous pas fait quelque chose sans le congé de vos voix? — Vous en êtes tous répondus; lisez bien votre livre et vous le trouverez. Toutefois., une vaillance d'armes fut faite devant Paris à la requête des hommes d'armes^ et j'allai devant La Charité à la requête de mon roi. Ce ne fut ni contre ni par le commandement de mes voix^. »

La Vénérable avait la mission de procurer l’expulsion de l’envahisseur, et elle savait par ses voix les conditions du succès et la manière dont il devait être atteint. Si elle s’était retirée lorsqu’on refusait de suivre sa direction, elle n’eût pas conduit le roi à Reims. Elle s’obstinait saintement à poursuivre le but assigné, malgré l’opposition qu'elle rencontrait; elle devait dans ces cas s’accommoder aux circonstances, ainsi qu’elle le fit à Orléans, lorsqu’au lieu d’être conduite par la rive droite, comme elle l’avait demandé, elle le fut par la rive gauche. C’est alors sans doute

1. Interroguée se ce fui bien fait, au jour de la Nativité de Nostre Dame, qu’il esloil feste de aller assaillir Paris, respond, c’est bien fait de garder lesfestes de Nostre Dame; et en sa conscience lui semble que c’estoit et seroit bien fait de garder les festes de Nostre Dame depuis ung bout jusques à Fautre. {Procès, p. 147-148.)

2. Interroguée s’elle dist point devant la ville de Paris : « Rendez la ville de par Jeshus )), respond que non; mais dist : « Rendez-la au roi de France. » (Ibid.)

3. Interroguée se, en fait de guerre, elle a rien (fait) sans le congié de ses voix, respond : « Vous en estes tous répondus. Et luisés bien vostre livre, et vous le Irouverés. » Et toutes voies dit que, à la requeste des gens d'armes, fut fait une vaillance d’armes devant Paris, et aussi ala devant La Charité à la requeste de son roy, et ne fut contre ne par le commandement de ses voix. (Procès, p. 168-169.)

L’A t SAUT CONTRE PARIS.

que les voix la laissaient surtout à son propre conseil. Du reste, assigner la part laissée à son libre choix dans les divers points de Texécution serait difficile. 11 n’y a pas lieu de s’en étonner. Est-ce que, même dans la vie chrétienne ordinaire, il serait facile de faire la part de la grâce et celle du libre arbitre? L’opposition des hommes aux directions du Ciel, dentelle était l’organe, la mettaient elle-même dans une voie dilférente, où elle devait atteindre les fins les plus hautes de sa mission, en montrant personnellement plus d’héroïsme.

La tentative contre Paris revint à plusieurs reprises dans le réquisitoire. Le promoteur en fit un de ses chefs de preuve de l’article XXXIII pour établir que les révélations de Jeanne venaient des esprits mauvais, et qu’elle était elle-même pleine de superbe. Elle fit à la question : « Faisiez- vous bien d’aller devant Paris*? » la réponse suivante: « Les gen~ tilshommes de France voulurent aller devant Paris, et en ce faisant, il me semble qu'ils firent leur devoir (T aller contre leurs adversaires. »

A l’article XXXVIII, d’Estivel profita de ce qu’avait dit la Vénérable, que ses voix lui ordonnaient de rester à Saint-Denys*, pour l’accuser de désobéir à des voix qu’elle disait divines. Jeanne répondit : « Je m'en tiens à ce que j'en ai répondu; toutefois j'ajoute qu'à mon partement de Saint-Denys j'eus de leur part congé de m'en aller. »

Certains modernes répètent l’inculpation de d’Estivet, ne remarquant pas que les Saintes ont pu d’abord dissuader leur disciple de s’éloigner de Paris, et l’y autoriser le 13 septembre, alors que, sourd aux instances de la Libératrice, Charles VII trouvait que c’était assez de victoires. Quand il se mit en chemin pour le Berry, est-ce que les voix pouvaient ordonner à Jeanne de rester, et de se mettre en lutte ouverte contre le roi qu’elle venait de faire sacrer?

Cette malheureuse tentative contre Paris revient encore à l’article LVII :

« Au jour de fête de la Nativité de la Bienheureuse Marie, y est-il dit, Jeanne fit rassembler toute l’armée dudit Charles, et la conduisit contre Paris, affirmant savoir par révélation qu’ils y entreraient ce jour-là... Le contraire arriva. Ce qui a été cause que devant vous elle a nié avoir fait ces promesses, encore que des personnes dignes de foi affirment qu’elle les a publiquement faites; à l’assaut contre Paris, elle disait être assistée par un million d’Anges, qui, si elle fût morte, auraient porté son àmeau Paradis. Interrogée pourquoi, à Tassaut contre Paris, les choses

1. Interroguée s’elle faisoil bien d’aler devant Paris, respondque les gentilz hommes de France voulurent aler devant Paris, et de ce faire, luy semble qu’ilz firent leur devoir à aller contre leurs adversaires. (Procès p. 250-251.)

2. Respond : « Je m’en tien ad ce que autrefois j’en ay respondu » ; toutes voies adjoucte que, à son partement de Sainct-Denis, elle en eusl congié de s'en aler. (Procès, p. 260.)

s’étaient passées au rebours de ce qu’elle promettait, elle-même et beaucoup des siens ayant été blessés et quelques-uns tués, elle répondit que Jésus lui avait fait défaut de ce qu’il lui avait promis.

« — Quant au commencement de P article, repartit l’accusée, fen ai autrefois répondu, et si je suis avisée de répondre plus, avant, volontiers j'en répondrai plus avant. Pour ce qui est de la fin de l'article, que Jésus m'ait failli, je le nie »

Jeanne ne faisait de réponse qu’après s’être assurée de l’approbation de ses Saintes. En disant ici que si elles étaient d’avis qu’elle en dit plus long sur l’assaut de Paris, elle le ferait, elle laisse clairement entendre qu’elle ç’a pas tout dit sur un événement si décisif et si ténébreux.

Le 17 mars, s’engagea le dialogue suivant: « Quelles armes offrîtes- vous à Saint-Denys? — Un blanc harnais entier tel que le porte un homnif^ d'armes, avec une épée ; je la gagnai devant Paris. — A quelle fin les offrîtesvous? — Ce fut par dévotion, ainsi qu'il est accoutumé parles gens d'armes, quand ils sont blessés, et pour ce que j'avais été blessée devant Paris, je les offris à Saint-Dengs, parce que c'est le en de France. — N’était-ce pas pour qu’on les honorât? — Aon*. » Le 12 mars cette question lui avait été posée: « Saint Denys ne vous apparut-il pas quelquefois? — Non, que jesache^. »

Malgré ces explications, d^Estivet ne manqua pas d’envenimer cet acte de piété. Dans son article LIX, il lui reprocha d’avoir fait placer ces armes bien en vue, pour qu’on les honorât comme des reliques. Il ajouta qu’à Saint-Denys, elle avait fait brûler des cierges dont elle répandait, pour prédire l’avenir, la cire liquéfiée sur la tête des enfants. L’accusée fit cette réponse : « Quant aux armures, j'en ai répondu, et pour ce qui est des chandelles allumées et distillées, je le nie\ »

1. Respond : « Du commencement de l’article, j'en ay autrefois respondu; et se j'en suy adviséeplus avant, voiilentiers en respond ray plus avant. » Item quoad finem cu'ticuli que Jeshus lui avoit failly,elle le nie. {Procès, p. 299.)

2. Inlerroguée quelz armes elle olTry à Saint-Denis, respond que ung blanc harnay entier à ung homme d’armes avec une espée ; et la gaigna devant Paris.

Interroguée à quelle fin elle les olfry, respond que ce fut par dévocion, ainsi que il est accoustumé par les gens d’armes, (luant ilz sont bléciés, et pour ce qu’elle avoit esté bléciée devant Paris, les offrit à Saint-Denis pour ce que c’est le cry de France.

Inlerroguée se c’esloit pour que on les armast (latin : ut arma adorarentur), respond que non. (Procès, p. 179.)

3. Interroguée se saint Denis apparut oneques à elle, respond que non qu’elle saiche. (Procès, p. 127.)

4. Respond : « J'en ay respondu quant aux armeures », et quant aux chandelles abîmées et distillées, negnt. » [Procès, p. 305.)

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