IV
combien elle désirait quitter la cour. Si elle avait cru sa mission finie, son langage, d’ailleurs toujours alerte, eût été de toute outrecuidance.
Le 16 mars était, cette année, le jeudi après le second dimanche de carême. Si l’on se rapporte à la lettre de rémission citée au précédent volume (p. 552 et suiv.), Ton verra qu’une conjuration s’ourdissait alors dans Paris pour livrer la capitale à Charles VII. La cour de Bourges était si bien prévenue que les conjurés avaient du même Charles VII un acte de pleine amnistie pour le passé de Paris, et qu’ils avaient écrit au conseil pour indiquer les diverses manières dont le complot pourrait être mis à exécution. C’est à cette heureuse nouvelle, ce semble, que Jeanne faisait allusion.
Il y avait aussi une conjuration à Reims, mais dans un sens opposé, pour faire rentrer les Bourguignons dans la ville. L’âme de cette conjuration était un certain Labbé, qui, pour mieux dissimuler, donnait avis au roi que beaucoup de Rémois voulaient introduire les L^ourguignons. Les Rémois avertis protestèrent, et Labbé fut puni, sur l’ordre de l’archevêque, car c’était un membre du chapitre.
La preuve du rang que la Pucelle tenait toujours dans leur estime, c’est que, non contents de protester auprès du roi, ils protestèrent aussi auprès de la Libératrice qui leur répondit par la lettre suivante en date du 28 mars :
« Trh chiers et bom amis^ plaise (à) vous savoir que j'ai reçu vos lettres, lesquelles fout mention comment on a rapporté au roi que dedans la bonne cité de Reims, il (y) en avait moult de mauvais. Ainsi veuillez savoir que cest bien vrai qu'on lui a rapporté vraiment qu'il y en avait beaucoup qui étaient (faisaient semblant d'être) d'une alliance (d’un parti), lesquels étaient d'une (autre) alliance, et qui devaient trahir la ville et mettre les Bouryuignons dedans.
« Et depuis le roi a bien su le contraire, parce que vous lut en avez envoyé la certaineté (l’assurance); dont il est très content de vous ; et croyez que vous êtes bien en sa grâce; et si vous aviez à besogner quant au regard du siège, il vous secourrait; et (il) connaît bien que vous avez moult à souffrir pour la dureté ^ que vous font ces traîtres Bourguignons adversaires ; aussi (il) vous en délivrera au plaisir {AQ)I)ieu, bien brief, c'est à savoir le plus tôt que faire se pourra. Si (ainsi) vous prie et vous requiers, très chiers amis, que vous gardiez bien ladite bonne cité pour le roi, et que vous fassiez très bon guet.
« Vous ouïrez bientôt de mes bonnes nouvelles plus à plein. Autre chose quant à présent ne vous écris, forsque (si ce n’est que) toute Bretagne est
1. Les Bourguignons ravageaient le pays dans les environs de la ville.