LETTRES AUX RÉMOIS
Pasquerel fut sans doule pour beaucoup dans la composition de cette lettre ; il y a là des traits de l’apologétique chrétienne au-dessus de la science de celle qui ne savait ni A, ni B ; mais l’esprit, et môme certaines parties, sont de l’inspiration de la Vénérable, et elle en a approuvé et fait sien le contenu.
Après le départ de l’armée conquérante, les Anglais et les Bourguignons s’étaient efforcés de reprendre les pays perdus. Ils avaient leurs partisans à Reims, et dans les autres villes de Champagne pendant si longtemps anglo-bourguignonnes. La trêve allait expirer à Pâques, et Ion n ignorait pas à Reims les préparatifs du duc de Bourgogne pour reprendre ouvertement la guerre qui n'avait même pas été interrompue, les Bourguignons se mêlant aux Anglais, non assujettis à la trêve. Les Rémois craignaient un siège, et ils en donnaient avis à la Pucelle qui leur répondit par les deux lettres suivantes, l’une du d6, l’autre du 28 mars. L’archiviste Pierre Varin en a trouvé les copies collationnées, parmi les papiers de Jean Rogier. Les originaux, conservés autrefois à rhôtel de ville de Reims, et scellés d’un sceau brisé sur la première, difficile à déchiffrer sur la seconde, portaient la signature de Jeanne. Les voici légèrement rajeunies :
« Très chers J et bien aimés, et bien désirés à voir^ (moi) Johanne la Purelie ai reçu vos lettres faisant mention que vous vous doutiez (craigniez) (lavoir le siège. Veuillez savoir que vous ne T aurez point, si je puis les rencontrer ; et si avisi était que je ne les rencontrasse^ et qiCils vinssent devers vous, fermez bien vos portes^ car je serai bien brief vers vous ; et si eux g sont, je leur ferai chausser les éperons, si en haie quils ne sauront par où les prendre; et leur seil (?) y est si près que se sera bientôt (?).
« Autre chose je ne vous écris pour le présent, mais que vous soyez toujours bons et loyaux. Je prie à Dieu qiiil vous ait en sa garde. Écrit à Sully le XVP jour de mars,
c< Je vous manderais encore quelques nouvelles dont vous seriez bien joyeux ; mais je craindrais que les lettres ne fussent prises en chemin, et que f on ne vit lesdiles nouvelles, »
Signé : « Jehanne >», et sur l’adresse :
« A mes très chiers et bons, les aimés gens d' Église, bourgeois, et autres habitants de la ville de Reims^, »
Par ces mots, désirés à voir, Jeanne exprime, ce qui était fort vrai,