LES TÉMOINS OCULAIRES DE SA VIE PUBLIQUE
Les questions adressées à Taccusée de Rouen sur ses victoires sont peu nombreuses, encore que ces victoires fussent la cause du procès et de rinique sentence qui le termina. La commission pontificale aurait pu, par suite, s’abstenir de toute enquête sur cette partie de Thistoire de la Vénérable. Elle en jugea autrement; elle crut qu'il était utile de savoir ce que, durant sa carrière triomphante, avait été dans l’intime de sa vie, la sainte fille condamnée pour magie.
Cinquante-cinq témoins furent cités, tous d’un rang honorable dans le clergé, l’armée, la magistrature, la vie civile. Aucun qui n’ait vu, entendu la V^énérable, n’ait, à un moment donné, plusieurs depuis son approbation à Poitiers jusqu’à sa captivité, n’ait eu les relations les plus favorables à une observation que tout provoquait. Impossible de trouver des témoins mieux renseignés.
Leur but n’était pas de narrer l’histoire de la Vierge-Guerrière; ils n’étaient cités que pour faire apprécier par les faits qu’ils attestaient ce qu'il fallait penser de la sentence du Vieux-Marché. L’iiistoire leur est cependant grandement redevable; car si les documents rapportés dans le précédent volume nous font connaître les événements extérieurs, les témoins nous montrent l’ànic de la merveilleuse enfant qui les menait.
Cités parles demandeurs de la réhabilitation, il est tout naturel qu’en restant dans les limiles de la vérité, ils aient présenté les faits favorables à la fin poursuivie, et se soient abstenus de soulever quel(|ues questions difficultueuses, compromettantes pour de puissants personnages encore vivants, ou morts depuis peu de temps; qu’ils ne nous parlent pas des obstacles opposés par la cour ; ou qu’ils se contentent de dire que la Pucelle promettait de délivrer Orléans, et de faire sacrer le roi à Reims.
Ils n^étaient pas tenus de dire qu’elle promettait plus encore; et se taire sur la promesse de l’entière expulsion de l’envahisseur n’était pas la nier. On peut d’ailleurs admettre que, sous l’impulsion de l’esprit prophétique, la voyante ait insisté sur ces deux faits qui devaient se réaliser, plus que sur ce qu’une politique tortueuse ou perfide devait empêcher.
Les témoins sur la vie guerrière ont été entendus à Orléans et à Paris, un seul a été entendu à Rouen, un autre à Lyon par commission rogatoire.
Il a été dit que les dépositions seraient groupées selon l’ordre chronologique des faits sur lesquels elles jettent plus de lumière. D’abord celles qui portent surtout ou exclusivement sur les sept ou huit semaines qui précèdent le départ pour Orléans, ensuite sur le séjour à Orléans, enfin celles qui embrassent la période guerrière tout entière.
Le texte de Quicherat est généralement exact. 11 a été collationné avec les trois manuscrits principaux de la Bibliothèque nationale dont il a été parlé à la page 501 de la Paysanne et V Inspirée, Pour plus de brièveté, le numéro 5970 sera dans les références désigné par la lettre A, le numéro 17013 par la lettre B, le numéro 8838, ou manuscrit d’Urfé, par la lettre U.
Dans la traduction, le style direct est substitué au style indirect des greffiers. On a apporté un soin scrupuleux à ne rien dire qui ne soit dans le texte.