LE DOYEN SEGUIN
que la vôtre^ me répondit-elle. Je parle limousin. Je lui demandai encore si elle croyait en Dieu ? « Oui certes^ repartit-elle, et mieux que vous. » Je lui dis alors que Dieu ne voulait pas qu’on ajoutât foi à sa parole, si elle ne donnait pas d'autre preuve qu’elle méritait créance, et que nous ne conseillerions pas au roi sur son simple dire de lui confier des hommes d’armes et de les mettre en péril. Elle répondit : « En nom Dieu ^ je ne sms pas venue à Poitiers pour faire signes; mais conduisez-moi à Orléans et je vous montrerai les signes pour lesquels je suis envoyée. » Elle demanda qu’on lui donnât des gens, le nombre qu’il semblerait, et qu’elle irait à Orléans.
Je l’ai entendue me dire et dire à l’assistance quatre choses alors à venir, et réalisées dans la suite : que les Anglais seraient anéantis, que le siège alors devant Orléans serait levé, et que la ville serait délivrée de la présence des Anglais, après toutefois qu’elle leur aurait fait une sommation préalable. Elle a dit secondement que le roi serait sacré à Reims, troisièmement que la ville de Paris rentrerait dans l’obéissance du roi, et que le duc d’Orléans reviendrait d’Angleterre. Toutes choses dont j’ai vu l’accomplissement
Rapport de tout fut fait au conseil du roi, et nous fûmes d’avis qu’attendu l’imminence du besoin et du péril dans lequel se trouvait Orléans, le roi pouvait s’aider de la jeune fille et l’envoyer à Orléans.
Moi qui vous parle et les autres commissaires, nous nous enquîmes de sa vie et de ses mœurs, et nous constatâmes qu’elle était bonne chrétienne, vivant en bonne catholique, et qu’on ne la surprenait jamais oisive*. Pour plus sûre information de sa conduite, on mit autour d’elle des femmes qui faisaient part au conseil de ses actes et de ses façons d’agir.
Je crois que Jeanne a été envoyée de par Dieu, vu que le roi et ceux de son parti avaient perdu tout espoir ; bien plus, tous pensaient à se retirer*. Je me rappelle bien qu’il fut demandé à Jeanne pourquoi elle portait une bannière ; elle ne voulait pas, dit-elle, user de son épée, ni donner la mort à personne*.
J’ajoute que Jeanne se courrouçait très fort quand elle entendait jurer
1. Et tune dixit loquenü et aliis adslantibus quatuor quæ adhuc erant ventura, et quæpost niodum evenerunt. Primo dixit quod Anglici essent destructi, etquod obsidio antè villam Âurelianensem existens levaretur, et villa Aurelianensis ab ipsis Anglicis liberata evaderet ; ipsa tamen per prius eos summaret. Dixit secundo quod rex consecraretur Remis, tertiè quod villa Parisiensis redderetur in obedientià regis, et quod <iux Aurelianensis rediret ab Anglia. Quæ omnia ipse loquens vidit compleri.