Dicendo : « Amittemus nos gentes nostras
2. Sæpissimè confitebatur de duobus diebus in duos dies... et exhortabatur armalos de benè vivendo et sæpè confitendo.
LES BOURGEOIS D’ORLÉANS. 163
en fut très courroucée et se mit en devoir de frapper pour cela ledit Ecossais*.
Elle ne souffrait pas que des femmes de mauvaise vie chevauchassent dans l’armée avec les guerriers ; aucune n’eût osé y rester en sa présence ; venait-elle à en rencontrer, elle les forçait de s’éloigner, à moins que les hommes d’armes ne consentissent à les épouser.
En un mot, je crois qu’elle était une vraie catholique, craignant Dieu, gardant ses commandements, obéissant dans la mesure du possible aux préceptes de l’Église.
Elle était compatissante, non seulement envers les Français, mais aussi envers les ennemis*.
Je sais pertinemment ces choses, parce que j’ai longtemps vécu dans sa compagnie et que souvent je l’aidais à s’armer.
Jeanne se plaignait et soutfrait beaucoup, parce que de bonnes femmes venaient vers elle, et lui faisaient des saints qui semblaient de l’adoration; ce dont elle se fâchait fort*. Je ne sais pas autre chose.
LES BOURGEOIS d’orléans (F®* A Lxviir®-ix'®, B lOT^-S, U 175'®-6).
C’est l’élite des bourgeois d’Orléans qui vont déposer en faveur de la Vénérable.
11 suffit d’ouvrir l'inventaire des archives d’Orléans pour trouver leurs noms durant cette période, parmi les douze procureurs, renouvelables tous les deux ans, qui administraient les affaires de la ville Le personnage plus important du conseil éta^t celui qui, sous le nom de receveur, encaissait les revenus de la ville et payait les dépenses. En 1429, cette charge était dévolue à Jean Hilaire, qui en fut investi à plusieurs reprises. Grand nombre de ceux dont les noms vont être cités occupèrent à leur tour cette première magistrature urbaine. Tel Jean Luillier, un beau-frère de Jacques Boucher, trésorier du duc d’Orléans.
Us sont si unanimes dans leurs dépositions que le greffier se contente
1. In exercitu nunquam voluisset quoi aliqui de suâ societate deprædarent aliquid; nam de victualibus quæ sciebat deprædata nunquam volebat comedere. Et quâdam vice quidam Scotus dédit sibi intelligerequodipsacomederat de uno vitulo deprædato; dequo multum fuit irata, et voluit propter hocpercutere dictum Scotum.
2. Pia eliam non solum ergà Gallicos, sed etiam ergàinimicos.
3. Ipsa Johanna multùm dolebat, displicebai sibi quod aliquæ mulieres veniebant adeam, volentes eam salutare, et videbatur quædarn adoratio, de quo irascebatur.
4. Inventaire des archives d'Méans, par M. Doixel, p. 142 et suiv.
LA VlERGE-GUERRIÉRE D'APRÈS LES TÉMOINS DE SA VIE.
souvent d’écrire que leurs dépositions sont identiques à celle qu il vient de relaler.
1. Jean Luillier. — L’année susdite (1456), le 16 mars, en présence de vénérables personnes, maîtres Guillaume Bouillé, doyen de Noyon, et Jean Martin, vicaire de l’inquisiteur, les deux derniers de l’ordre des Frères prêcheurs, et professeurs de sacrée théologie, et aussi de Jean Gadier, bachelier ès lois, a comparu Jean Luillier, l’aîné, bourgeois d’Orléans, âgé de cinquante-six ans environ.
Interrogé sur l’arrivée de Jeanne à Orléans, il a répondu : Son arrivée était ardemment désirée par tous les habitants de la ville; car le bruit public était qu’elle s’était présentée au roi comme envoyée par Dieu pour faire lever le siège qui nous étreignait. Les assiégeants nous avaient tous réduits à une telle extrémité, que nous ne savions à qui avoir recours pour trouver remède. Dieu seul nous restait'. — Étiez-vous dans la ville quand Jeanne y entra? — Oui, j’y étais. Tous, hommes et femmes, grands et petits la reçurent avec des transports de joie, tels que si elle avait été un Ange de Dieu ; c’est que tous espéraient que, par son moyen, nous serions délivrés de nos ennemis, ainsi que nous le fûmes en réalité. — Que fit-elle après son entrée dans la cité? — Elle exhortait tout le monde à espérer dans le Seigneur, disant : que si on avait bonne espérance et bonne confiance en Dieu, l’on serait tiré des mains des ennemis*.
Élle voulut faire une sommation aux assiégeants, avant de permettre qu’on les attaquât pour les repousser. C’est ce qui fut fait. Elle leur fit cette sommation par une lettre contenant en substance qu’ils eussent à lever le siège, et à rentrer dans leur pays d’Angleterre; sans quoi, ils y seraient contraints de vive force et par les armes. Dès ce moment, les Anglais furent terrifiés; ils n’eurent plus la même force de résistance que précédemment, si bien qu’une poignée d’assiégés suffisait pour tenir tête à une foule d’assiégeants; ils pressaient quelquefois les Anglais au point que ceux-ci n’osaient pas sortir de leurs bastilles*. — Parlez-nous de la levée du siège? — Au mois de mai, le 27 (le 7), en l’année 1429, — il m’en souvient bien, — l’attaque fut dirigée contre les ennemis qui étaient établis sur le boulevard du pont. Dans l’attaque Jeanne fut blessée d’une flèche. L’attaque dura depuis le matin jusqu'au
1. In lanlà necessitate posiii, quod nesciebant adquem recurrerepro remedio, nisi solum ad Deum.
2. Exhortabatur omnes ut sperarentin Domino, et si haberent bonam spem et fiduciam in Deo, quod eriperentur ab adversariis.
Summavit eosdem Anglicos... Abillà horà Anglici fuerunt lerriti, nec habuerunt
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JEAN LÜILLIER.
soir, si bien que les Orléanais voulaient rentrer dans la ville. La Pucelle accourut, leur ordonnant de ne pas s’éloigner et de ne pas rentrer encore. L’ordre donné, elle prit son étendard en mains, et le posa sur le bord du fossé. A l’instant, pendant qu’elle était ainsi en leur présence, les Anglais frémirent et furent saisis de frayeur. Les troupes royales reprirent courage, et commencèrent à donner l'assaut en grimpant sur le boulevard ; ils ne trouvèrent aucune résistance ; dès lors, le boulevard fut conquis ; les Anglais qui s’y trouvaient prirent la fuite et tous périrent. Glacidas et les autres principaux capitaines anglais, croyant se retirer dans la tour du pont, tombèrent dans le fleuve et s’y noyèrent. La bastille prise, les gens du roi rentrèrent dans Orléans. — Pourriez-vous nous dire ce qui advint ensuite? — Le jour suivant, le lendemain, de très bon matin, les Anglais sortirent de leurs retranchements, se rangèrent en ordre de bataille, et, à ce qu’il semblait, comme pour en venir aux mains. La Pucelle avertie se leva de son lit et s’arma; mais elle ne voulut pas qu’on les attaquât, ni qu’on leur fit aucune demande; elle ordonna qu’on leur permît de se retirer; et de fait, ils se retirèrent sans être aucunement poursuivis. Dès ce moment, la ville fut délivrée. — Le siège fut-il levé et la ville délivrée par le ministère ou le moyen de la Pucelle plus que par la puissance des hommes d’armes? — Ma persuasion et celle de tous les habitants de la ville, c’est que si la Pucelle n’eùt pas été envoyée par Dieu à notre secours, la ville et ses habitants allaient être prochainement contraints de subir la domination des ennemis. Ni les habitants, ni les hommes d’armes qui étaient dans ses murs, ne pouvaient tenir longtemps contre leur puissance, tant ils avaient de supériorité sur nous*.
2. Le même jour, Jean Hilaire, bourgeois d’Orléans, âgé de soixantesix ans, a prêté serment, et, interrogé sur la vie, les mœurs, les vertus, la conduite de Jeanne, a déposé comme le précédent.
3. Gilles de Saint-Mesmin, âgé de soixante-quatorze ans, bourgeois d'Orléans, interrogé, etc., a rendu le même témoignage que le précédent.
4. Jacques Lesbahy, bourgeois d’Orléans, âgé de cinquante ans, a fait une déposition identique à celle des deux précédents, et a ajouté ce qui
tantam potestatem resistendi sicut superius ; imè pauci sæpè pugnabant contrà magnam mullitudinem Anglicorum et taliter cogebant aliquotiens ipsos Ânglicos exislentesin obsidione quodnon audebani exire de suis baslilliis.
1. Si dicta Puella non venisset ex parte Dei ad adjutorium eorum, ipsi de propinquo fuissent omnes habitantes et civitas sub ditione et potestaie adversariorum obsidentium redacti ; nec crédit ipsos habitantes, neque armatos in ipsâ exislentes potuisse diù resistere contrà ipsam potestatem adversariorum, qui tantùm tune contrà eos prævalebant.
suit. — Je me rappelle, a-t-il dit, que deux hérauts furent envoyés à Saint- Laurent*. L’un s’appelait Ambleville, l’autre Guyenne. Ils devaient dire, sur les instances de Jeanne, au sire de Talbot, au comte de Chaffort {Suffolk)^ et au seigneur de Scalles, d’avoir de la part de Dieu à quitter la place, et de revenir en Angleterre ; sans quoi, il leur en arriverait mal. Les Anglais retinrent l’un des hérauts, Guyenne ; ils renvoyèrent l’autre, Ambleville, porter un message à Jeanne la Pucelle. Ambleville raconta que les Anglais avaient gardé son compagnon Guyenne dans l’intention de le brûler. Jeanne dit alors à Ambleville, au nom de Dieu, qu’ils ne lui feraient aucun mal ; donna l’ordre à ce même Ambleville de retourner hardiment vers les Anglais, et que non seulement, il n’aurait rien à souffrir de leur part, mais qu’il ramènerait son compagnon sain et sauf. Ce qu’il fit. J’ai vu Jeanne à son entrée à Orléans. Avant tout, elle voulut se rendre à l’église cathédrale offrir ses adorations à Dieu son créateur. Je ne sais pas autre chose.
5. Guillaume le Charron, bourgeois d’Orléans, cinquante-neuf ans, a prêté serment, etc., et a fait la môme déposition que le précédent.
6. CosME DE CoMMY, bourgeois d’Orléans, soixante-quatre ans, a prêté serment, et, examiné, a déposé comme le précédent, en ajoutant ce qui suit. — J’ai entendu, a-t-il dit, maître Jean Mâcon {de Mâcon)^ docteur de la plus haute renommée, affirmer que, souvent, il avait considéré les paroles et les actes de Jeanne, et qu’il n’avait pas le moindre doute qu’elle ne fût envoyée par Dieu; que c’était merveille de l’entendre s’expliquer et répondre ; qu’il n’avait observé dans sa vie que sainteté et vertu Je ne sais pas autre chose.
Gilles de Saint-Mesmin, déjà cité, a affirmé avoir entendu le même témoignage de la bouche de Mâcon.
7. Martin de Mauboudet, bourgeois d’Orléans, soixante-sept ans, a fait une déposition en tout conforme à la précédente.
8. Jean Volant, l’aîné, bourgeois d’Orléans, soixante-dix ans, comme le précédent.
9. Guillaume PosTiAU, bourgeois d’Orléans, quarante-quatre ans, comme le précédent.
1. Saint-Laurent, sur une éminence au bord de la rivière, sur la rive droite, était, ce semble, le quartier général des Anglais.
2. Audivit dici magistro Johanni Maçon, in utroque jure doctori famatissimo, quod ipse doctor multoliens examinaverat ipsam Johannam de dictis et factis suis, et quod non faciebat dubium quin esset missa à Deo, et quod erat res mirabilis in audiendo loqui ipsam et respondendo ; et niliil invitàsuâ perceperat nisi sanctum et bonum.
Et idem affirmât audivisse à præfato Maçon prædictus Ægidius de Saint-Maismain. (Voy. dans le volume précédent, la Libéi-atrice, p. 299 et suiv., combien justement Jean de Mâcon est appelé docteur très fameux.)
LES BOURGEOIS D’ORLÉANS
10. Denys Roger, bourgeois d’Orléans, soixante ans, comme le précédent.
M. Jacques DE Thoü, bourgeois de la môme ville, cinquante ans, comme le précédent.
12. Jacques Carrelier, bourgeois d’Orléans, quarante-quatre ans, idem.
13. Aignan de Saint-Mesmin, quatre-vingt-sept ans, identiquement.
14. Jean de Champeaülx, cinquante ans, même témoignage. Il ajoute cependant : J’ai entendu de ta bouche de Jean de Mâcon ce qu‘a entendu Cosme susnommé. En outre, un dimanche, je fus témoin d’un grand coup que les hommes d’armes d’Orléans voulaient frapper sur les Anglais qui se mettaient en ordre de bataille. A cette vue, Jeanne se dirigea vers les hommes d’armes, et on lui demanda s’il était bon de combattre les Anglais à pareil jour qui était un dimanche. Elle répondit qu’il fallait entendre la messe. Elle envoya chercher une table, fit apporter les ornements sacerdotaux, et fit célébrer deux messes qu’elle entendit avec grande dévotion, ainsi que l’armée tout entière. Les messes finies, Jeanne demanda d’observer si les Anglais avaient le visage tourné de notre côté. Il lui fut répondu que non; que c’était le contraire; qu’ils étaient tournés du côté de Meung. « En nom Dieu^ répliqua-i-elle^ ils s'en vont, laissez-les s'eji aller; et nous, allons remercier Dieu, car cest aujourdhui dimanche. »
Denys Roger, déjà entendu, a été témoin du fait, ainsi que les quatre qui vont suivre, Jongault, Hue, Aubert e\ Houlliart, et plusieurs autres encore.
15. Pierre Jongault, bourgeois d’Orléans, cinquante ans, comme le précédent.
16. Pierre Hue, bourgeois de la môme ville, cinquante ans, comme le précédent.