‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 90 sur 296 · IV · texte numérisé non relu

IV

bastille des Augustins fut enlevée. A la suite, les capitaines conclurent que Jeanne rentrerait dans la ville; ce qu’elle ne voulait pas faire, s’écriant : « Faut-il donc abandonner nos (jens^ ? »

Le lendemain, Ton en vint à l’attaque du boulevard établi au bout du pont ; il était très fort et comme inexpugnable. Les gens du roi eurent là beaucoup à faire; l’attaque dura tout le jour jusqu’à la nuit; j’ai vu messire le sénéchal de Beaucaire faire rompre le pont avec une bombarde. Le soir était arrivé et l’on désespérait presque d’emporter la forteresse, lorsqu’il fut dit d’apporter la bannière de Jeanne; elle fut apportée; et l’on commença l’assaut, et immédiatement les gens du roi à la suite de ladite bannière entrèrent dans le fort sans grande difficulté. Les Anglais se mirent à fuir; mais arrivés au bout du pont, le pont rompit, et beaucoup furent noyés.

Le jour suivant, les gens du roi sortirent pour mettre les Anglais en déroute. Ceux-ci, à cette vue, s’enfuirent; Jeanne, les voyant tourner ainsi le dos, et les Français les poursuivre, dit aux Français : « Laissez les Anglais s'en aller ^ ne les tue^ pas; qu'ils s'en aillent^ leur éloignement me suffit, »

Le môme jour, les soldats du roi sortirent d’Orléans et revinrent à Blois, où ils entrèrent le jour môme. Jeanne demeura deux ou trois jours à Blois ; et elle vint ensuite à Tours et à Loches. C’est là que les gens du roi se préparèrent à aller attaquer Jargeau. Ils y vinrent, en effet, et l’emportèrent d’assaut. Je ne sais pas les autres choses accomplies par Jeanne.

Ce que je sais bien, c^est que Jeanne était bonne catholique, craignant Dieu. Elle se confessait très souvent, de deux jours en deux jours^ chaque semaine elle recevait le sacrement de l’Eucharistie, il n’y avait pas de jour qu’elle n’entendît la messe ; elle exhortait les hommes de l’armée à bien vivre et à se confesser souvent. Je me souviens bien que tout le temps que je vécus en sa compagnie, je n’eus jamais volonté de mal faire.

Jeanne couchait toujours avec des filles jeunes, et ne voulait pas coucher avec des femmes âgées. Elle avait en horreur les blasphèmes et les jurements, et elle tançait les jureurs et les blasphémateurs.

Dans l’armée, elle n’aurait jamais voulu que quelqu’un de sa compagnie se rendît coupable de déprédation, ne voulant jamais manger de ce qu’elle savait être le fruit de la rapine. Un Écossais lui ayant un jour donné à comprendre qu’elle avait mangé d’un veau dérobé, elle

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