‹ La vraie religion selon Pascal; recherche de l'ordonnance purement logique de ses Pensées relatives à la religion. Suivie d'une analyse du Discours sur les passions de l'amourChapitre 3 sur 40 · AVANT-PROPOS IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IX

Pascal propres à démontrer la vérité de la religion chrétienne. La sincérité de ce mobile est amplement garantie par le pénible eiïort d'une pareille entreprise, qui serait même très profitable à ces chrétiens, si nous y avions entièrement réussi, mais nous ne nous en flattons pas. Nous n'avons pu dissimuler certains paralogismes, qui nous ont paru inhérents au dogme même, et que Pascal était obligé d'admettre à moins de renoncer à sa foi. En recherchant le lien logique de ses Pensées religieuses nous devions fatalement rencontrer la question controversée du conflit entre le dogme catholique et la raison. Nous ne l'avons pas éludée, car si ce conflit existe, il ne saurait être en aucune âme plus poignant, plus aigu qu'en la sienne.

Nous sentons tout ce qui nous a manqué pour satisfaire aux exigences d'une étude aussi ambitieuse. Elle était difficile et Pascal semble l'avoir condamnée d'avance en considérant les mathématiques comme seules susceptibles d'être logiquement exposées :

... f aurais bien pris ce discours d'ordre comme celui-ci : Pour montrer la vanité de toutes sortes de conditions, montrer la vanité des vies communes, et puis la vanité des vies philosophiques (pyrrhoniennes , stoïques) ; mais l'ordre ne serait pas gardé. Je sais un peu ce que cest, et combien peu de gens l'entendent. Nulle science humaine ne le peut garder. Saint Thomas ne Va pas gardé. La mathématique le garde, mais elle est inutile en sa profondeur (II, ili).

Nous osons ne pas souscrire à cette condamnation. De ce qu'une doctrine morale répugne à être exposée sous la forme déductive affectée aux démonstrations mathématiques il ne s'ensuit pas qu'il n'y ait aucun lien logique possible à dégager entre les notions qui en sont la matière. Pascal, en écrivant cette Pensée, était dominé sans doute par sa manière la plus naturelle, la plus

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habituelle de raisonner. Au surplus il fait lui-même très large, on peut dire léonine, la part de la raison dans l'enseignement de la religion, comme en témoigne la Pensée suivante : Les hommes ont mépris pour la religion, ils en ont haine, et peur quelle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison; vénérable, en donner respect; la rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons quelle fût vraie; et puis, montrer qu'elle est vraie.

Vénérable, parce qu'elle a bien connu Vhonwie; aimable^ parce quelle promet le vrai bien (II, 100 et 101).

Plus encore que nous ne craindrions le désaveu de Pascal, s'il pouvait nous lire, nous redoutons le dédain des théologiens; ils ont le droit de nous demander de quoi nous nous mêlons. Nous serions heureux que notre téméraire tentative suggérât à l'un d'eux ou à quelque écrivain mieux informé et plus compétent que nous l'idée de la reprendre et de la mener à meilleure fin.

Nous risquerions une entreprise dénuée d'intcrôt comme de raison d'être si, dans le fond de son âme, Pascal eût été sceptique. Ce serait une duperie, en ce cas, de tenter une organisation logique des preuves apportées sans conviction à la vérité du Christianisme par l'auteur des Pensées. Nous ne nous intéressons qu'au témoignage non suspect de sa croyance. îi nous est donc indispensable d'examiner avec attention et de déterminer autant que possible quel était réellement son statut religieux.

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