La vraie source du mal ou Encore la question de l'Université Laval [microforme]
Le voyageur qui traverse notre grand fleuve, à l'endroit où la pointe Lévis serre ses eaux le long des quais vermoulus de notre vieille capitale, est frappé par le spectatie de deux con: strmetions gigantesques qui se dressent, comme deux forteresses, sur les bauteurs de son fier pfämentoire. Au sud-ouest, à trois cents pieds de haut, sur des rochers escarpés, dont les pieds baignent dans les eaux du St. Laurent, il contemple avec un sentiment mêlé de surprise et d’'admiration, des terrasse ments, des tranchées; des murs percés de meurtrières, derrière lesquels il devine les bouches de canons menaçants : constructions monumentales d’un autre âge, qui vous transportent deux siècles en arrière, aux temps où les moiudres comme les plus graves
questions se réglaient à la lumière des feux de poudre et au grondement du canon. Sur le plateau le plus élevé, des obus, de monstrueux canons accronpis sur leur monture jettent un regard de défi ou de protection aux nombreux navires et aux frésates qui mouillent dans la rade : c’est la citadelle de Québec, le Gibraltar de l'Amérique Septentrionale,
Au Nord-Est, une autre construction de date plus récente, mais de dimensions imposantes, entourée d’un grand nombre de dépendances et bâtiments aussi très respectables : c’est l’université Laval, dont le clocher mince, mais élancé, domine la ville entière, sur laquelle elle en projette les ombres.
Si ce militaire à l'air martial, qui monte la ‘garde sur nos remparts, et ce commandant à cheval n'ont plus rien de redoutable: etri le canon n'épouvante plus personne, il n’en est pas ainsi de cet homme à l’air doux et humble, vêtu d'une longue robe noire. Du dôme de l'Université, il contemple la ville à ses pieds ; au loin, les vert:s campagnes; il voit le citoyen et l'habitant s'incliner au son de sa voix.
Quoique de récente fondation, l'Université possède déjà un matériel qui rivalise avec celui d'institutions plus âgées du pays. Ses salles d'histoire naturelle, où l’on trouve juxtaposés la mounie égyptienne et le crâne des rois indigènes,
de nombreux échantillons minéralozgiques, une collection bien complète de nos bois qui entrent pour une si grande part dans nos exportations, les cabinets de physique, les laboratoires de chimie, les galeries de tableaux où l’on remarque, bien naturellement dans un pays né d'hier, plus de reproductions que d'originaux ; tout cela est d'un grand intérêt pour le public et d’un grand secours pour le jeune homme qui va sy préparer à la grande lutte de l’âge mûr. Mais ce qui est plus digne de notre attention, c’est bien la bibliothèque qui serait, à en juger par l'étendue de ses salles et le nombre de ses rayons, l'une des plus riches, sinon des plus complètes que nous ayons au Canada.
Je ne voudrais pourtant pas insinuer par là que la direction soit étroite dans le choix des matières qui doivent entrer dans une bibliothèque universitaire. J'y ai remarqué plusieurs ouvrages qui doivent faire frémir d'horreur leurs silencieux voisins. Entre autres l’Institution de Calvin ; mais sans doute par respect et par un esprit conservateur, la direction tient sous clef et sous verres ces dignes objets de leur vénération.
Ajoutez à cela les salles de réception, dans l'une desquelles les tableaux de fondateurs, et sur une table, au centre, un riche coffret en argent solide, contenant la bulle papale, ou insti-
tution canonique de l’université; les diverses salles destinées aux différentes facultés ; enfin la vaste salle de convocation où chaque année sont couronnées les futures illustrations nationales, et vous aurez une assez juste idée du matériel de l'Université,
Toute cette immense agglomération de salles, petites et grandes, de salons et de corridors devraient suffire à son fonctionnement. Eh bien, non, on à creusé bien profond dans le roc, pour y poser les solides assises d’une aussi importante institution, Æt je me suis souvent demandé pourquoi ces établissements cléricaux, qu'ils soient en Italie, en Espagne ou au Canada, tiennent à ces vastes souterrains. Crrtes, ces foyers de science, de lumière n'auraient rien à cacher,
Je comprends qu'en Espagne et en Italie, ils aient eu leur utilité. Il fallait bien quelque trou sombre pour raener à la foi catholique l’hérésie protestante eb cacher les instruments de conversion, ou reconversion, selon l'occurence.
A Québec on a conservé l’habitude traditionnelle des proforides caves, non dans le même but, oh non! on dit que la direction destine ces vastes souterrains à un usage plus pratique; elle conserve à ses caves l'usage pour lequel elles sont généralement construites. La conservation de fruits importés et de tant de choses succu-
lentes que le pays ne produit pas et dont les vénérables PP. ont besoin ; on dit même qu'il ya là de très vieux et de très bons vins et des copnacs.…. tout couverts de mousse... pour les cas de maladie et pour remonter les cerveaux épuisés par les fortes études ! |