‹ La vraie source du mal ou Encore la question de l'Université Laval [microforme]Chapitre 2 sur 9 · SA FONDATION · texte numérisé non relu

SA FONDATION

L'université Laval fut fondée en 1852. Sa formation est due à la conception hardie d’un plan qui devait assurer à l'Eglise catholique de la Province une prépondérance aussi incontestable qn'’elle est incontestée.

Le grand séminaire de Québec, depuis sa fondation en 1663, s'était contenté de sa mission toute spirituelle: Choisir parmi ses étudiants les mieux doués, et surtout les plus riches, pour en faire des prêtres habiles à calmer les consciences troublées.. à revendiquer les intérêts de l'Eglise et à collecter les dîmes. C'était certes une mission bien digne du Séminaire ; il eût pu même se contenter à moins; mais il en est de l'influence comme de l'or: qui en a, en veut avoir davantase. Le supérieur comprit l’avantage qui en résulterait pour son église, sil pouvait confier & ses élèves, non-seulement la cure d'âme, mais encore l’administration de la justice et le soin des souffrances physiques de l’humanité. L'idée était lumineuse, hardie.—L'exé-

-cution en était facile. — Tout le matériel était trouvé, les bâtiments pouvaient servir, en attendant mieux. Les professeurs ès-sciences et èslettres étaient là. Les professeurs en théologie étaient au complet. Adjoignons-nous, se dit-on, quelques avocats de talent, quelques médecins habiles, mais dociles. En un mot, formons deux facultés nouvelles et nous aurons notre Université. Ce pouvait être aussitôt fait que concu. Et le grand séminaire, sans changer de personnel, avec une insignifiante addition, fut, transformé en université à laquelle on donna le nom du premier évêque de Québec, Monseigneur de Laval.

A côté de l'idée purement dénominativnelle, qui ressort clairement d’une lettre de l'évêque Bourget à sa grandeur l'archevêque de Québec, en date de mars 1851, il serait injuste de ne pas voir, chez les promoteurs de l'institution, le désir très louable d'élever le niveau des études et de foürnir à la jeunesse canadienne les moyens de mieux se préparer à l'exercice de leurs diverses vocations, Depuis longtemps l'évêque de Montréal songeait à la formation d’une université provinciale, (in tota nostrâ provincia).

“Ne serait-il pas temps, lui dit-il, de prendre les devants et de nous faire constituer légalement les maîtres de. l’enseignement public ?

quelle force nous aurions dans une pareille ins-

titution, après que nous en aurions obtenu la sanction pontificale ! ”

Mais ce titre d'université provinciale pouvait devenir un obstacle à l'obtention de la charte ; on était au temps où l’université catholique de Dubiin essayait en vain d’obtenir une existence légale. On pouvait craindre l'échec d’un plan qui aurait pris de trop grandes proportions.

D'un autre côté on craignait l'instabilité d’une charte accordée par un gouvernement provincial où les catholiques sont en minorité; peut-être cralgnait-on, quoique bien à tort, de susciter des craintes dans les universités protestantes du Canada ; on se rappelait qu'en Belgique, pays catholique, les évêques avaient dû se désister de leur tentative de faire incorporer leur université de Louvain.

Pour éviter ces deux écueils, en mai 1852, l'archevêque écrivait à Lord Elgin, gouverneur général : “ Les directeurs du séminaire de Québec, comprenant toute l’importance de la mission qui leur est confiée, se proposent de demander à la reine une charte qui accorde à leur établissement les avantages et les priviléges d’une université ; mais ils ne voudraient faire cette déwarche qu'autant qu'ils auraient la certitude

qu’elle rencontrerait l'approbation de vetre Excellence,”

Par cette démarche, l'archevêque repoussait tacttement le plan de l'évêque de Montréal, de former une université provinciale, et inaugurait la politique qu’il devait plus tard ccnjointement suivre avec le séminaire. Peut-être serait-il charitable de supposer que sa grandeur, croyait prudent de faire faire les démarches au nom du Séminaire, lequel réclamerait l'honneur de faire face à tous les frais que nécessiterait la formation et le maintien en permanence d’un tel établissement. Dans l'individu, l'amour de l'argent prime souvent, hélas ! tous les autres sentiments, étoufle chez la plupart la générosité et la philanthropie ; dans les sociétés, et dans les sociétés religieuses surtout, l’ämbition de caste et la gloire de l’ordre auquel on appartient l'emportent généralement sur toutes les autres passions. C’est ce que le grand séminaire éprouvait alors, Cependant, il serait injuste de ne pas admirer la générosité du grand séminaire dans cette circonstance, malgré ce qu’un monsieur, qui paraît au courant des détails de l'administration, me disait à cette occasion : “ que le Séminaire était embarrassé dans le placement de ses fonds prodigieux, et que, pour s'en faire pardonner la possession, il avait consenti à en consacrer une mince partie à l’érection et à l'entretien d’une université.”

Ce n'était pas tout d'obtenir une charte civile qui constituât le grand séminaire en université, il fallait songer à la sanction du souverain Pontife. Peut-ôtre redoutait-elle de s'engager dans la lutte à armes égales, avec les facultés ses rivales,et craïgnait-elle de ne pouvoir attirer autour d'elle la jeunesse canadienne, par la supériorité de son enseignement. Elle crut sage de se fortifier d’une arme nouvelle et de s’entourer du prestige que pouvait lui conférer un décret de Rome. Peut-être aussi sentait-elle ce qu'il pouvait y avoir d'anormal dans une faculté catholique romaine de théologie tenant ses pouvoirs d'un gouvernement protestant. |

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