TABLEAU DES CECITES INCURABLES
Cécités incurables congénitales. — 4 0/0
Cécités incurables par maladies du nerf optique et de la rétine. — 26 0/0.
Cécités incurables par suite de maladies de l'iris et de la choroïde. — 2 0/0.
Cécités incurables par suite de maladies du globe oculaire en entier. — 38 0/0 •
Cécités incurables par suite de maladies de la cornée.
Aujourd'hui curables par la cornée artificielle.
Atrophie congénitale du nerf optique.
Microphthalmie et Micro-Cornée.
Anophthalmie.
Sclérophlhalmie.
Atrophie du nerf optique.
Rétinite pigmentaire.
Névrorétinite.
Gliôme.
Décollement de la rétine.
Choroïdite disséminée.
liétino-Choroïdite. Choroïdite.
Atrésie pupillaire.
Glaucome.
Atrophie.
Atrophie de la Cornée.
Staphylôme double de la Cornée.
Leucôme ectasique adhérent.
Leucôme adhérent complet.
La moyenne ci-dessus indiquée a été établie sur l'examen de 10,000 aveugles. — Sur ces 10,000 aveugles, on peut compter 70 0/0 d'hommes et 30 0/0 de femmes.
Les maladies du nerf optique et de la rétine amènent le plus souvent la Cécité de 25 à 40 ans.
Le Glaucome de 40 à 60 ans.
Les Cécités dues aux maladies de la Cornée frappent surtout les enfants et jeunes gens jusqu'à 25 ans; ces cécités devenant curables par la Cornée artificielle, il s'ensuit que 30 0/0 des aveugles peuvent espérer le rétablissement d'une partie de la vision.
visuelle dans la région rétinienne, cfni perçoit encore, est descendue presque à 1/50 de l'acuité normale, qui vont, viennent et se dirigent dans la foule, n'ayant pour guide que le faible et étroit rayon de lumière sur le trajet duquel l'habitude les ramène toujours?
L'aveugle qui, après l'opération, se trouverait même dans ces conditions si défectueuses en apparence, ne serait-il pas mille fois plus heureux que de demeurer dans la nuit profonde? Alors que l'adaptation de la cornée artificielle ne lui donnerait que la faculté de distinguer dans le jour ou dans la clarté de la lumière, l'ombre des corps qui se meuvent devant lui, dans ces cas encore, l'intervention opérative lui aurait rendu un véritable service, dont il saurait plus tard apprécier la valeur.
Il ne faudra pas s'attendre, non plus, à ce que l'aveugle qui n'a jamais vu, ou qui est aveugle depuis de longues années, obtienne d'emblée la faculté de voir et de distinguer.
On ne doit pas oublier que la vue a besoin d'une éducation, que l'aveugle doit apprendre à voir, et que l'œil n'acquiert que peu à peu ses merveilleuses propriétés.
Je ne puis à ce propos résister au plaisir de rapporter l'observation bien complète d'un aveugle de 21 ans que j'ai eu le bonheur d'opérer et de rendre à la lumière. On verra que j'ai dù apprendre à voir à ce malade comme un professeur apprend à lire à son élève, et on pourra suivre, dans ce récit, comme si on y avait assisté, les progrès obtenus peu à peu par l'exercice et le fonctionnement.
Cet aveugle est un nommé Lanteaume (Louis), né à Aspres-les-Veynes, département des Hautes-Alpes.
Ce jeune homme, aveugle depuis sa naissance, venait de tirer au sort depuis quelques mois a peine. Campagnard sans instruction et sans éducation, il me fut présenté par sa sœur, qui apprit avec une satisfaction, peut-être plus grande que le malade lui-même, que j'espérais lui rendre la vue, et que je n'avais aucun doute sur le succès de l'opération.
Ce malade était atteint d'une double cataracte congénitale. Jelui fis donner un lit dans mon institut et pratiquai l'opé-
ration sur les deux yeux. Les manœuvres opératoires s'exécutèrent aisément des deux côtés, et je pus dégager le champ pupillaire des moindres parcelles de matière corticale et des plus légers débris de capsule. Les pupilles devinrent parfaitement noires et brillantes.
Me plaçant alors en face de l'opéré, et lui montrant ma main, je lui demandai s'il la voyait. Il me répondit dans son langage primitif qu'il voyait une chose.
Malgré mes instances, je ne pus arriver à lui faire confesser qu'il distinguait mes doigts, ma main et divers objets qui lui étaient présentés. Ses réponses ne variaient pas, c'étaient des choses, toujours des choses.
J'avais oublié un instant, que le malheureux privé de la vue, ne pouvait davantage. J'appliquai un pansement et j'attendis la guérison pour renouveler mes essais.
Je commençai son éducation visuelle le seizième jour. J'appris à ce nouveau voyant à regarder sa main, à compter ses doigts, à distinguer le pain, la fourchette, le verre, la bouteille, le couteau, les divers objets qui l'environnaient, la chaise sur laquelle il était assis, et j'assistai peu à peu, mêlant ma joie à la sienne, aux progrès de cette éducation sensorielle.
Après quinze jours d'exercice, le malade distinguait et reconnaissait parfaitement tous les objets qu'on lui montrait d'habitude. Je dus lui apprendre alors à les saisir à la place qu'ils occupaient. Cette appréciation de la distance ne fut pas obtenue sans peine; sa main se portait tantôt plus loin, tantôt plus près, soit plus haut, soit plus bas.
J'essayai enfin de lui apprendre à marcher correctement et à se conduire. La marche était toujours celle d'un aveugle ; il voyait, mais ne regardait pas, et se heurtait même violemment contre les obstacles que je plaçais volontairement sur son chemin. Cette étude fut assez longue et,au cinquantième jour, il eut été imprudent de lui donner sa liberté elde l'abandonner à lui-même. Son éducation visuelle était loin d'être terminée.
Le malade quitta cependant mon institut et regagna son village.
Un an après, l'aveugle venait me remercier. Sa vue était excellente, il savait lire et son intelligence, autrefois si obtuse, avait atteint un développement prodigieux. Aveugle pendant 21 ans, ce malheureux semblait n'avoir que l'enveloppe humaine ; voyant, il était devenu un homme !
Il me reste encore à indiquer les divers cas dans lesquels la chirurgie oculaire peut utiliser mon appareil. Je le crois applicable dans les décollements rétiniens, qui frappent si souvent l'organe visuel, dans un âge peu avancé, et qui conduisent l'homme, presque fatalement, à une cécité regardée comme incurable.
Dans ces cas, la monture seule de mon instrument agira comme un drain curateur; son introduction permettra de reprendre avec succès les cures tentées par le professeur De Wecker, à l'aide du drain de fil d'or.
Cette canule cylindrique,introduite à travers la sclérotique, dans la partie de l'œil qui correspond au décollement, donnera accès au liquide sous-rétinien, et ne présentera aucnn des inconvénients du drain tel qu'il a été employé autrefois.
Tous ceux qui ont suivi les expériences de l'habile professeur, tous ceux qui ont drainé des yeux, doivent être convaincus que si la méthode de drainage a été abandonnée, même par son inventeur, c'est simplement à cause de la forme du drain employé et de sa fixation défectueuse, qui ne lui assurait pas une immobilité absolue. Dans les mouvements légers du globe de l'œil, le drain, serré en forme de ganse et aban donné clans le cul -de-sac conjonctival, subissait des oscillations insensibles que l'œil supportait sans accidents graves; mais dans les mouvements étendus, désordonnés, violents, les tiraillements du drain sur les membranes oculaires devenaient vulnérants et donnaient brusquement lieu aux plus violentes inflammations, à des panophthalmites.
Avec la monture de ma cornée artificielle, rien de semblable ne sera plus à redouter. L'immobilisation sera absolue, le drain fonctionnera librement et sous-conjonctivalement et fera office d'une soupape de sûreté contre tous les phénomènes inflammatoires.
Je suis convaincu qu'en recommençant avec cet appareil les expériences de drainage, soit dans les décollements de la rétine, soit dans les staphy tômes en voie de progression, soit dans les glaucomes anciens et douloureux qui exigent l'ablation de l'oed, on obtiendra, sans le moindre danger, des résultats que n'a pu donner le drain de fil d'or. La méthode de mon ami, le professeur De Wecker, reprendra de cette façon la place qu'elle mérite dans la thérapeutique oculaire, et rendra prochainement des services incontestables et incontestés.
Je laisse volontiers à l'avenir le soin de démontrer jusqu'à quel point toutes ces espérances auront été réalisées.
Largement récompensé déjà de mes labeurs et de mes efforts par cette satisfaction intime et profonde d'avoir ouvert à la chirurgie oculaire une voie nouvelle, féconde en résultats, je le serai plus grandement encore le jour où mes confrères m'auront suivi, et auront perfectionné mon œuvre. Qu'ils s'engagent sans crainte dans ce nouveau chemin, et ils n'auront plus à dicter si souvent ces arrêts d'incurabilité aussi terribles pour les malades qui les entendent que pour les médecins qui les prononcent. Ils éprouveront cette joie immense, à nulle autre pareille, de rendre à des malheureux abandonnés par l'espérance, une portion d'un sens merveilleux, aussi
précieux que la vie Un homme peut-il jamais trouver un
bonheur plus grand et mieux partagé, et la science rêver une conquête à la fois plus utile et plus sublime ?