‹ La vue aux aveugles par la cornée artificielle [electronic resource]Chapitre 5 sur 10 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Le nommé Victor A..., de Serres, département des Hautes-Alpes, âgé de 70 ans, a perdu la vue à la suite d'une ophthalmie grave double et distingue à peine la clarté du jour. Il se présente à mon dispensaire disposé à essayer tout traitement et toute opération que je croirais devoir entreprendre.

Son (vil droit est réduit a l'état de moignon ; son œil gaucho a conservé sa forme, mais la cornée est atrophiée et remplacée par du tissu cicatriciel. La conjonctive est injectée et le siège d'une suppuration abondante. A deux mètres, il se rend compte, dans un appartement obscur, de la clarté produite par une lampe.

Je fais entrer le malade dans mon institut et je combats avec succès l'inflammation suppurative par diverses applications médicamenteuses.

Au boul de quelques jours, je pratique une ténolomie du droit externe et un avancement musculaire de l'antagoniste. A cause de l'état de la conjonctive cette opération s'exécute difficilement ; cependant, j'obtiens une déviation d'environ 30°.

Quinze jours plus tard, je procède à l'introduction de ma cornée artificielle. Réaction absolument nulle. La monture ne peut pas être recouverte parla conjonctive, excessivement friable. Elle ne gène pas, cependant, les mouvements de l'œil.

Après dix jours, j'introduis un petit stylet pour débarrasser les parois et l'orifice des sécrétions qui peuvent les obstruer, et je fais un essai de vision.

J'étais loin d'espérer que le malade pourrait distinguer la flamme d'une bougie ; cependant, il n'hésita pas, et put même en compter plusieurs. Il put aussi distinguer ma main à 80 cent, de distance. Quinze jours plus tard, j'adaptai le bouchon de cristal, sans la moindre difficulté. L'œil n'offrait plus trace de rougeur et n'était le siège d'aucune douleur. Le succès était complet !

Le malade a gardé cet appareil, bien qu'il ne fût pas fixé et recouvert par la conjonctive, pendant 75 jours. La transmission de la vue s'est faite aussi bien qu'on pouvait l'espérer, et il n'y a jamais eu, pendant tout ce temps, la moindre réaction.

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