TROISIÈME OBSERVATION
La nommée Joséphine P. .., âgée de 27 ans, demeurant à Marseille, quartier de la Belle-de-Mai, se présente à mon dispensaire. Elle travaille depuis quoique temps aux ateliers d'aveugles de notre ville. Elle est privée de la vue depuis son enfance. L'œil droit est atrophié. L'œil gauche présente un énorme staphylôme scléro-cornéen qui dépasse la t'ente palpébrale. Cet œil qui n'a plus forme humaine, est souvent le siège de douleurs et de poussées inflammatoires quelquefois très aiguës ; il est aussi atteint de nyslagmus, si fréquent chez les aveugles de naissance.
La sensibilité rétinienne est très affaiblie et la malade ne perçoit la clarté d'une lampe qu'à 2 m. 50.
Cette fille accepte avec satisfaction une tentative opératoire, et je lui donnf! une place dans mon institut, en me chargeant, connue pour les précédents malades, de subvenir, à mes frais, à tous ses besoins.
La ténotomie et l'avancement musculaire sont pratiqués s.-ms accident. Dès ce moment la portion stapliylùmateuse est entrainée dans l'angle interne, et la malade retire de cette première opération le grand avantage de pouvoir fermer aisément ses paupières, e1 l'œil ne s'enflamme plus.
Trois semaines après, j'introduis ma cornée artificielle. L'introduction est facile, et l'appareil n'ayant plus qu'une tête très étroite est facilement recouvert par la conjonctive.
Point de douleurs, point de réaction. Je veux pousser l'expérience dans ses dernières limites et j'enlève l'instrument au dixième jour. Après avoir laissé reposer l'œil pendant trois jours, j'en renouvelle
l'adaptation qui est aussi facile que la première et ne produit aucun phénomène inflammatoire important. La conjonctive cependant ne peut pas recouvrir facilement la cornée artificielle.
Au bout de quinze jours, j'enlève définitivement l'instrument, après avoir obtenu une amélioration considérable dans la vision.