‹ La vue (volume 2)Chapitre 6 sur 23 · DRE · texte numérisé non relu

DRE

Qu'il veut rendre éclatant dans les notes qu’il pousse …

Et qu’il jette par sa mimique; c’est son pouce RC Pointé contre sa bouche en s’écartant un peu ke Qui, par sa pose et par sa place lui tient lieu D'étrange, d’inutile et muette embouchure, Et sa main sans beaucoup de vérité figure ; Le reste de ce qu’on suppose à l'instrument, Ses doigts se prêtant à la forme en se fermant; Ée L'homme soigne beaucoup son pas; c’est un modèle "4 : De sévérité pour soi-même et de beau zèle nn. Quant à la marche; il est exagéré plutôt

Et lève les genoux trop nettement, trop haut;

Il se fait, gardant son sérieux, une tête Volontairement nulle, abasourdie et bête;

C’est le pince-sans-rire endurci, le farceur

Dont on ne croit plus un mot; il est connaisseur

Dans l’art de préparer quelque savante charge

te sur les trois côtés, n’ayant rien Qui dépasse; en sonnant le clairon il se donne

L'expression la plus comprimée et bouffonne,

talant entre ses pointes de la dentelle,

+ qu’une femme serre un peu contre son cou;

$e avait à la discipline; son corps | à e Malgré l'infraction reste droit et rigide; Ë Tout en portant les yeux autre part il se guide

Par routine et sans y songer sur le joueur

è De clairon; il a pris l’aspect d’un grand tueur,

D'un barbare qui sans sensiblerie achève

Ses victimes; sa main gauche étonne et se lève En montrant ses cinq doigts fortement écartés Qui se séparent et pointent de cinq côtés; : 2 C’est un geste rempli de menace et d’emphase, Un de ces gestes qu’on trouve pour quelque phrase Belle et ronflante dont on tient à souligner La puissante portée afin d’en imprégner L’auditoire; il convient aux fins de périodes Qu’on déclame en prenant le ton ému des odes | +3 Pour convaincre les plus têtus de ce qu’on croit Être la vérité flagrante. A cet endroit,

En dehors de ces gens-là, l'apparence offerte Par la jetée est nue, espacée et déserte;

On ne trouve pendant cent mètres nul passant La longeant dans un des sens ou la traversant; C'est ce calme qui, par l'isolement, excuse

Le caprice héroïque et fou qui les amuse;

Ils sont libres et seuls: ils n’ont à faire cas

D’aucune opinion.

RAS à Le :

Le Devant eux, à vingt pas Des personnages qui conservent des distances

mn

En rapport avec leurs diverses accointances,

Sur le parapet blanc, à droite. Trois amis

S’entretiennent avec un apparent mystère

. Deux semblent dépourvus d'enthousiasme et froids; Un seul dépense du nerf, de la pétulance,

De la vivacité; malgré sa corpulence

Il est ahurissant, remuant, plein de feu,

| Prenant son sujet à cœur. Celui du milieu

Est long, indifférent à tout et flegmatique ;

II traite en soi le gros de fou, de lunatique,

Ne voulant pour rien au monde attacher de prix À son caquet; il n’est aucunement surpris Qu'un homme tel que son digne voisin divague; Il regarde, levant les sourcils, quelque vague Déferler en avant, loin, sur le sable fin;

Le gros se donne bien du mouvement en vain, Car l’autre, avec son air paresseux, interprète À sa façon ses beaux arguments, et ne prête Que peu d’attention aux paroles qu'il dit; Dans son regard perdu, problématique, on lit Sans avoir besoin d’être un devin ce qu'il pense De l’aptitude ainsi que de l'intelligence

Du bavard; il ne voit pas qu’on ait là de quoi

S’attarder; il refuse aussi d’ajouter foi

Aux balivernes sans raison d’être, aux sornettes ; ‘4 D'un homme qui n’a pas de ressources bien nettes à Dans la cervelle; il a dès longtemps renoncé 4 A la discussion; il s’est bien enfoncé

En s’asseyant sur le parapet; il préfère Sr E

Être à son aise en tous cas; le gros, au contraire,

“LATYUE

ans nul sybaritisme et sans aucun confort;

utenant seule son équilibre, la pointe

Il harcèle ses deux compagnons et se flatte De dissiper leur doute et de les convertir

1 A la doctrine qu’il a, sans se départir

De l'exposé déjà donné ni du système

ne De ces déductions lumineuses qu'il aime

Et dont il s’évertue à montrer la valeur.

Le troisième est muet et-tient d’un air songeur Son menton dans sa main; ce beau geste seconde,

A ce qu’il paraît, sa réflexion profonde,

Et sert à mettre du brillant, de la clarté, Dans son intelligence; il est mal cravaté, Car sa cravate est vieille, abimée et mauvaise Et d’une étoffe peu définie, écossaise.

Tous trois ont du mal à s’entendre; l'union N'est pas près de régner dans leur opinion; C’est de leur caractère à chacun que résulte

La divergence.

A leur gauche, un homme consulte … Un volumineux guide ouvert sur ses genoux ; Il pince dans ses doigts, loin, par deux de ses bouts Une carte étendue à plat, tenant au livre, | Défaite et déployée en entier; il se livre Complaisamment à des recherches sur les lieux Voulant approfondir des points, en curieux; :

1! cherche aux environs un bon itinéraire,

Révant de faire un tour afin de se distraire ;

Il n’a pas l’habitude et s’y reconnaît mal

Dans ce pays qu’il tient à voir; un littoral

Se découpe sur la carte solide et neuve;

On voit des golfes et de minces caps; un fleuve

S Au cours extrêmement tourmenté, sinueux, Sort, timide d’abord, d’un endroit montagneux; Il fait des courbes et des angles, il ondule, Passe près de plusieurs bourgs, avance, recule,

| Reçoit après un grand détour un affluent,

Puis arrose une ville à l’air plus important;

pe Sont claires, sans aucun relief; mais les montagnes

La mer est tout unie et vaste; les campagnes

Ont un aspect plus dru, plus épais, plus foncé,

# Et le chaos de leur noirceur est plus forcé

Et Selon l’entassement et selon l’altitude ;

L'homme s’adonne avec prévoyance à l'étude

Persévérante et sans aléa d’un tracé; Un chemin par lequel il n’est jamais passé

. Lui semblant hasardeux, scabreux, il le précise.

Une femme, plus près nonchalamment assise, Se retourne sans but et regarde dans l’eau;

Dans sa main peu fermée elle tient un rouleau : . 0 Sans épaisseur ; c’est un seul morceau de musique È Quelque chanson à grand sentiment, magnifique; . La couverture laisse entrevoir son dessin Figurant une dame en poudre, au clavecin, + Qui chante, précieuse, ardente, maniérée, Le doux refrain de sa romance préférée;

Elle lève ses bras admirables et nus,

Car elle s'accompagne en accords non tenus; Son expression tendre est en même temps triste. ‘# LA Près de la femme qui songe, un violoniste

Inoccupé, rêveur, a posé contre lui,

\u milieu juste du parapet, son étui

‘ni il s’est assis en SÈUE à l’aise;

2 Se Pabits très DS sont re par te

Toujours prêt aussitôt qu’il s’agit de briser

Avec les errements routiniers du vulgaire;

Il se moque du qu’en dira-t-on, fait la guerre Aux convenances si sottes, aux préjugés

Auxquels les bourgeois sans flamme sont obligés;

Il ne veut pas que la mode soit respectée.

de.

Le

En face, du côté gauche de la jetée,

Debout et tous tournés vers la plage, des gens |

Sans direction bien fixe, indécis et lents, Sont arrêtés; un acte en bas les intéresse : À à | Tous passionnément; chaque regard se baisse RE Vers le bord de la mer, sinon pour la beauté

Des vagues, du moins pour quelque incident guetté. Une femme très grande et très brune domine :

Le groupe; elle est au plus haut degré féminine, Malgré sa taille, car elle possède un don |

Infini de souplesse intime et d'abandon;

De sa personne émane énormément de grâce

Et de charme aussitôt qu’elle paraît ou passe. Un homme un peu devant elle semble petit,

Par la comparaison inévitable; il rit,

our lui donner ; bon temps, du plaisir,

le Done et pa le divertir;

: son nez écrasé, plat; elles sont teintées

ne

rs deux verres sont bombés; un grand reflet

uvais ou bienveillant, impitoyable ou doux, quels sentiments vrais il exprime en dessous;

mr a pénétration obstinément tentée

Est vaine; Phomme, avec sa main droite gantée,

Par contenance, sans ardeur, distraitement DE 4 ’ ; $ 2 | Avec précaution; c’est l’extrémité fine, Pointue, irréprochable et droite qu’il fait mine |

De ne pas vouloir un instant laisser en paix;

d Son gant est maladroit pour cette tâche, épais

Est déjà sur le point de partir et ne met

Et fait dans une peau récalcitrante et dure Qui ne s’est assouplie un peu que par lusure; Des plis se sont formés, profonds, accentués Sur les emplacements les plus habitués

À se casser, à se tordre; un bouton unique,

Autrefois résistant, difficile, énergique,

Qu’une contrainte fort légère à son poignet; La boutonnière lâche et paresseuse serre Très médiocrement et ne comprime guère; Son pouvoir ancien, insuffisant, usé,

Laisse tout détendu, tranquille et reposé;

C’est en employant trois doigts que l’homme tortille

Le bout de sa moustache. Une très jeune fille Le À ses cheveux foncés, pleins de reflets et beaux “4 Encore, comme les fillettes dans le dos; 4 Ils descendent en deux nattes noires fournies UE. Formant deux courbes bien pareilles réunies 108 Par un même ruban unique dans le bas;

Pleine de confiance, elle donne le bras

l où toute une existence autre va commencer ;

Elle est trop franche pour chercher à distancer

Sa pensée est restée incorruptible et pure,

Gardanti intacte sa grande ingénuité;

Son esprit demeuré droit n’a pas profité

Des exemples malsains, vils; elle est à la veille Du jour où l’inconnu des sentiments s’éveille ; Pourtant aucun nouveau trouble ne l’envahit,

Ne la transforme; rien en elle ne trahit

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La moindre obsession; elle tient une laisse

Tressée en cuir, solide et résistante, épaisse, Dont le bout se rattache au collier d’un carlin À l’air affectueux, débonnaire, clin; | Il s’est assis avec patience, il arrête

Sur sa maitresse un long regard, lève la tête

Et reste sans bouger dans le tranquille espoir D'une caresse ou d’un mot; son gros museau noir. Est écrasé; sa tète au-dessus devient claire | Et du ton de son corps; il semble se complaire À regarder ainsi, fidèlement, d’en bas,

Le visage de la jeune fille; il est gras;

On doit lui donner en bon nombre des pâtées Délicieuses, bien faites, bien mijotées;

On devine le chien heureux et caressé

Rien qu’à sa mine; son collier est hérissé

De forts piquants pointus et dont l’air de menace Fait un contraste avec l’apparence bonasse

De ce chien entre tous placide, inoffensif,

Dont l’abord serait doux, amical, expansif,

va pas avec ÉLE SET a

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3 Qu elle ne traine dans la poussière, par terre; on autre extrémité s’entortille et se serre Sur une main de la fillette en tours nombreux;

La longueur partielle est restreinte par eux.

Devant le personnage aux brillantes lunettes, : Dont le sourire fait reluire les pommettes, Un enfant lourd et bien portant est accoudé Au parapet; près des tempes il est ridé,

Car dans la pose qu’il a choisie il enfonce

Imperceptiblement au-dessus de ses doigts,

Qu'il tient tous verticaux inflexibles et droits;

Sa tête dans ses deux mains et sa peau se fronce

Il suffirait qu’il les abaisse pour défaire

Ces rides de hasard; au bas de l’annulaire

Il porte un cercle mou, sans valeur, pauvre.et laid,

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Sans destination et bizarrement fait;

C’est une sorte de vilaine bague grise Qu'il a placée ainsi coquettement en guise De prétendu bijou modeste et dégarni D'un aspect dépourvu d’éclat, mal défini, | Terne autant qu’il se peut; c’est un simple élastique S'enroulant plusieurs fois en rond et qui s’applique Avec un pincement incessant sur sa peau;

11 y forme par son épaisseur un anneau

Dont la largeur n’est pas ferme ni régulière;

Elle s'étend parfois, puis elle se resserre

Aux endroits plus que les autres, durs, tortillés, Superposés de très près, recroquevillés;

L'enfant prend une mine appliquée, attentive

Pour regarder avec une anxiété vive

À la même distance et du même côté

Que les trois autres; la grande sincérité

EC Hede voir le nn en Be tout nr

' Gt Æ | 200 sur son poil, pendant qu'il se flatte,

A bracelet scintillant à la ne

à Du bord de la jetée, en sen le résultat

De son prochain plongeon.

En ce moment l’éclat

Décroît au fond du verre et tout devient plus sombre;

Sur la plage s'étend, partout égale une ombre;

Mon bras levé retombe, entraînant avec lui Le porte-plume et son paysage enfoui Dans l’extrémité blanche aux taches d’encre rouge; Dans le ciel un amas de grosses vapeurs bouge; us Le temps est devenu tout à coup nuageux, Incertain, menaçant, couvert, presque orageux ; Mes yeux plongent dans un coin d’azur; ma penses Rève, absente, perdue, indécise et forcée 3% D’aller vers le passé; car c’est l’exhalaison Des sentiments vécus de toute une saison Qui pour moi sort avec puissance de la vue, Grâce à l'intensité subitement accrue

Du souvenir vivace et latent d’un été

Déjà mort, déjà loin de moi, vite emporté.

> M INUIT sonne très loin; tout seul près de ma lampe,

Oubliant le moment présent, je me retrempe

Dans les vieux souvenirs d’heureux jours disparus;

J'ai devant moi, sur ma table, des paquets drus

De lettres qui me sont précieuses; chacune

À sa propre valeur; dans ma main j'en tiens une Spécialement chère et que je sais par cœur;

Fréquemment je la prends et la relis par peur

La lettre est grande, c’est un fort papier d'hôtel;

Accoudé sur ma table et penché, je m’attarde

D’en perdre ou d’en changer un seul mot; l’écri

Est fine, mais lisible et ferme, calme etsûre;

Sur la première page un dessin bleu de ciel 57 1 «

S’étale dans le haut, prend la largeur entière

De la feuille et se montre avant tout, de manière

À ce que sa réclame invite le regard; , ta

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