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Sa main sur son chapeau, l’appuvant pour le cas ) É |
De l’insondable champ, de l’immense surface + Qu'elle trouve de tous côtés et qu’elle embrasse; Le vent plus lancinant, plus incessant, plus fort he En cet endroit qu’à tout autre, agite le bord = Du chapeau de la femme; en effet, la souplesse “0 De sa paille s’y prête, et la femme le laisse Vibrer à l’aise, sans le tenir ni bouger; L'homme, moins patient, préfère s’insurger Contre les coups de vent et contre la menace De perdre son chapeau; faisant une grimace, Il prend un air bougon, sombre, il est mécontent Que les souffles constants, rageurs, s’acharnent tant: F Le vent perpétuel l’exaspère, l’énerve,
Une appréhension le domine; il conserve
D'un souffle inattendu, brusque; il donne le bras …
À la femme qui suit sa rêverie heureuse.
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il Encore assez près d'eux une € bande nombreuse
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Sous l arcade : les uns, en train de jacasser,
"4 Marchent devant : ceux-là composent la jeunesse De la bande; ils sont gais, ne veulent ni sagesse, Ni grands mots affectés, ni gène, ni sermons,
Ni rien de ce qui porte en général les noms
kù De préjugé, de règle inflexible, d’entrave
3 40 Ê te, °\ A , , ! ,
Marchent derrière, gens plus âgés, pénétrés Certains donnent, de la tête, de calmes signes D’assentiment. Parmi ces personnages dignes, DR :
Un jeune, par hasard, par erreur s’est glissé;
1! porte un pince-nez; il est intéressé
Pau caprice présent. D’autres, d’aspect plus grave,
De leur grande importance et tous froids, pondérés; ..
Par les propos savants, réfléchis, et préfère L'entretien instructif, nourri, presque sévère, Du groupe respectable, aux éternels ébats
Des jeunes gens, ainsi qu’à leurs bruyants éclats De rires et de voix; il pérore et démontre
La justesse de quelque opinion. Par contre, Comme pour compenser cette incartade, un vieux Tient ses contemporains à écart, aimant mieux Se divertir parmi les têtes de linottes;
Il cherche leur gaité, ne trouvant pas si sottes Leurs gambades à tous sujets, et prenant goût
A leur insouciance évidente de tout,
Sans dédaigner ni leurs farces ni leurs folies;
Il s’avance entre deux femmes assez jolies; Chacune, par plaisante attention, a pris
Un de ses bras; il a de minces favoris
Soignés et bien taillés, blancs comme de la neige; Le vent les pousse l’un et l’autre, les allège,
Les casse, en les faisant brusquement se plier,
En les forçant, par des assauts, à dévier;
pur appuyer avec force ce qu’il prétend, démène et fait tout son possible; il use
su 2 De la liberté courte, incertaine et confuse, ; 1 LE DEC 4 s {
ue gardent seulement ses mains et ses poignets à
Persuasifs; il veut affirmer ce qu’il narre
De crainte qu’on ne doute ou qu’on ne contrecarre
Et qu'on ne dise pas surtout qu’il exagère,
Qu'il traite son sujet de haut, à la légère,
Car c’est autour de son austère redingote Que l’entrain trouve son élément et pivote; LA Il parle lestement, avec facilité,
Pratiquant sans effort la volubilité
Et sans que son travail de mémoire lui coûte. Une femme, marchant à reculons, l'écoute
Devant lui, le regard droit en face du sien
Des jeux multiples de sa physionomie ‘+ Empreinte d’un grand fonds de franche bonhomie; Elle accomplit ainsi des pas plus brefs, plus courts Plus saccadés aussi, plus raides et plus lourds; x
Puis il faut qu’elle en fasse un beaucoup plus grand no Pour conserver toujours un peu d'avance; une ombre
Tache sa lèvre, c’est un rien, une façon
De duvet peu sensible et tombant, un soupçon
De moustache; la femme est d’ailleurs assez brune.
ll est poseur, il a l’air d’un comédien, < CD un homme plein de lui-même qui, sur la scène, Cherche de grands accents pour l’amour et la haine;
C’est lui qui doit, dans sa troupe, être coutumier » GE De l'emploi délicat, doux, de jeune premier.
F4 La femme, originale, ardente, échevelée, à
Se moque un peu de tout; c’est une écervelée, N’écoutant que ses seuls instincts, obéissant
Au premier penchant, vif ou non, qu’elle ressent,
Aimant, sahs prévenir, faire une brusque fugue
Avec celui qui, dans le moment la subjugue,
Quitte à chercher ailleurs, au bout de quelques mois, Une ivresse plus neuve et de nouveaux émois
Entre les bras d’un autre homme; elle fait la folle Par ses façons. Le peintre est en cravate molle,
En complet excentrique; il est très moustachu;
Son menton est fuyant et son nez grand, crochu;
Il est debout; il cherche à reculer la tête
Pour juger mieux l'effet de loin, car il s'apprête
À rectifier, dans son travail, un endroit
Avec son mince et long pinceau, qu’il tient tout droit; En songeant gravement à faire sa retouche
Il hésite, prend du temps, avance la bouche,
Pèse le pour, le contre, et cligne un peu des yeux Pour que son jugement plus consciencieux
Lui dise quelle teinte il importe qu’il mette;
Son pouce sort couché du trou de sa palette
Sur laquelle sont en tas toutes les couleurs,
Toutes, depuis les plus séduisantes paleurs
vaux tons violents, en passant par les gammes Que peut fournir un nombre infini d’amalgames ; 32 peintre s'appliquant ne s'inquiète pas
couple qui s’attarde et discute tout bas
e qu'il change, ce qu’il ajoute ou ce qu'il Ôte.
+ Fu
Derrière le rocher on voit un peu de côte; A cet endroit tout est vide, tout est désert, FT À
Et le rivage plat et monotone acquiert
Le 124-900
Un aspect uniforme, inhabitable et morne;
Parfois avec finesse; aucun chemin factice Ne les sillonne; ni le soin ni l’artifice
Ne trouveraient de place en un pareil chaos
Où la vague, en sautant, se brise sans repos; Toute cette partie étrange du rivage
Est primitive, vierge, inconnue et sauvage.
Complètement à gauche et dans l’intérieur Des terres, se profile une vaste hauteur:
A peu près à mi-côte, on peut se rendre compte, Sans la voir, qu’une route interminable monte De gauche à droite, assez rapidement et fort; Elle est suffisamment haute pour que son bord La cache à ceux qui la voient d’en bas; on devine Et l’on suit le tracé constant qu’elle dessine Grâce aux divers chalets, masures ou villas Qui la bordent sur son parcours de haut en bas. Gardant le milieu de la route, une voiture
Monte au pas, doucement, la côte longue et dure;
e vents s'éngouffre dans les deux fortes crinières,
SA
ee Les soulève, et les rend plus fougueuses, plus fières ;
Bi, D et mal nn. le cheval
A, Les rênes ont servi Be oue elles sont vieilles, M
Et l’usure se voit partout sur les harnais; # Malgré tout, les grelots émoustillants et gais
; pont un eu d’ardeur et de RUGE
Pour les ragaillardir dans le mouvement lent
Aussi bien que dans les allures plus rapides.
Le cocher sans livrée, en bourgeois, tient ses guides Avec mollesse et sans tirer dessus; il fait
| : Dans le vide, sur la route, avec son grand fouet,
# 4 Erin. claquement sans but, inutile et pour rire;
__ L’élan entraîne la mèche et lui fait décrire
70 L'ACNIUIE
Un zigzag tourmenté, serpentin, sinueux, Indéchiffrable, vif, presque tumultueux, Traçant subitement un fugitif méandre;
Le bout extrême monte avant de redescendre Pour suivre le chemin du reste; le cocher Espère un avenir rose; il paraît cacher
Des intentions dont la saveur spéciale
Lui donne une figure heureuse et joviale ; Son caractère est plein de gaïîté, de rondeur; Sa pensée absorbée a de la profondeur; Son regard, perdu dans l'inconnu, s’illumine Devant les aperçus séduisants qu’il rumine; Il occupe tout son esprit à des projets Tenus, jusqu’à présent, sévèrement secrets,
Qui lui promettent des heures douces et bonnes.
La voiture est un vieux landau que trois personnes
Utilisent; certain cahotement léger, Provenant de la route, élance et fait bouger Leurs trois têtes, toujours de la même manière;
Dans le fond, assise à droite, une douairière
L les mille plis et rides de sa face,
son esprit, toujours en éveil et présent, e pourrait rien laisser échapper; en causant
La Pise a déjà paralysé, raidi
L'articulation: son geste est moins hardi 4 2
Di 4 . =
Ses regards refrognés sont un peu détournés, «e 1
Ne s'intéressent à rien; c’est une pimbèche,
Une femme sans cœur, antipathique et sèche,
Une hypocrite austère et trop collet-monté, Devant laquelle un fait ne peut être conté + Si, dès les premiers mots, on voit que le prélude Est croustillant; car c’est le type de la prude 4 En présence de qui tout mot fort et risque
Est radicalement proscrit et confisqué,
Qui, hautement, se fait honneur et gloriole
De ne pas tolérer la moindre gaudriole, 1 Dont la sévérité grotesque et la pudeur N'ont d’égale que la ridicule raideur,
Dont l’apparition intransigeante gèle
Et désenchante tout le monde. En face d’elle, Un gros homme habillé tout de neuf est assis ; Il écoute, poli, complaisant, les récits
Que lui destine la douairière; il approuve; En son esprit facile, accommodant, ne couve Aucune controverse ou préparation
À quelque avis frisant la réfutation;
Il estime ennuyeuse et vaine la chicane
Et la dédaigne; il tient nonchalamment sa canne
| Débout, enla penchant un peu, s'en trouvant mieux
TE
orer "sa main étendue et pie dont le creux
| Ra et grimaçant, japonais ou chinois;
x homme, distraitement, écarte les cinq doigts, É Et sa peau même, dans sa pose, n'est qu'à peine | En contact avec la pomme ronde; une veine 5e Très saillante fait-un bourrelet long et gros
| Quise dessine fort nettement sur le dos
De sa main; et cela forme une ligne basse, Égale, régulière et douce qui dépasse
Le reste, en augmentant et forçant le niveau;
Le Chinois sculpté sur la canne n’est pas beau; à Les reflets mats et les gradations font croire Que la tête, sans cou ni buste, est en ivoire;
Le relief composant les traits est peu profond; Grâce à cela, l’ensemble, en gros, reste tout rond; Avec son imprévu recherché, la figure
Est une grosse charge, une caricature;
Le visage partout vieux, décati, ridé
Est insolent, moqueur; le regard est bridé;
Des deux côtés le coin des paupières se tire; La bouche provoque un effet encore pire, Très fendue et très mince avec, dans son milieu, Un bout de langue qui veut se montrer un peu; Au-dessus, comme deux trous béants, les narines S’épanouissent, ni délicates ni fines, Car le nez, pitoyable, écrasé, rétroussé, Reste en l’air comme s’il était toujours poussé Et maintenu par un doigt quelconque, invisible; L'expression de la face est drôle, risible:
L’impolitesse de ce bonhomme hideux
Est comique; en tirant la langue il est joyeux;
Un rire donne un peu de hauteur à ses joues.
PASVUE SH 74
= | F2 1,437 000 me | A us haut une voiture à brancards, à deux roues,
ovenant d’un caillou quelconque, un fort cahot ait sursauter les deux personnes installées
ur l'unique banquette, et qui sont appelées
A remuer beaucoup; leur corps instable suit
Chaque choc des brancards droits ; l’homme qui conduit
Et tient séparément, une dans chaque main;
L’attelage, lancé, va quand même bon train;
Le cheval dresse les deux oreilles et piaffe.
È La - \ , 4
__ Près de l’homme une femme, en tenant une agrafe
Dans ses doigts, cherche à la raccrocher à son cou; Mais, par malheur, ses mains se croisent, Dieu sait où;
ré Cr 1<Q 20
Elle veut rattacher son col; ce qui la gêne C’est le cahot, car il empêche qu’elle mène L’agrafe à son idée; elle attend qu’un hasard La fasse tomber au bon endroit tôt ou tard.
Derrière la voiture, au fond de la capote
Un paletot dépasse.
Un brave homme, une hotte Légère, assurément pas pleine, sur le dos, Est immobile et prend un instant de repos Pour interrompre un peu la montée; il allume Sa pipe qui déjà commence à prendre et fume; Il penche gravement la tête de côté, N’agissant pas à la diable; il s’est arrèté Car l’opération importante mérite
Qu’on lui consacre un temps suffisant; il abrite,
Déut une extrémité non atteinte; son bois Es calciné, tout noir en partie; elle brûle
Sans tulle économie, et la flamme s’accule
Par le feu qui les lèche et les caresse presque; La flamme envahissante, ardente, est gigantesque,
Disproportionnée et vaste par rapport
À la minceur de la tige dont elle sort.
Plus haut une villa coquette est toute blanche;
Une femme reste à la fenêtre et se penche;
Elle cause avec un passant qu’elle connaît
Et qui cheminait sur la route; un jardinet
S’étendant devant la villa met un espace
Entre les deux causeurs; l’homme, un ami qui passe, Saisit l’occasion de dire quelques mots;
Il se sent tout à coup plus heureux, plus dispos, Bavardant avec une appétissante fille;
Le jardinet a pour seule entrée une grille
En ce moment fermée et fixe; les barreaux,
Pareils comme grosseur, ne sont pas tous égaux
De longueur, dessinant comme un profil de dôme : Par leurs pointes, en l’air; l’homme a posé la paume De sa main droite sur un des barreaux; son bras
Est très haussé, mais non raide; parlant d’en bas
Il lève énormément la figure et s’appuie
Contre la grille avec l’irrésistible envie
De s'approcher le plus qu'il est en son pouvoir;
Il est content, il a le désir et l’espoir
De prolonger dans son imprévu ce colloque
Inespéré, fortuit tout autant que baroque;
, Eu” ai
Passé sous son bras gauche un livre relié FREE " À . f : Est assez gros; il l’a sûrement oublié,
der par instinct son bras est prévoyant et serre Afin que le bouquin ne tombe pas à terre, Et le causeur, malgré lui, s’est accoutumé
A ce mouvement-là; le livre est abïmé,
Usé; des taches d’encre éteintes, anciennes
Ai:
| : Sèment de toutes parts, petites et moyennes D ensemble des pages; tout a päli; Avec le temps le noir brillant s’est affaibli; L'encre, depuis des ans, fait partie intégrante Du papier, elle s’y mêle, elle est inhérente 7 À substance; on y touche sans réussir, Aussi peu que cela puisse être, à se noircir; Un cordon pour marquer — sinon'le vrai passage : Le paragraphe ou la ligne — du moins la page Où l’on en est, sort des feuilles, léger, ballant Et pend sans but et vers le vide en s’enroulant Sur lui-même, à présent que rien ne l’en empêche.
À la fenêtre la femme est jolie et fraîche ;
Ses yeux sont beaux et son regard est franc et gai, Comme un peu défiant, ou plutôt intrigué;
Aux deux coins de sa bouche, assez haut, deux fossettes Sont gracieuses et naturellement faites
Par son rire. Derrière elle, au fond, un grand mur, Suffisamment distant du jour pour être obscur, Présente des reflets irréguliers en masse;
Un portrait d'homme jeune en costume de chasse Orne seul la cloison; il est signé d’un nom
En lettres grandes et poseuses; le canon
Du gros fusil porté par l’homme en bandoulière Lui dépasse l’épaule; il a sa carnassière
Déjà pleine; les traits délicats du chasseur Respirent un grand charme, une grande douceur;
Il est languissant, pâle, il a mauvaise mine.
Se
À droite, s’amusant dans la maison voisine,
Luttent en faisant tous leurs efforts, face à face,
À qui forcera bien l’autre à changer de place,
Enle poussant beaucoup, incessamment et fort
Pour le faire, à la fin, reculer jusqu’au bord; Au-dessus de leurs deux têtes, leurs mains sont jointes Vis-à-vis; le garçon s’est dressé sur les pointes | Comme s’il désirait augmenter son appui
Et sa force; la fille est plus grande que lui,
Mais en dépit de la différence de l’âge
C’est elle qui recule, et le désavantage
La guette; le garçon, joyeusement rageur,
Dépense plus de zèle avec plus de vigueur;
Sr
Il est obstinément courageux, énergique;
Il s’est dit qu’il aurait la victoire et s’applique
En faisant preuve d’une intense volonté,
S'y mettant carrément comme un jeune indompté; Les mains, toutes les quatre, agressives, crispées, Blanches de leur effort, se sont bien attrapées
Et ne se lâchent pas; les doigts, en alternant, Vont les uns entre les autres, se retenant;
Le garçon a déjà les cheveux en désordre
Tant il peine; une mèche épaisse vient se tordre Sur son front où, tassée et courte, elle décrit Une courbe formant presque un crochet: il rit; Le triomphe qu'il sent prochain pour lui l’amuse; Il veut le remporter sans traitrise, sans ruse,
Par son seul ascendant, sans moyen déloyal, Sans préparer de piège et sans faire de mal;
Il évite la moindre intention brutale;
Sa figure, dans son fond, reste joviale;
Il donne un dernier coup de collier; le succès
Qu'il touche, pour ainsi dire, et qu’il voit de près
LÉ
En faisant quelques pas en avant, il n’a plus 2) un effort raisonnable, après tout, et minime fournir pendant peu de temps; il se ranime, ï ss | Désireux d'obtenir l’éclatant dénouement … Accompagné de sa gloire, rapidement.
Une fenêtre, plus à droite, au même étage, x Est ouverte; un enfant plus tranquille, plus sage, | S'y montre jusqu’à mi-corps; il est curieux, Cherche à se rendre compte ; on ne voit pas ses yeux 7 Car il regarde dans une grosse lorgnette 7 Qu'il braque au loin et vers le bas; il s'inquiète - D'un certain point de la rive, du côté droit; Il veut savoir pour tout de bon si ce qu'il croit Est exact; il se sent une puissante envie. ë D’approfondir et, par scrupule, il vérifie
Si l’endroit de la côte avec son contenu
Est bien tel qu’il se le figurait à l’œil nu.
En suivant à travers les airs, par la pensée, La ligne toute droite et fictive, sensée
Étre décrite avec son rayon visuel,
On arrive par un trajet continuel
Jusqu’au bout opposé; la vue est arrêtée
Très loin à droite, par une longue jetée
Qui, terminant la plage, avance dans la mer;
Elle est très exposée, il y fait beaucoup d’air;
Une mince fumée, en partant d’un cigare,
S’éloigne avec vitesse et violence. Un phare
Se dresse à la partie extrême; sa hauteur
Est moyenne; il est d’une impeccable rondeur;
En haut, resplendissants et reluisants, ses verres
Doivent, le soir, former d'innombrables lumières ;
Ils sont multiples et puissants; ils sont braqués
En tous sens; leurs divers genres sont compliqués ;
Certains rappellent par l'aspect de grosses loupes,
D’autres des lames de volets.
Le
# Le | j "4 ke Le OMR De nombreux groupes , + DS
__ Autour du phare. Un homme ennuyé semble las
Sont en train de causer, ou circulent en bas
+ De l’existence; il est mal tenu, presque sale ; | Rien ne l’amuse, rien ne l’entraîne, il s’affale Le corps en avant, sans but, sur le parapet; __ Son découragement est radical, complet; Pour lui la vie est sans agrément, plate et vide; | ]l lève ses yeux gris, attristés; une ride
En résulte et se creuse avec force; elle rend Son front encore plus pensif, indifférent ; Sous l'empire de son tempérament morose
Il ne pourra jamais voir les choses en rose, Mais il ne prétend pas davantage les voir
Avec conviction précisément en noir;
L'AVIUE
Il estime plutôt que tout est monotone
Et que c’est vainement qu’on cherche et qu’on tâtonne Pour trouver sur ce bas monde quelque saveur;
On lit dans son regard désespéré, rêveur,
Ses méditations mélancoliques, fades;
C’est l’homme revenu de toutes les toquades
Et dont l’entendement est émoussé, blasé,
Pour qui n'importe quel plaisir est vieux, usé,
Qui traite en ricanant de contes illusoires,
De chimères sans nom, les élans dérisoires
Des grands cœurs haut placés; car les sentiments vifs,
Il les laisse aux esprits crédules et naïfs.
Une femme, un peu plus loin, grasse, réjouie, Montre au contraire la figure réjouie
D'une commère gaie, et pleine de santé,
L2 oyant que tout le monde est, comme elle, enchanté;
e trouve ju tout va; son exubérance
ASS 270 pour elle, ne vaut qi qu’on se crée un tourment. Un grand sec avec un monocle la plaisante,
ais sa farce n’est pas hargneuse ni blessante,
D ue sitôt qu’on la taquine;
Le grand, gardant le plus terrible sérieux,
La toise de la tête aux pieds, en curieux;
ue admiration ébahie, ironique,
Se peint exprès sur ses traits; il proclame unique La sveltesse de la grosse dont la minceur Soi-disant l’émerveille, alors que l’épaisseur
De sa taille sanglée et sa poitrine grasse Frappent du premier coup; il lui vante sa grâce;
Ils sont, en résumé, bons amis tous les deux.
L'AAVEUTE
Formant évidemment un seul groupe avec eux, Deux hommes se sont mis sur une même ligne En face de la mer; le plus jeune désigne, ‘ Tout en donnant avec faconde son avis,
Un point qu'il cherche à rendre exact et bien précis
Sur l’océan semé de bateaux, qui s'étale
Devant leurs yeux; il tient sa canne horizontale
Pour indiquer avec justesse ce qu'il voit;
En outre, il tend sa main gauche et son second doigt Pointe en direction sensiblement oblique
Par rapport à la canne; il pérore, il explique
Sa manière de voir; pourtant son compagnon
Résiste, difficile à convaincre, et fait « non », N’approuvant pas ce qu’on lui dit, ce qu’on lui montre;
Il médite beaucoup de bons arguments contre;
Calme, placide, les mains derrière le dos
Il est prêt à détruire, en quelques simples mots,
Le vaniteux mais trop fragile échafaudage
Qu'on veut lui présenter; il est d’un certain âge
Et sans prétention; en se le figurant
LA
4 ; « n La
Jeune, par un effort d'esprit, on le voit grand;
on
Mais il se tient trop mal ue. il se voûte
Ft qui, 10 que une moins élancé, moins long, \ e Gagne de l’apparence en se plantant d’aplomb Sur ses deux jambes très solides; la structure
. De ce dernier est toute en vigueur et carure;
, Une famille encore en grand et récent deuil 7 | S’isole au milieu des autres groupes; la mère Garde celui de ses enfants qu’elle préfère 5:73 d’elle; c’est le plus petit; il est bouclé; Dans son épanchement elle le tient collé Contre sa jupe, car il ne peut lui suffire
D’avoir les yeux sur lui sans cesse; elle l’attire
Et le conserve sans se lasser, tendrement, Heureuse de l’avoir à sa portée, aimant
Le sentir là; sa main se pose sur la joue
Du bien-aimé captif et des doigts elle joue
Avec quelques-uns des longs et jolis cheveux Qui s’égarent sur sa tempe; ouvert, gracieux,
Le petit semble plein de franchise ; elle baisse Les yeux vers lui qui, sans résistance, se laisse Choyer et dorloter longtemps; il est enclin
Aux caresses, grâce à son naturel càlin;
C’est l’enfant débordant de douce insouciance, À qui jamais la rude et dure surveillance
N'a pesé, qui se sait idolâtré, gâté,
Pour les dons qu’il possède et pour cette beauté Dont s’exhale, sitôt qu’il paraît, le grand charme; Personne au monde ne fait pour lui le gendarme, Il est confiant dans son merveilleux pouvoir, Dans l’ensorcellement sûr de son regard noir;
À l'avance il sait bien que pourvu qu'il se montre
N'importe où, même aux gens inconnus qu'il rencontre,
AA Des ns soucis; il est HE et content.
Dp F
4 Deux fillettes en grand noir se ressemblent tant Qu'on les déclare, sans hésiter, sœurs jumelles; Ÿ On pourrait aisément les confondre; une d’elles | Regarde avec tendresse et bonté le petit; Ce jeune frère la rend fière; elle subit
L’ascendant infaillible et soudain qu’il exerce Sur tous; en sa figure admirative perce Un sentiment quasi maternel de douceur...
À côté d’elle, moins angélique, sa sœur DA dans les traits et dans les regards quelque chose De plus accentué; d’un ton libre elle cause
Sur un sujet léger, avec un frère aîné
Qui se tient raide et droit, embarrassé, gèné -Par l’apparat et la nouveauté d’un costume
D'homme, dont il n’a pas encore pris coutume;
Il semble craindre qu’on le remarque; il lui faut
De la vaillance pour se faire à son col haut,
À sa cravate noire insolente et superbe;
Il est tout jeune encore, entièrement imberbe;
Les quatre enfants ont tous du rapport, tous sont beaux; Et la mère, malgré les implacables maux
Qui viennent de briser sa vie et qu’on devine,
Reste fraiche toujours, intéressante et fine;
Ses sourires un peu retenus et contraints
Veulent cacher, sans y réussir, des chagrins
Intimes, violents, qu’elle désire taire.
Des gens affectant une allure militaire Marchent déjà loin du phare, se rapprochant De la plage; leur joie est débordante; un chant
Plein d'animation, mâle, patriotique,
: Ils frappent tous le sol ensemble, exactement,
Leur tient lieu de tambours, de clairons, de musique, É . Chant qui doit regorger de patrie et de sang;
Ë Ils sont six, se suivant strictement deux par rang,
: Marquant le pas avec décision et force
à Et cambrant comme des guerriers braves le torse;
Imitant la raideur crâne qu’un régiment
Met en pratique lorsqu'il est à l’exercice.
La #, voa, “
| En premier, remplissant le solennel office 4 Du magistral tambour-major, vient un enfant; __ Ilest content de son rôle et d’être en avant ; Il marche sur les deux pointes, ce qui le hausse; Il a dans la main droite une canne trop grosse Pour que ce soit la sienne; il la tient par le bout . Et la conserve avec ferveur, digne et debout; En haut un grand mouchoir s’y déployant y flotte, Il obéit au vent, se détire, gigote, Fixé solidement, sans danger, en deux points Par deux nœuds fabriqués avec deux de ses coins;
C’est comme un drapeau mal construit ayant pour hampe
SE
Une canne; l’enfant enorgueilli se campe Devant sa troupe, il est volontairement fier, Cherchant pour s'amuser à se donner grand air;
Il chante à pleins poumons; en marchant il se penche … En arrière, le dos de la main sur la hanche, à Inclinant quelque peu le corps; sa fatuité
Est provocante et son aspect bien imité;
Il s'applique à singer le confiant bravache
Qui frise volontiers son énorme moustache,
Qui n’admet pour un bel homme que le métier Éclatant, glorieux entre tous, de guerrier,
Qui préfère aux accords nocturnes des guitares
Les notes du clairon, les cuivres des fanfares,
Qui ne se plaît que dans l’atmosphère des camps,
Qui ne rêve que de marches par tous les temps,
De batailles, de longs défilés, de conquêtes, D’assauts donnés sous la fusillade, de têtes
Que viennent faucher au passage les boulets,
Qui raconte ce qu'il a vu : les beaux reflets
Miroitant pendant la charge sur les cuirasses,
es dissemblances des tactiques, la raideur s cadavres dans leur dernier geste, l'odeur ! es balles arrivant juste en pleines poitrines, drapeaux qu’on prend aux ennemis au milieu [à s coups de sabre sans nombre et des coups de feu, Et pour couronner tout la victoire loyale.
Derrière l’enfant à l’allure martiale
Sur un tambour absent et tout imaginaire; 11 semble avoir de la poigne et bien attraper
Le geste routinier, agile, pour taper;
De vantardise feinte et de belle arrogance ; Il veut aussi donner l'illusion d’un preux
Inaccessible à la moindre peur, valeureux, Prêt à sacrifier tout son sang pour la gloire,
FE k
Prenant modèle sur les héros de l'Histoire, Possédant une ardeur, une audace sans frein; mi: Il chante sa partie avec un mâle entrain
En ne se ménageant aucunement; sa bouche | S’ouvre si grande et si bas que son menton touche Sa cravate serrée et plate avec des pois;
Il se croit sûr de la justesse de sa voix.
À sa gauche une femme est sans force, se laisse Dominer par le rire et met de la mollesse
Dans son pas régulier au lieu de le scander Comme l'intention semble le demander;
Elle juge le groupe incomparable et drôle;
Elle tient son ombrelle, en fusil, sur l'épaule,
Les plis serrés dans sa main et le manche clair
Se dressant en façon de baïonnette, en l'air;
La femme avec un grand laisser-aller se pâme,
Rit autant qu’on peut rire et de toute son âme
Ne tentant même pas les plus légers essais
Pour interrompre ou pour arrêter son accès;
Elle trouve que la farce est supérieure;
Dans la bonne façon de s’y prendre et d'émettre
Les sons vibrants et purs; 1l pense s’y connaître;
£a ]l tient sa canne très droite devant son nez
Dans le geste éloquent, raide, de « Présentez.
L Arme! »; sa mine sainte, extatique, inspirée, |
N'est pas son œuvre; elle est fidèlement tirée
wi Du personnage armé de quelque vieux tableau Symbolisant un acte inoubliable et beau;
Au mot « France » son cœur bat plus fort et palpite.