‹ La Y.M.C.A. aux États-Unis, au CanadaChapitre 2 sur 4 · II. — LA Y. M. C. A. AU CANADA · texte numérisé non relu

II. — LA Y. M. C. A. AU CANADA

Montréal peut se vanter d'être la première ville du continent américain à donner naissance à un groupe de la Y. M. C. A. C'était au mois de décembre 1851. Quelques jours après, Boston, sans savoir ce qui s'était passé à Montréal,

1 Nos sources d'information sont les suivantes: « History of the Montréal Y. M. C. A., by Alf. Sandham, Montréal, 1873 »; « An Analytical Sketch of the Y. M. C. A. in North America, by Verranus Morse, M. D., New York, 1901 »; « The Association Year Book 1914-1915 ,Y. M. C. A. of North America »

inaugurait aussi son groupe de Y. M. Les Unions se répandirent peu à peu dans les provinces anglaises; en 1855, elles se fédéraient avec celles des États-Unis; et dès Tannée suivante, la Convention annuelle des Unions du Canada et des États-Unis se tenait à Montréal: les villes de Saint- Jean, N.-B., de Kingston et de Hamilton y étaient représentées. Et Toronto? Toronto n'y était pas! Toronto, aujourd'hui la Mecque de toutes les loges, l'ambitieuse rivale de Montréal, et en fait de Y. M. C. A. sa supérieure incontestée, devenue le siège du Conseil National du Canada.

A cette réunion l'on décida que la prochaine Convention aurait lieu à Richmond, capitale de la Virginie. Mais voilà. La Virginie était un de ces États du Sud qui — pour des raisons que le R. P. Louis Lalande a su faire ressortir dans son étude sur le Problème noir aux États-Unis 1 — maintenaient le commerce des noirs, et l'on comptait parmi les membres de la Y. M. C. A. de grands propriétaires d'esclaves. Le Nord et le Sud étaient déjà aux prises; l'orage grondait; il devait éclater en 1860 par la guerre de Sécession. Montréal dès l'abord se déclara antiesclavagiste, et à tel point que plutôt que de se réunir à Richmond, la Y. M. C. A. canadienne menaça de se retirer, puis se retira en effet de la Fédération internationale. En 1864, la Convention, faite des délégations du Nord (on était encore là-bas en pleine guerre), dressa une Fédération nouvelle qui condamnait l'esclavage et admettait dans ses rangs, indistinctement, blancs et noirs [young men of color). C'était rencontrer les vœux du Canada. Deux ans après la guerre, 1867, Montréal, qui tirait quelque vanité de sa fière attitude sur la question des esclaves, reçut de nouveau la Convention internationale. Pour la première fois dans l'histoire de ces réunions, on y vit siéger le représentant d'un groupe de « jeunes chrétiens de couleur » récemment fondé à New- York. Ajoutons ici, pour ne pas tenir Toronto plus longtemps dans l'ombre, que cette aimable ville eut aussi ses deux ralliements internationaux, l'un en 1876, l'autre en 1910.

1 V. Études, 20 avril 1918.

Si vous le voulez bien, nous allons maintenant parcourir quelques pages de l'Annuaire de l'Union, « The Association Year Book 1914-1915 », pour l'Amérique du Nord. Elles jettent un jour intéressant sur la composition et l'activité de la Y. M. C. A. au Canada.

Nous y relevons d'abord un total de 95 groupes, dont 45 dans le seul Ontario, 9 dans la province de Québec, 9 aussi dans la Nouvelle-Écosse, 8, 5, etc., dans les autres provinces. Le nombre total des membres, toujours pour l'année de grâce 1914-1915, est de 33,082. L'Ontario en fournit à lui seul plus de la moitié, exactement, 17,290; le Québec, 5,180; la Colombie Britannique, 3,352, etc. Dix villes ont plus de mille membres; les plus fortunées sont: Toronto, 5,596; Montréal, 3,814; Winnipeg, 2,450. La richesse immobilière s'élève à $5,580,925; elle se répartit dans les diverses villes du Dominion, notamment dans les trois villes susmentionnées, mais dans un ordre un peu différent: Montréal, $713,059; Toronto, $657,101; Winnipeg, $558,002. Les dépenses courantes sont de $705.737, dont $335,545 pour l'Ontario, et $125,260 pour la province de Québec.

L'œuvre de la Y. M. C. A. au Canada ne diffère en rien de celle des États-Unis. Comme sa grande sœur, elle a connu des jours difficiles. L'église ou plutôt les églises protestantes se demandaient avec un dédain mêlé d'inquiétude ce que venait faire dans leur paisible domaine cette œuvre nouvelle, fort remuante, essentiellement laïque, mais dont le but principal (primary purpose) était l'avancement spirituel des jeunes gens (spiritual improvement of young men). D'un autre côté la « Y » (comme ils l'appellent familièrement parfois) poussait toujours, sans parvenir à se faire comprendre des églises. De sorte que de part et d'autre on se regarda pendant quelques années comme des chiens de faïence, le nez en l'air. Finalement le brouillard se dissipa, on se comprit, les églises se rendirent compte qu'elles avaient là une « école de formation pour les ouvriers chrétiens », ceux-ci devenant ensuite des « chefs

pour les œuvres évangéliques », et même des « pasteurs sérieux et recherchés ».

Une autre incompréhension — mais celle-ci tout intérieure — avait d'abord faussé l'œuvre propre de l'Association: elle s'adressait à tous les âges, jeunes, moyens et vieux, elle les englobait tous dans ses cadres, éparpillant par le fait même ses meilleurs forces. Ce n'est qu'en 1864 que la Y. M. C. A. trouva vraiment sa voie et qu'elle l'enserra dans cette formule: « Œuvre pour jeunes gens par des jeunes gens. » Œuvre multiple, comme l'on sait. Théoriquement du moins, elle prend tout l'homme: formation religieuse: classes de Bible, réunions pieuses, de prières, etc.; formation éducative: classes d'affaires, de langues, de sciences, conférences, bibliothèques, journaux, revues, cabinets de lecture; formation sociale: réunions sociales, soirées, concerts, plus un certain nombre d'œuvres de charité pour les membres, bureaux de placement, hospitalisation, visites des malades; formation physique: gymnases (c'est, au dire d'un membre de la société, la plus grande attraction), bains, champs de jeux, campements de vacances, pensions.

La Y. M. C. A. fait-elle du prosélytisme ? Indubitablement, s'il est question des jeunes gens de religion protestante. C'est même sa raison d'être, et l'on ne peut que louer le zèle qu'elle y met. Elle cherche, dit l'art. II de ses constitutions, à enrôler les jeunes gens qui « désirent être les disciples de Jésus-Christ dans leur croyance et dans leur vie »; l'art. III ajoute: « L'Association adopte comme base de ses œuvres, ces principes fondamentaux du christianisme évangélique sur lesquels s'appuient toutes les églises protestantes orthodoxes. » Nous ne cherchons pas ici à découvrir jusqu'où parviennent, en pratique, les aspirations de cette société. Nous les constatons seulement, et nous acceptons, sous toutes réserves, les déclarations des chefs; telle, cette assertion de Gypsy Smith, « fameux évangéliste », assurait la Gazette (30 mai 1918): après avoir rappelé les récentes attaques contre la Y. M. C. A., attaques que le major C.-A. Williams venait irrévérencieusement de qualifier d'ecclesiastical storm in a teacup, et répondu aux

critiques du colonel Rev. Almond, « il déclara (dit le même journal, 31 mai) que ce ministre de l'Évangile devrait se jeter à genoux pour demander pardon à Dieu, lorsqu'il saura que depuis le commencement de la guerre plus de 300,000 officiers et soldats (en Europe) ont été conduits au Christ par l'entremise de la Y. M. C. A. »

La Y. M. C. A. fait-elle du prosélytisme auprès des catholiques? Il semble que non, si nous nous limitons au Canada et aux États-Unis. Mais si nous jetons un coup d'œil au delà, dans l'Amérique du Sud et en Europe, nous remarquons chez la « Y » Américaine une mobilisation générale de ses forces, pour aller délivrer de leurs chaînes ces pauvres catholiques courbés sous le joug de Rome. Au cours de la grande guerre, une « Fédération des Églises protestantes d'Amérique » s'organisa aux États-Unis, englobant dans ses cadres une trentaine de sectes, et roulant sur l'or. Il y avait là l'inévitable Armée du Salut, la Société Biblique Américaine, les Boy Scouts, etc., et, à leur tête, la Y. M. C. A. et sa jeune sœur la Y. W. C. A. (Young Women's Christian Association). Les évêques du Brésil ont réussi jusqu'à présent à tenir hors des frontières la Y. M. C. A. Les revues catholiques françaises mettent partout les populations en garde contre l'invasion américaine. Le Saint-Père s'est ému de la même propagande effrénée en Italie et jusque dans les murs de Rome. Il appelle à son secours des associations capables de faire une lutte victorieuse. La Civiltâ de Rome et le Tablet de Londres ont fait entendre de vigoureuses protestations contre ce qu'ils appellent Yachat des âmes.

Pour revenir à la Y. M. canadienne et en continuer l'étude, l'Association, selon toutes les apparences, ne vise pas à former une élite, du moins telle que nous l'entendons, telle, par exemple, que l'A. C. J. C. la réalise et la maintient. La Gazette (9 mai 1918), fait dire au Rev. George Adam que « la Y. M. C. A. tient le juste milieu de l'expression religieuse, n'ayant ni trop, ni trop peu de piété. » Cela revient, je suppose, à ce piétisme vague et commode où se complaît le protestantisme et qui n'a rien de très effa-

rouchant pour la nature. L'Union veut donc le bien, un bien modéré, suffisant, mais en quantité. Travail extensif plutôt qu'intensif; elle ne s'inquiète pas de perdre en profondeur ce qu'elle gagne en largeur. N'a-t-on pas vu en quelques villes, ces dernières années, des campagnes de recrutemen? Cela rappelle, n'est-ce pas, le compelle intrare de l'Évangile, la battue des places publiques, des ruelles et des carrefours et la poussée des convives vers la salle du banquet, où, la robe nuptiale ne recouvre pas toutes» les épaules. On a là une foule; on n'a pas une élite.

Le résultat, en chiffres, était, en 1914-1915, celui que nous avons donné plus haut. Leur nombre est allé depuis grossissant. Quel est l'effet sur la masse? Les statistiques des présences — et cela se conçoit de reste — indiquent un courant autrement plus fort vers les attractions matérielles de l'Union que vers ses utilités spirituelles.

Une question, j'en suis sûr, brûle depuis quelques minutes les lèvres de mes lecteurs: Où en sont donc aujourd'hui les rapports de la Y. M. C. A. avec les jeunes catholiques du Canada ?

Il en va, croyons-nous, en nos provinces canadiennes comme aux États-Unis: bien qu'il n'y ait pas, comme nous avons dit, de prosélytisme direct de l'Association à l'endroit des catholiques, ceux-ci néanmoins, attirés par les nombreux avantages qu'elle présente, s'enrôlent dans la Y. M. C. A. La communauté de langue offre naturellement aux jeunes catholiques de langue anglaise un attrait de plus. On ne néglige cependant pas ceux de langue française: ainsi parmi les œuvres énumérées dans le manuel de l'Union, nous remarquons une classe française de Bible.

Poussons plus loin: Combien la « Y » canadienne comptet-elle de catholiques parmi ses membres?

Rappelons d'abord que l'Association se divise en deux grandes catégories: les membres actifs et les membres associés. Sont membres actifs les seuls chrétiens, à savoir, selon l'étrange définition que l'Union en donne, ceux qui appartiennent à une église évangélique, c'est-à-dire encore, qui,

outre leur foi en Jésus-Christ, tiennent la Bible comme la seule règle infaillible de foi. Ce critérium rejette les catholiques hors du christianisme avec les Unitaires, les Juifs, les athées, etc.; ils ne peuvent être par conséquent que membres associés. Or, si Ton compare le nombre des membres associés aux membres actifs, on voit ceux-là plus nombreux que ceux-ci. L'Annuaire de l'Association pour l'année 1914-1915 nous révèle les chiffres suivants: membres actifs, 13,366; membres associés, 19,716; total 33,082. Le total en 1918, d'après un renseignement très sûr, était de 35,860. En gardant la proportion ci-dessus indiquée pour le nombre des membres actifs et celui des membres associés, nous obtenons ce résultat: actifs, 14,560; associés, 21,300.

Vient maintenant la question précise et vraiment la plus intéressante: sur le grand total de 35,860, ou encore sur le nombre des associés 21,300, combien y a-t-il de catholiques? Pour le savoir, nous nous sommes adressé au secrétaire du groupe central (Central Branch) de la Y. M. C. A. de Montréal, rue Drummond. J'aime à noter ici que c'est avec une parfaite courtoisie que M. W.-H. Henderson répondit à notre demande. Il nous fit d'abord remarquer, ce que nous savions par ailleurs, que la foi religieuse des membres des divers groupes n'est point signifiée au quartier général du grand Conseil de Toronto: de fait, cette information ne paraît nulle part dans les annuaires de l'Association. Le secrétaire montréalais ne pouvait donc que fournir des chiffres approximatifs. Les voici par ordre de grandeur :

Québec: 30 pour cent de catholiques. Ce chiffre demande un mot d'explication. M. Henderson porte le nombre des catholiques à 350, sans ajouter le nombre total des membres. Des hommes apparemment bien renseignés estiment qu'il n'y a pas 1,000 jeunes gens de la Y. M. C. A. à Québec et que 30 p. c. de catholiques est un minimum.

Montréal: 16 p. c. Le groupe principal — le seul dont nous possédions le chiffre exact — compte 2,550 membres, hommes et enfants (men and boys), dont 400 catholiques

Pour les villes suivantes, nous n'avons que le pourcen-

tage: Winnipeg, 12 p. c; Halifax, Saint- Jean, N.-B., 10 p. c.j Regina, Calgary, Edmonton, Vancouver, 6. p. c; Toronto, 4 p. c.

De l'ensemble de ces chiffres il résulte une moyenne de 10.6 pour cent. Et comme le total des membres de la Y. M. C. A. au Canada est, avons-nous dit plus haut, de 35,860, le nombre approximatif des catholiques serait de 3,800. Le Canada, sans doute, est encore à quelque distance des États-Unis, où, on s'en souvient, sur un total de 625,598 membres, près de 150,000 sont catholiques, c'est-à-dire, environ 24 pour cent. Néanmoins 10 p. c. de catholiques dans une association essentiellement protestante est un chiffre qui doit faire réfléchir.

Il ne faut pas non plus oublier la situation inférieure que leur crée dans l'Association leur titre de non-chrétiens: ils ne peuvent être que membres associés, par conséquent, n'avoir aucune part à l'administration, ni voix active ni voix passive, c'est-à-dire, ne pouvoir voter (voix active), ne pouvoir être candidats (voix passive). Si encore cet ostracisme, avec son relent de sectarisme, avait le don de rebuter nos jeunes catholiques et de les éloigner de la Y. M. C. A., ce ne serait qu'un bien. Mais apparemment les avantages de l'Union priment tout et leur font avaler cette couleuvre sans sourciller. De plus, s'ils veulent lire — en lecture spirituelle sans doute! — la pieuse histoire de la Y. M. C. A. à Montréal, 1 il leur faudra ingurgiter, aux dernières lignes de la préface, ce poulet cuit à point et dûment faisandé: l'auteur vient d'énumérer, outre les États-Unis et l'Angleterre, les pays où la Y. M. C. A. est établie, en Cafrerie, aux Iles du Pacifique, en Suisse, en Espagne, en France, en Allemagne, et même, dit-il, jusque dans cette cité que Pétrarque ne craint pas d'appeler « Source de souffrances, séjour de la rage, école d'erreurs et temple d'hérésie — autrefois Rome, aujourd'hui Babylone — ... ô maîtresse en fourberies, prison de colère, où périssent les bons, où les méchants sont choyés et glorifiés! » — Le catho-

U History of the Montréal Y, M. C. A., by Alf. Sandham, Montréal, 1873

lique qui happe ce morceau sans haut-le-cœur a bon estomac. Nous avons entendu, dans la première partie, le secrétaire général de l'Union à Chicago déclarer que « la plupart des jeunes catholiques qui font partie de la Y. M. C. A. ont pratiquement sacrifié leur allégéance à l'Église catholique ». Tout s'expliquerait alors.

De ce qui précède, il ressort que la Y. M. C. A. constitue pour la jeunesse catholique du Canada un danger réel. A ce mal quel sera l'antidote? Ce qui nous reste d'espace ne nous permet que de l'indiquer sous forme de principes généraux.

m. — l'antidote

La formation du jeune homme — seul en cause dans ces pages — est triple, selon la belle hiérarchie des éléments du composé humain: formation physique, qui s'arrête au corps; formation intellectuelle, qui monte à l'esprit; formation morale et religieuse — les deux pour nous ne se séparent point — pénétrant jusqu'au plus intime de l'homme et au plus essentiel, la conscience.

La Y. M. C. A., nous l'avons vu, professe d'avoir pour fin principale (primary purpose) l'avancement spirituel des jeunes gens {spiritual improvement of young men). En réalité, dans le concret de la vie courante, il semble bien que les attractions physiques, sportives, etc., l'emportent sur les intellectuelles, et celles-ci à leur tour sur les spirituelles. C'est le renversement de la hiérarchie indiquée plus haut, c'est la soumission au principe du moindre effort, c'est le glissement sur la pente trop facile de la nature humaine. L'Église catholique, dans tous ses rapports avec les jeunes, a pour pratique de réagir vigoureusement contre cette tendance. Elle ne peut oublier un seul instant, et elle ne le laisse pas oublier à ses fidèles, que la formation religieuse est au-dessus de tout, puisqu'« elle a les promesses de la vie présente et de la vie éternelle »; vient ensuite la vie de l'intelligence; puis en troisième lieu la vie du corps. De cette dernière elle ne se désintéresse pas, certes, mais elle la tient à sa place; et cela doit suffire à tout homme sérieux.

L'Église sait parfaitement que la loi naturelle est là pour engager le jeune homme à développer harmonieusement, par la culture physique raisonnée, toutes les parties de son corps.

La santé du corps y est intéressée. Celle de l'âme y trouve aussi, jusqu'à un certain point et par ricochet, son avantage. Les passions ont moins de prise sur un corps qui se livre, en temps opportun, aux violents exercices du sport et de la gymnastique, que sur ces natures ultra-sensibles, molles, et, comme disait saint François de Sales, alangouries. Ajoutez que cette culture méthodique, bien faite, suivie régulièrement, endurcissant le corps contre la douleur, fortifie la volonté. C'est une école d'énergie.

L'Église ne pouvait donc, je ne dis pas que tolérer, mais encourager, bénir même l'athlétisme. Ainsi entendons-nous le pape Pie X, qui avait à un si haut degré le sens des réalités, dire aux jeunes gens du concours international de Rome réunis au Vatican (Sept. 1908) : « Je bénis tous vos jeux gymnastiques, vos exercices... et je fais des vœux pour que votre œuvre atteigne la fin que l'on s'est proposée... » Ainsi encore voyons-nous dans les collèges les mieux administrés les jeux très en honneur au temps des récréations, sachant qu'une division qui joue bien est une division qui se conduit bien. Jeux très en honneur, ai-je dit, mais avec la modération voulue. L'Église est une école de mesure en tout. Il importe de s'en pénétrer. Pousser les jeux à outrance, en faire une affaire, en emplir la tête des enfants au détriment des études, voilà l'excès. Il faut toujours en revenir à la hiérarchie des parties composantes de l'homme: le corps est pour l'âme. De même, les jeux sont pour les études. C'est la doctrine des moyens pour la fin, média ad finem; n'en user donc qu'autant qu'ils y portent; tantum quantum.

Directrice autorisée des mœurs par le monde, l'Église ne saurait donc se désintéresser des associations sportives pas plus que de toutes les autres. La « confessionnalité des œuvres » étant admise, il reste que dans toute association de catholiques où il entre un élément d'influence

morale, l'Église doit être là. Or, toute association qui vise à enrôler des enfants et des jeunes gens (pour ne parler que d'eux) contient cet élément; la question morale s'y pose aussitôt; l'Église doit donc être là. A ces allégations nous allons apporter l'appui de deux témoignages de toute première importance.

Le 29 juillet 1912, Pie X faisait écrire à l'évêque de Périgueux:

« Après les œuvres sociales, les œuvres dites de Jeunesse vous ont aussi préoccupé à juste titre. Le but de ces œuvres est sans doute d'éviter que les jeunes gens désertent la religion, mais surtout d'obtenir qu'ils deviennent chrétiens, d'un christianisme vécu et conquérant: elles sont donc par essence surnaturelles, et surnaturels par conséquent doivent être les moyens dont le directeur y fait emploi.

« Voilà ce qu'a établi nettement et opportunément un autre de vos conférenciers. Et après avoir ainsi combattu la sorte de neutralité confessionnelle qu'on laisse parfois se glisser dans les œuvres dites catholiques, où l'on semble se proposer d'embrasser le plus de monde possible avec le moins possible de conditions surnaturelles, il n'a pas eu de peine à établir les principes qui doivent régir l'emploi dans les Œuvres de Jeunesse de certains ressorts humains, tels que le sport et le théâtre, qui étaient l'objet direct de sa conférence.

« Il a fort bien montré qu'il ne faut introduire ces ressorts que là où la poursuite du but surnaturel les exige, et alors avec le caractère d'accessoire qui leur convient, et dans la stricte mesure où ils peuvent être utiles;- au surplus, avec prudence, à cause des inconvénients qui s'y rattachent d'ordinaire. Le Saint-Père fait des vœux pour que ces principes très conformes à la vérité et très sages soient appliqués dans toutes les Œuvres de Jeunesse. » (Acta Apostolicae Sedis, 2 déc. 1912, p. 714.) 1

1 Cité par le R. P. S. Bellavance, S. J., dans son livre Pour préparer l'avenir, Montréal, 1914, p. 89. Ouvrage qu'on ne saurait trop recommander à qui veut s'initier aux œuvres de jeunesse canadienne.

Plus récemment, le nouveau droit canonique déclare, au canon 684:

« Sont dignes de louange les fidèles qui donnent leurs noms aux associations érigées par l'Église ou du moins recommandées par elle; mais qu'ils se gardent des sociétés secrètes, condamnées, factieuses, suspectes ou qui cherchent à se soustraire à la légitime vigilance de l'Église. »

Comme conclusion à cette étude, tenons pour certain que dans nos rapports avec les jeunes gens que nous voulons préserver et former, plus nous ferons entrer de surnaturel, — il ne s'agit pas de les écraser de prières et de pratiques de dévotion, — plus nous les élèverons vraiment: nous leur apprendrons à goûter les choses de l'âme d'abord (piété pour tous, étude pour l'élite), à cultiver ensuite leur corps, à le développer, à le traiter avec respect toujours, bref à ne s'en servir qu'en fonction de l'âme. Et cet élément surnaturel se résumera, se concrétisera dans ce qu'on appelle le sens catholique: esprit de foi, esprit de force, esprit de sacrifice qui, nous sanctifiant nous-mêmes, nous porte de plus à faire quelque chose, beaucoup peut-être, jamais sans peine, pour le bien de ceux qui nous environnent.

La Vie nouvelle

est une revue mensuelle, essentiellement catholique, éclairant les esprits par ses études doctrinales, ravivant la piété dans les âmes, faisant connaître les saines initiatives sociales et toutes les œuvres dignes d'être encouragées.

La Vie nouvelle

publie des articles sur la doctrine de l'Église, la vie intérieure, les enseignements des Papes, les différents ordres religieux, les devoirs sociaux, les œuvres urgentes, etc., etc. Elle donne chaque mois une chronique des Retraites fermées au Canada Elle tient ses lecteurs au courant du mouvement catholique dans notre pays et à l'étranger.

La Vie nouvelle

dirigée par le R. P. Archambault, S. J., compte parmi ses collaborateurs plusieurs des principaux écrivains ecclésiastiques et laïcs du pays: Mgr* Paquet, les RR. PP. Bournival, S. J., Dugré, S. J., Lalande, S. J., Lamarche, O. P., Lecompte, S. J„ Villeneuve, O. M. I., les abbés Perrier, Groulx, Maurault, Caron, Robert; MM. Henri Bourassa, Thomas Chap aïs, Victor Morin, Adjutor Rivard, C.-J. Magnan, Antonio Perrault, Orner Héroux, Guy Vanier, Léon-Mercier Gouin, Albert Ferland, Jean Nolin, etc., etc.

rédaction:

Villa Saint-Martin, Abord-à-Plouffe, près Montréal

administration:

Imprimerie du Messager, 1300, rue Bordeaux, Montréal.

Abonnement: $1.00 par année

Tous les abonnements partent de janvier. On peut s'abonner en cours d'année et obtenir les numéros déjà parus.

Page 1