‹ Laa servante du curé comédievaudeville en un acte mèlée de couplets par mm Bayard, Xavier et Masson, représentée, pour la premiére fois a Parissur le Théâtre du PalaisRoyal le 23 mai 1840Chapitre 2 sur 34 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MAGLOIRE , puis ANNETTE.

(Au lever du rideau, Uagloire, en tablier de grosse toile, est occupé k re;>asser. )

MAGLOIRK, d'abord seul.

C*e$t donc auiourd'hui mon dernier jour de service auprès de monsieur le curé de Pierrefonds. Enlin , voilà une nouvelle servante qui nous est arrivée ; j'espère qu'elle conviendra à ïl. Didier. (R^rdanl Annette qui descend Ucscalicr.) Elle me convient assez à moi! les reiiseignemens qu'elle m'a donnés sur elle, me semblent satisfaisaiis.

AKNETTB, k part.

Enfin, m'y voilà donc ! pourvu qu'il consente à me garder près de lui !

UAGLOiae , quittant son fer k repasser.

Eh bien , Jeunesse , vous avez vu votre chambre, là-haut, au fond du eoUidor; c'est petit, mais c'est bien exposé... à cbté dn poulaiUer.., ça tient chaud.

ANNETTE

Oh! ie ne suis pas difTicile; tout ce que je demande, c'est de pouvoir y demeurer longtemps.

MAOLOIBE.

Ce n'est pas mol qui m'y opposerai, je ne sois même pas àché que vous me succédassiez.

ANNETTE

C’est donc vous que je dois remplacer?

UAGL.OIHE.

Mais oui ; et j'ose dire que , sous le rapport du physique, H. Didier ne perdra pas au

I change... là... vrai... vous êtes mien, qne mol.

(A part.) Elle a un petit air vertneoi qui me I retricDt assez.

ANNETTE

Mais, alors, vous voilà sans emploi?

UAGLOIRE.

Oh! je n'en manquerai pas.... J'ai des talens variés. D'ailleurs , J'en ai assez de mes fonctions! depuis que ce brave abbé m'a choisi entre toutes les Jeunes Glles pour remplacer défunte son ancienne gouvernante , en ont-ils fait des chansons sur mon compte... et des coq-à-l'âne!.. Us me traitent de JavoUe ! parole sacrée !

A» ic U p«llle Crndrillun.

Au bal , si j'ose paraître,

D’ cbaqu' gar^a Je suis l'invité;

Et c'est Just’ sous ma fenêtre,

' Qu’ dimaoeh’ ie mai fut planté;

! Enfin r plus fort de l'histoire,

C'est c’t amour qu'ib ont Juré A la bell' monsieur Uagloire,

La servante du curé.

' On m'appeU' monsieur .Magloire, etc.

ANNETTE, étonnée.

Ah! vous vous nommez Magloîre?..

yAGLOIRB.

Magloire Jolivet, né natif de Pom-Sainte- Haxencc.

ANNETTE, k part Grand Dieu! ce serait

UAGLOIRE.

Et vous, MamzcUe, comment vous appelle-

t-OD ?

LA SEIWAM E DL CIIIL.

ANNETfL, enilHïrrassrt et à part.

Qu’il ne sache pas que c’est ia pauvre Catherine.

MlGLOinE.

Vous dites?

ANSETTE.

On m’appelle Annette.

MAGLOIRF..

C'esl un peu mondain... j'aimerais mieux Scolastique ou Monique... mais, pemlaut que je bavarde, voilà mes fers qui refroidissent [Il ap- ' proche le fer de m joue comme pour Juger de ta chaleur.) Aïe! il m’a brûlé! il est encore bon...

(Il se met à repasser. ) Vous permettez?..

AN>ETTE

Mieux que cela.... voulez-vous que je vous aide ?..

IIAGLOIRE, avec empressement,

oh! oh ! ïolonliers. (Aoncuc preml M place; Magloire s. croisant Its bras et s'asseyant dans le fauteuil. ) Je sois bicü aise de voir coiumcnl clic tt'y prend.

ANSETTE.

Monsieur le curd n’csl donc pas encore de rctonrî

MAGLOIRE

Pas encore. Manuelle.... nous faisons aujoord'hui noire tournée dn jeudi , chex nos paroissiens.

.ANSETTE.

Comment... vos paroissiens?..

MAGLOIRE

Ah! Je dis ça... c'ost une manière de parler entre servantes de curés... nos paroissiens, nos poules... c’est reçu... ça donne de la consistance. Mais, vous n’avei pcuWlre pas encore servi chet un ecclésiastisque ?

ANNEITE.

Mol?., jamais.

MAGLOIRE

En ce cas , je dois vous donner des instructions,

ANNETTE , se rapprochant de lui.

Au fait, en qualité de servante de curé, comme vous disici tout à l’heure , c’est à la plus ancienne à guider l’auirc.

, MAGLOIRE

C’est juste ; d’abord , manuelle Annette, vous saurei que vous êtes ici dans un endroit où le calme, le repos et la tranquillité sont suivis de la tranquillité, du repos et du calme, ainsi de suite et snceetmivement ; loujonrs de mémo, pour changer , on ne sort pas de là. Il y a trente ans que ça dure. M. Didier est un petit homme font rond, tout gai, tout doux, mais sévère.

ANNETTE

Ah! sévère!.. (A part.) il me fait peur!...

MAGLOIRE. lui prenant les mains cl d’un air recueilli.

Snr l’arürlc des mœurs, primo, d’abord!., je n’ai pas besoin de vous demander si vous en avez des mœurs? Ah! dame! cest qui! en faut ici des solides. (Annctlc retire ses mains.) Pas d'allures, pas de mots leslcs... ce n’csl pas pour moi... oh! Dieu . j’ai dù me marier, ainsi !.. Après ça, la place est bonne... dix écus par an, de l’eau à discrélion et un habillcmeiil neuf a Pâques... moi, r’étail un.... vous ee sera aiilre'®’

chose... quaiil à nos haliiludcs , nous pi'alii|iiaus qimtrc repas dans le courant de la journée,

I recta! il ii’y a pas à y manquer, c’est la règle I (le la maison... Après cela , il est inutile de voiLS parler des [lelils soins que vous devez avoir pour votre maiire. Par exemple, moi je. vais au-devaut de lui avec un fallol allumé , quand il revient le soir au presbytère; el puLs toulep sortes de dorlolcries... |c suis là au premier roup de sa sonnette... drclinl... drclin!.. drelln !.. je lui liens son souper cbaud , je lui mets un moine dans son lit...

ANNETTE

Comment, un moine?

MAGLOIRE

Eh bien , oui , une Itouleille de grès . pleine d’eau Imuillanic , aux pieds ; nous appelons ça un moine, nous autre...... (A part.) Elle .avait

compris !.. ah ! que e’est jeune . mon Dieu ! ANNETTE.

biais, dame, quand on ne sait pas.

MAGLOIRE

On ne pcul pas savoir ; c'est juste.

(On entend Al. Didier, ) HAOLOIRE.

Ah! voilà, M. Didier, qui rentre avec Bris- <qaetle.

ANNETTE

BrL«iucttc ?

M.AGLOIRE.

Sa jument noire, sur (ptoi il va quelquefois jusqu’à Conipiègnc. Une licle précieuse pour un homme d’âge ; elle ne bouge pas ; aussi , Brisquclte est pcut-éU'e ce qu’il aime le mieux au monde , après son neveu Julien.

ANNETTE

Julien! (Avec egrol.) EsKc qu’il est ici ?

MAGLOIRE

Ah bah ! oui ! il est bien loin ! soldai ; nn honnête jeune homme de soldat , qui était plutôt né pour être séminariste (jue pour faire un pareil métier. Mais il ne s’agit pas de ça !.. vile, préparez ce fauteuil, là... bien, vous y êtes...

ANNETTE, A part, après avoir préparé le fauteuil. Ah! mon Dieu! comme je tremble!

XIAGLOIRE.

A présent , le coussin pour mettre mus ses pieds , vous allez voir comme ça se .soigne , un cnré. (B son.)

ANNETTE , à elle-même.

Oui, j’ai bien fait de venir ici... du moins, si je ne dois plus le voir, Julien.... je vivrai près de celui qni lui a servi de père... et si ce Imn vieillard vient à savoir qui je suis , il aura pitié de moi !

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