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vêtements trempés d’eau, épuisent les forces du missionnaire et l’obligent à s’arréter. Il voudrait dormir un
instant, mais il ne le peut dans ses vêtements humides et couverts de boue.
« Je n'aurais jamais imaginé, dit-il, que l'on pût autant souffrir en voyage et, cependant, je m'apercevais que je ne devais cette souffrance qu'à ma douilletterie de civilisé moderne, puisque mes quatre sauvages ronflaient comme des chanoines à matines, dans les mêmes conditions qui me paraissaient si misérables »,
Il arrive enfin au fort Lapierre, à 42 lieues à vol d'oiseau du fort Mac-Pherson. Il est exténué, content néanmoins, car il a fait des remarques géographiques importantes et tracé dans les montagnes un nouvel itinéraire,
À ses souffrances physiques vont se joindre des souf. frances morales. Un métis Écossais le trompera indignement, l’abreuvera d’injures, s'efforcera de le faire disparaître, mettra sa patience et son courage à la plus rude épreuve,
Toutes ses tribulations ne l'empéchent pas d'avancer, d'observer minutieusement ce Pays très peu connu et d'en faire une intéressante description.
Il rencontre notamment une tribu de Rhäne Kuttchin, composée de cent cinquante Personnes. Elle est dans un état pitoyable. Pour faire ses huttes, elle se contente d’incliner vers le sol les branches d’un saule, de jeter dessus quelques peaux d'élan, et d’éparpiller dessous,
pour servir de lit, une brassée de rameaux verts. Sous cet abri d’une nuit, dit M. Petitot, « Adam et Eve trouvent plus de bonheur et d’aise que dans un palais ».
Le docte abbé nous permettra de n'être pas du tout de son avis'. À son compte, il nous faudrait donc retourner à cet âge d’or que des fantaisistes placent en arrière et qui fuit toujours à mesure que l’on s'avance dans le passé, comme une fée Morgane qui se joue de notre crédulité ; il faudrait retourner à ces temps où, dans une ignorance profonde et couvert de crasse, l’homme couchait dans les arbres ou dans les cavernes et disputait aux sangliers le fruit peu succulent du chêne.
Plutôt je dirai comme Voltaire :
Moi je rends grâce à la nature sage
Qui, pour mon bien, m'a fait naître en cet âge, Tant décrié par nos tristes frondeurs :
Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.
M. Petitot a remarqué que si l'on gravissait, avec une peine infinie, les degrés de la civilisation, il est extrêmement facile de se laisser glisser dans la sauvagerie. Rien n'empêche donc les amateurs de la feuille de vigne, du gland et des outils en pierre taillée de se donner satisfaction.
t Je parle des Indiens et non de moi-même, nous écrit M. Petitot, Je me suis toujours senti très malheureux en semblable circonstance et suis loin de désirer un tel sort, même aux Sauvages, Mais je ne puis nier qu'ils ne s’y trouvent très heureux puisqu'ils ne connaissent
pas mieux.
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Le but de M. Petitot en explorant l'Alaska n'était pas de devenir sauvage, bien qu'il ait eu moins à se plaindre des sauvages que des civilisés, maisde reconnaître les ressources que cette contrée peut offrir à l'établissement de missions catholiques, de sonder les dispositions des Indiens et des chefs de poste américains.
Il entreprend donc de descendre jusqu’à la mer de Behring, par le Youkon, vaste fleuve dont nous avons, depuis une vingtaine d'années, un tracé à peu près exact.
Le Youkon se forme de deux branches principales, l’une orientale, la Tsé-Ondjig, rivière du Castor, appelée par erreur, du Porc-Epic; l'autre branche est la rivière Tahko, qui s'échappe du lac Kennicott, par 570 45’ de latitude nord et 1330 18/ de longitude ouest (méridien de Paris).
Au confluent des deux rivières se trouve le fort Youkon élevé, en 1847, à égale distance du détroit de Bchring et du fort de Bonne-Espérance. A Partir de ce point, le fleuve à vne largeur moyenne de 4 à 8 kilomètres. Parfois il atteint 11 et même 14 kilomètres. Ses eaux troubles et jaunâtres baignent des iles grandes, nombreuses et boisées. I] se jette dans la mer par cinq bouches après un Parcours que les uns évaluent à 1 666
kilomètres, les autres à 2 229 kilomètres,
Cook l’a visité, en Passant, en 1774, Lapeyrouse en 1776; vinrent ensuite les Russes, qui s'y installérent en
Ceux-ci ont tiré de l'Alaska des bois de construction, du poisson, des pelleteries et de l'ivoire fossile du mam-
mouth primigenius. C'est tout ce que peut produire le pays, les mines exceptées.
Le 30 mars 1867, la Russie a cédé ce territoire aux Etats-Unis, moyennant une indemnité de 43 200 000 francs.
Aussitôt en possession de leur nouveau territoire, les Américains en ont chassé les Anglais, impitoyablement.
La population indigène est danite. Autrefois, son costume était en peau avec queue par devant et queue par derrière. C’était pittoresque et décent, dit M. Petitot. Il a été remplacé d'abord par une blouse de chasse, puis par un veston. Ils portent donc aujourd'hui le costume peu pittoresque et peu gracieux des Anglais.
En 1850, ils étaient environ 6 000; ils sont maintenant 2 000 au plus.
Ils se divisent en trois castes : les gens de la Droite ou Blancs; les gens de la Gauche ou Noirs; les gens du Milieu ou Bruns.
Les Blancs ne peuvent épouser que des Noires et les Noirs que des Blanches; les Bruns ont le droit, à leur bon plaisir, d'épouser des Blanches ou des Noires; mais les enfants appartiennent de droit au camp de leur mère. C'est le « matriarcat. » Les femmes sont souvent chefs chez les Dindiié.
La géographie et l’ethnographie occupaient et intéressaient l'abbé Petitot, mais la religion était le but principal de son pénible et dangereux voyage,
Il se met donc en rapport avec les chefs des comptoirs
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américains, et ces messieurs lui offrent avec empressement les moyens de remplir sa mission. Aussi, dès son retour à Bonne-Espérance, il demande à ses supérieurs de France l’autorisation de s'établir dans l'Alaska.
Son supérieur du Mackenzie croit sans doute que la moisson est mûre et qu'il suffit de se présenter pour la recueillir et se couvrir de gloire. Il décide donc de faire lui-même le voyage avec un jeune prêtre bas-breton. En même temps, il invite M. Petitot à retourner en France pour se reposer et publier ses études de linguistique. « Dans cette affaire, hélas ! dit Je pauvre prêtre, je renouvelai la fable de Bertrand et de Raton. Que voulez-vous ? c'est toujours la vieille, vieille histoire: Sic vos non vobis, mellificatis, apes ».
L'abbé Petitot fut abandonné par ses chefs, après vingt ans des plus rudes travaux, et forcé, pour vivre, de travailler de ses mains.
Cet homme plein de foi, l'un des prètres les plus instruits du clergé de France, a été heureux d'obtenir de l'évêque de Meaux, il y a trois ans, une cure d'environ 500 âmes.
Il prend son mal en patience et il trouve, dans le commerce des lettres, une juste COMmpensation à l'injustice du sort, Année par année ses travaux voient le jour, son nom grandit entouré de respect, et, tout bien pesé, nous aimerions mieux être Emile Petitot, curé de la paroisse minuscule de Mareuil-lès-Meaux, que Pévêque qui l’a sacrifié.
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