‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 19 sur 103 · È M, N,-A, COMEAU · texte numérisé non relu

È M, N,-A, COMEAU

nées, Ce fut le type du trappeur canadien, Il chassa principalement dans le territoire qui comprend le Saguenay et le Labrador, depuis le fleuve jusqu’à la hauteur des terres. En 1882-83, il accompagna le baron de la Grange dans une grande expédition de chasse au

8 8 | Nord-Ouest américain.

Une aventure extraordinaire, arrivée pendant cette campagne cynégétique, mit en lumière le courage et même l'audace du fuxeux trappeur, Il paraît, suivant ce qu'on raconte, qu'une nuit, deux sauvages qui faisaient partie de l'expédition, enle-

vèrent les chevaux et toutes les provisions, laissant les autres membres de la caravane sans aucune ressource et EXPOSÉS à mourir de faim dans ces inmenses prairies, Au point du jour, on s'apereut du vol, et l’on se rendit compte de Ja terrible situation, Alors M. Comeau se mit seul à la poursuite des deux brigands, les rejoignit, les mit promptement hors de combat, et ramena au camp les chevaux et les provisions,

Un nouvel exploit, accompli en janvier 1886, donna au nom de Comeau un moment de crande célébrité, Il convient d’en faire iei le récit suecinet, d’après le rapport qu'en publia peu de jours après le défunt Nouvelliste, qui habitait de son vivant Saint-Roch de Québec,

C'était le 20 janvier, M, N.-A, Comeau était sorti de bonne heure avec son frère Isaïe (des Tlets-Caribou), par une température de— 12° Far, pour chasser dans les anses, quand son attention se fixa sur un canot monté par deux hommes, qu'un violent vent du N .-U. poussait vers le larve. “ Ces deux hommes vont périr, dit Alexandre à son frère, Allons à ieur secours ! ” Et tous deux sautent dans un canot, maluré les représentations de leurs parents et de leurs amis qui les avertissent qu’ils courent à une mort certaine, Ils se dirigent vers la haute mer, Deux heures après, on ne voyait plus rien du rivage, ni les hommes ni les canots.

Alexandre reconnut bientôt, même de loin, que les deux hommes en détresse n'étaient autres que ses beaux-trères, les deux frères Labrie, qui étaient allés faire la chasse aux loups marins, Leur embarcation s'était engagée dans les glaces, et le vent les avait poussés au large, Quand les Comeau les eurent rejoints, on constata qu'il n'était plus possible de revenir à la côte. Les canots étaient pris dans les glaces, que le vent entratnait vers le sud ; d’ailleurs ces petits vaisseaux étaient bien trop faibles pour lutter contre la tempête. Il ne restait donc qu’une ressource : prendre terre sur la côte sud. Cela signifiait une traversée de dix-huit lieues ! Et ces quatre hommes, partis and matin, n'avaient rien mangé depuis la veille ; ils

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n'avaient non plus aucunes provisions, Par ce froid de 12 degrés au-dessous de zéro, rendu plus sensible par la force du vent, ils n'étaient vêtus que légèrement,

On entreprit donc la traversée du fleuve, On lutta tout le jour contre le froid et la fatigue, traînant les canots sur les banquises de glace, jouant de laviron lorsqu'on rencontrait des espaces libres,

Lorsque vint le soir, la température augmenta encore de riuueur, Pour comble d’infortune, Isaïe Comeau et l’un des Labrie tombèrent à l’eau, l’un jusqu’à la ceinture, l'autre jusque sous les bras, Ce fut alors la lutte terrible contre la mort, pour ces hommes déjà épuisés de faim et de fatigue et enveloppés de olace, Le brave Alexandre réussit pourtant à soutenir leur courage, Pour soulager son frère qui avait les deux pieds gelés, M. Comeau eut lingénieuse idée de tourner à l'envers la dépouille de deux canards qu'il avait tués en partant de chez lui, et d'en couvrir les pieds de son malheureux frère, qui put ainsi échapper à une mort certaine,

Le matin, on était encore à environ six lieues de terre, et l’on pouvait espérer, si tout allait pour le mieux, atteindre la côte sud à la fin de cette Journée !

Cependant les souffrances de ces hommes étaient excessives, Le jeune Comeau, qui avait ses habits gelés sur lui, sentait le froid le pénétrer jusqu'aux os. L'épuisement causé par la fatigue et le manque de nourriture, le vagnait peu à peu. Son sang se figeait dans ses veines, [Il avait les pieds et les mains glacés, et tous les efforts de ses compagnons ne pouvaient ramener la vie qui laissait les extrémités. Tous ses membres étaient engourdis, Il ne travaillait plus, il ne marchait plus, il se traînait où plutôt se laissait traîner par sou frère. Parfois 1l tombait assoupi, pris de ce sommeil fatal qui précède la mort, et suppliait ses compagnons de le laisser dormir... Le plus jeune des frères Labrie résista plus longtemps ; mais à la fin lui aussi tomba d’épuisement. Dans l'après-midi, ces deux hommes avaient complètement perdu l’usage de la vue,

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