‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 20 sur 103 · ON · texte numérisé non relu

ON

fs

L'ainé des Labrie restait seul pour seconder les efforts surhumains que faisait Alexandre pour le salut de tous, Lui aussi devint aveugle de l’œil gauche.

Alexandre seul voyait de ses deux yeux la terre qui s’approchait et cette vue ranimait son courage.

Vers le soir, l’un des canots se dégagea des banquises qui l'emprisonnaient depuis deux jours. Il restait encore trois milles à parcourir pour atteindre la terre. Et, deux heures durant, l’héroïque Comeau joua de l’aviron, déchargeant sa carabine de temps en temps, dans l'espoir d'attirer l'attention des habitants de la côte. On aborde enfin au rivage de Sainte-Anne-des- Monts, où une pauvre femme secourut la première les infortunés.

Le jeune Comeau avait les mains et les pieds gelés, Il recouvra la vue le lendemain, ainsi que les deux frères Labrie,

Il est étonnant, sans contredit, que les quatre naufragés aient pu échapper vivants à cette lutte terrible de trente-six heures. I] faut y voir la protection de la bonne sainte Anne, la patronne des Canadiens, qui ne l’invoquent jamais en vain; mais après le

secours du ciel, c’est à l’héroïsme de M. Comeau que l’on peut

attribuer le salut de ces hommes.

L'opinion publique s’émut au récit des souffrances éprouvées par les naufragés, et de l’héroïsme qui les avait sauvés. Les deux frères Comeau recurent, en récompense, le diplôme de Chevalier sauveteur des Alpes - Maritimes, avec médaille d'argent et émail; le gouvernement du Canada leur donna aussi, à chacun, une belle lunette marine, En outre, l'honorable M. Masson, alors lieutenant-gouverneur de la Province de Québec, présenta une médaïie d'argent à M. N.-A. Comeau. — En diverses autres circonstances, sept personnes échappèrent aussi à la mort grâce au dévouement du même héros, et, pour signaler des mérites si extraordinaires, la “ Royal Humane Society ” de Londres lui décerna un diplôme d’honneur avec médaille en bronze,

Si M, Comeau a rendu des services à l’humanité, ilen a rendu aussi à la science, Malheureusement pour nous, ce sont les États-Unis qui ont surtout profité de sa coopération, Il s’est

occu pl sons ( autres le cas Le pr mifèrel sur le avec en 18 second recueil occasid men-t il pro( ouvrag du Pa greenb giste & réver 1 nombre oiseaux regrett:

nos ins voisins comme nécesse Poui dans 1e laisser M. Cor rateurs de la ] fortune dela r ment à

forts Lui

pro-

qui illes ant, e de ants desnés.

s, Il brie, ent 8. 11 )nne s le peut

occupé principalement des oiseaux, des mammifères et des poissons du Labrador; mais il a donné aussi de l'attention aux autres branches de l’histoire natüvelle, Il a publié des notes sur le castor canadien dans le Forest and Stream, de New-York. Le professeur Merriam a utilisé, pour son ouvrage sur les mammifères des Adirondacks, les renseignements qu’il recut de lui sur le pékan (marte du Canada). Du reste, il a eu des rapports avec plusieurs naturalistes qui sont venus au Labrador : Couper, en 1868 et 1872; Coues, en 1894; etc. Couper qui dans son second voyage se rendit jusqu'à Natashquan, le chargea de recueillir pour lui des lépidoptères de Godbout. Ce fut en cette occasion, et à (rodbout même, que M. Comeau captura le spécimen-type du Glocausyche Couperi. Par l'entremise de Couper, il procura à Edwards, qui en avait besoin pour son grand ouvrage sur les papillons de l'Amérique du nord, la chrysalide du Papilio brevicauda, qu’il obtint en élevant la chenille. Un greenback de $10 témoigna la reconnaissance du lépidoptérologiste américain. Je donne ce détail à seule fin de faire un peu rêver mes confrères les entomologistes du Bas-Canada! Depuis nombre d'années, M. Comeau a fourni ainsi en quantité des oiseaux, des mammifères, ete., du Canada. Combien n'est-il pas regrettable que nos gouvernements d'Ottawa et de Québec, et nos institutions scientifiques ne puissent, à l’instar de nos riches voisins, utiliser les connaissances et l’habileté d’un homme comme M. Comeau! Plus tard, on aura sans doute les ressources nécessaires, mais l’homme manquera.

Pour moi, qui ai l'avantage de pouvoir puiser à pleines mains dans la caisse du Naturaliste canadien, je n’ai eu garde de laisser passer l’occasion, et je me suis assuré la collaboration de M. Comeau, qui, de ce chef, comme mes autres dévoués collaborateurs, aura part abondante de revenus sous forme de gratitude de la part du directeur de la revue, Aux États-Unis on fait fortune en se dévouant à la science. Ici, on y gagne seulement de la reconnaissance : c’est plus beau, quoique moins pratiquement avantageux.

J'en étais à ne plonger dans un véritable délire d’enthousiasme, d’avoir rencontré un collègue en histoire naturelle dans cet endroit perdu de la côte du Saint-Laurent, lorsqu'un hasard de la conversation me fit reconnaître un botaniste en la personne de M. abbé P, Lemay, le missionnaire qui nous accompagnait, M. Lemay s’est occupé de botanique longtemps avant de résider sur la Côte; et durant les années qu’il a déjà passées ici, il a enrichi son herbier de toutes les plantes qu’il a pu rencontrer dans ses courses de missionnaire, depuis Godbout jusqu’à la Rivière-Pentecôte, et même, encore plus à l’est; car, dans les premiers temps, le territoire qui lui était assigné s’étendait aussi dans cette direction, — Donc, voici que nous sommes ici trois naturalistes! Ce n’est vraiment pas mal.

Pourtant, je ne suis pas encore au bout de mes surprises. Le lendemain, en effet, j'apprends que le comte de Puyjalon est “ campé ” à quelques centaines de pieds de l'habitation de M. Comeau, et j'eus bientôt le plaisir de le voir nous rejoindre, Quatre naturalistes à Godbout!

Nous fondâmes immédiatement une société d'histoire naturelle, partagée en quatre sections, qui embrassaient plus ou moins équitablement les branches principales des sciences naturelles, Cette société tint plusieurs séances dont la dernière s’ajourna sine die: ce parti parut le plus sûr, parce qu’il est bien douteux que notre association puisse jamais se réunir de nouveau.

Jusque-là je ne connaissais M. de Puyjalon que par ses écrits; c’est avec ie plus grand plaisir que j'ai accueilli l’occasion de le rencontrer personnellement, Né en Bretagne, il habite notre pays depuis plus de vingt ans, etle considère presque comme le sien, tant il s’est fait Canadien. T1 l’est même d'autant plus qu’il a fondé une famille canadienne, étant devenu, comme on sait, le gendre de l’honorable M. G. Ouimet, ex-surintendant de l’Instruction publique. De longues heures durant, nous causèmes de sciences, de littérature, des choses de France et du Canada ; et je m'aperçus bientôt que mon interlocuteur est loin d’être le premier venu.

au poil du £ab idée fix le Labr et son pré rtefet

M. d côte du MOINS |, Accom embares dfféren minière certes b vie un toile bl:

envie 4

Je ne l'art de photogr:

RUES m avait

récente, votre sa du fame lecons € devait premier naturel] kodak n de la sa qu'à M

ouans ard nne ait, der l a trer

La véologie et la minéralogie sont ses sciences favorites, mais

au point de vue spécial du Labrador canadien, Car c’est l’homme

du Labrador ; il sait son Labrador par cœur; le Labrador est son idée fixe : il voudrait qu’on n’eût d’yeux et d'oreilles que pour le Labrador, Tous ses écrits sont consacrés à le faire connaître ; et son ouvrage: Vingt ans au Labrador, qu'il a encore en portefeuille, remplira encore mieux ce but qui lui est cher.

M. de Puyjalon a déjà passé plusieurs années entières sur la côte du Saint-Laurent, S'il n’y réside plus en permanence, du moins jusqu'à ces dernières années il y passait tous les étés, Accompagné d’un domestique et pourvu d’une où deux petites embarcations, il allait dresser sa tente successivement aux différents postes, étudiant les productions et les ressources minières de tous les endroits. Ce sport, si c’en est un, en vaut certes bien d’autres ! Toujours est-il qu'il adorait ce genre de vie un peu sauvage. Je lui ai fait visite dans son habitation de toile blanche, et je dois avouer que j'ai eu la tentation de porter envie au maître de céans !

Je ne voulais pas quitter (Grodbout sans faire mes débuts dans l'art de la photographie, En effet, j'avais résolu de me faire photographe durant ce voyage. Livernois, l'artiste qre l’on sait, m'avait vendu un bijou de kodak, Cet instrument, de création récente, est tout petit et se loge modestement dans un coin de votre sac de voyage. À deux reprises, une obligeante employée du fameux photographe de la rue Saint-Jean, m'avait donné des lecons de kodak ; un manuel spécial, de langue très britannique, devait au besoin résoudre mes difficultés, assurer enfin mes premiers pas. Au moment de me servir de l'instrument, j'avais, naturellement, tout oublié, Je ne comprenais plus rien, ni au kodak ni au manuel... J'aurais été vraiment bien avancé à la fin de la saison, s’il m'était arrivé, par exemple, la même aventure qu'à M. de Puyjalon. L'an dernier, me racontait-il avec une

TE Er D

bonne grâce parfaite, l'an dernier, il s'était procuré un kodak, et il prit beaucoup de vues dans son expédition au Labrador, Or, quand il s’adressa au photographe pour faire “ développer ” ses clichés, on lui dit qu’il les avait tous pris sur le même point de la bande de papier sensibilisé ! Il avait oublié qu'un petit détail : après chaque épreuve, tourner la cief qui fait avancer cette bande de papier, ce qui a pour effet de présenter à la lentille une nouvelle surface préparée.

Je me trouvais donc en face d’un problème bien embarrassant,

et je ne savais comment en dégager l'inconnu, quand M. Comeau

vint à mon secours. Ce diable d'homme sait tout ! En un elin d'œil il me mit au fait de tous les secrets de l’art du kodak, Je me sentis aussitôt saisi d’une telle passion de koduquer, que je partis sur-le-champ et fis une marche de deux milles, sous un soleil de feu et sur un sable mouvant, pour trouver un endroit favorable, afin de prendre une vue du petit village de Godbout. Ce que c'est que l’amour de Part !

Monseigneur ayant terminé la mission mercredi matin, nous devions partir ce matin-là même. Mais le vent était contraire ; nous serons d’ailleurs presque toujours à sa merci durant ce voyage. 11 faut dire que lundi et mardi, le nord-est avait soufflé en véritable ouragan. L'eau poudrait sur la mer, comme le sable ; cela ressemblait beaucoup anx plus violentes tempêtes de nos hivers. Les maisons frémissaient de fond en comble à chaque nouvelle rafale, et je m'attendais bien à en voir quelqu’une s'élever dans les airs ; ma terreur fut même plus grande que je ne veux le dire, Mais il paraît que ces maisons sont habituées aux fêtes de ce genre; car toutes restèrent bien à leur place, y compris la pauvre vieille chapelle, qui geignait pourtant bien fortement sous l'effet du vent. Par exemple, les quelques familles sauvages qui étaient campées aux alentours, durent abattre leurs tentes et chercher refuge dans les maisons voisines.

JEUI deux C salués ] Caribou est bier s'elèver demant ; pêche:

touchan

(Album Gres

La bai de terre, Pointe-de est contr:

et un pet nand Faf

Jus

JEUDI, 30 MAI. — Dès six heures du matin, installés dans deux canots, nous quittons la plage hospitalière de Godbout, salués par une dernière fusillade. Nous partons pour les Ilets- Caribou, sans trop savoir si nous nous y rendrons ; car le temps est bien incertain : on espère cependant que le vent favorable s'élèvera tantôt, En passant, Monseigneur bénit de lon, sur demande qui lui en a été faite, une croix, une chaloupe, des “pêches ” à saumon, La foi de ces braves pêcheurs est bien touchante !

(Album Gregory)

Page 1