‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 31 sur 103 · MOISIE · texte numérisé non relu

MOISIE

(t'ôté ouest de la rivière.)

une ville de l'Orient, Le sable mouvant qui les recouvre rend les promenades à pied fort fatigantes. Or, il y a un quart de siècle, quatre familles seulement résidaient ici, En ce temps-là, Moisie était principalement sur le côté est de la rivière, et son

nom était bien connu dans le monde de l’industrie, C’est que, à

cette époque, il y avait là un grand établissement industriel, qui remplissait d'espoir tous ceux qui s'intéressent au progrès comnercial de notre pays. En un mot, c'était le temps des Forges de Moisie,

Jusque vers 1865, personne ne résidait là, Seulement, l'été, il y venait des gens de Gaspé et de Saint-Thomas de Montmany, pour faire la pêche à la morue,

On savait que, à certains endroits du rivage de Moisie surtout et de quelques autres endroits de la Côte, il y a en énorme

quantité du sable magnétique, constitué par de la poussière de fer presque à l’état de pureté complète, Ur l’on venait de trouver le moyen facile de transformer ce fer en un très bon acier. Il se forma une association, la Compagnie Lomothe et Viger, pour se livrer à cette exploitation, Ce fut vers 1865 que l’on commenca les travaux à Moisie, Il arriva plus tard que M. Molson devint propriétaire de toutes les actions de la Compagnie et par conséquent de tout ce qu’elle possédait, et l’entreprise continua sa marche, sous cette nouvelle direction.

Cette exploitation donnait de l'emploi, à Moïisie, à trois ou quatre cents hommes. On voit que l’entreprise était importante,

Ce qui attirait davantage l’attention du visiteur, c’étaient les douze grands fourneaux où l’on produisait le charbon de bois nécessaire à la réduction du minerai. Chacun de ces fours, construit en brique, avait la forme d’un hémisphère dont les dimensions de hauteur de la voûte et de diamètre de la base étaient de quarante pieds ; il pouvait contenir de cent à cent trente cordes de bois, sapin, épinette, bouleau, Une large plateforme, partant du sol, avait été construite au-dessus de tous ces fourneaux, et les voitures allaient jeter le bois dans chaque fourneau, au moyen d’une trappe ménagée au sommet et qui s’ouvrait dans la plate-forme, Des ouvriers placés à l’intérieur donnaient ensuite à ce bois la disposition voulue,

L'usine, construite aussi sur le bord de la rivière, était une grande et longue construction, Le sable magnétique y était d’abord soumis au mécanisme d’une machine qui le séparait de toutes les matières étrangères qui pouvaient y être mêlées, Puis on le mettait fondre, avec du charbon de bois, dans les fourneaux, qui étaient au nombre de six et qui jour et nuit étaient en activité, Ce qui sortait de là, c'était de l'acier de première qualité, que l’on envoyait à Montréal, où il était mis en barres de différentes formes et grosseurs,— On le travaillait aussi en une grande usine que les Québecquois d’un certain âge se rappellent certainement avoir vue dans le village Stadacona, sur les bords de la rivière Saint-Charles, non loin du pont Bickell.

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Comment expliquer qu’une si belle exploitation ait pris fm au bout d’une dizaine d'années ? Voici ce que j'ai entendu dire làdessus à Moisie, On s’apereut que en mêlant du vieux fer au minerai, on diminuait notablement la durée de l'opération requise pour la production de l'acier, et l’on en fit venir des chargements, Par exemple, l'acier obtenu de cette facon n'avait plus la même bonne qualité, Ilen résulta, ce qui n’a rien d'étonnant, que l’acier de Moisie perdit de sa réputation sur le marché, et cela fut fatal à l’entreprise,

Les fours et les fourneaux s’éteignirent donc, les ouvriers s’en retournèrent dans les paroisses d’où ils étaient venus; les constructions furent démolies par la main des hommes ou détruites par les intempéries de l'air. Et le sable magnétique, depuis ce temps, repose en paix sur les rivages où 1l s’accumule, comme le minerai de fer titanique dans les montagnes de Saint-Urbaïn de Charlevoix, que le pie du mineur a cessé aussi de déranger depuis nombre d'années.

Pourtant, il paraît que le dernier mot n’est pas encore dit au sujet du minerai de Moiïsie, Nos très charmants voisins, les Américains, auraient tout récemment réveillé la question, On a reconnu, paraît-il, qu'il y a du platine à retirer de là; et, en 1895, on attendait de jour en jour l'arrivée d’un matériel peu considérable, il est vrai, mais suffisant, et dont on fixait la valeur à une quarantaine de mille piastres. Il ne paraît pas, toutefois, que ces espérances soient encore entrées dans le domaine de la réalisation,

Depuis la fin des Forges, la rive est de la rivière Moisie cessa peu à peu d’être habitée, et ce fut sur l’autre born que la population se porta. On se livra de plus en plus aux paisibles travaux de la pêche. Quand on sentit le moment venu d’ériger une chapelle, on apporta de l’ancien Moisie la sacristie de l’église que lon y avait construite, Cette sacristie fut allongée de moitié, et l’on se trouva à avoir une chapelle de 32 pieds sur 16.

Mais cette chapelle est devenue insuffisante, et l’on venait

Justement, en 1895, d’en construire une nouvelle, dont les

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dimensions sont de 45 pieds sur 28. On espérait même ‘“ entrer dedans ” à l’occasion de la visite pastorale de cette année ; mais les derniers travaux d'installation n'ont pu être terminés à temps pour cet objet.

SAMEDI, 15 JUIN.—Ce matin le beau temps est revenu. Il faut dire, en effet, que durant les deux jours que nous avons passés à Moisie, la pluie n’a guère cessé de tomber, poussée par un fort vent d'est, Aujourd’hui le soleil brille, le vent favorable souffle avec force.

Nous partons pour la Rivière-aux-Graines à bord d’une petite goélette fort joliment équipée, qui appartient à M. Jos. Perreault, marchand de Moisie. La brise tint bon durant tout le voyage, et nous fimes en six heures le trajet de douze lieues que nous avions à parcourir, Nous dinâmes à bord, d’un plat de morue fraiche cuite au lard, et ce menu fort modeste, assaisonné du grand air de la mer, nous parut absolument exquis.

A deux milles en decà de la Rivière-aux-Graines, se trouve la rivière Manitou, qui descend au fleuve par une cascade intéressante à voir, nous dit-on. Mais nous n’en pûmes juger, parce que du large il ne nous fut possible d’apercevoir que le brouillard qui s’en dégage. Dans ces dernières semaines, il est venu ici quelques Américains qui se proposaient d’y installer une scierie, Mais, paraît-il, ils ont trouvé ce pays bien trop accidenté, et leurs projets se sont évanouis sans retour, Trop peureux, ces Américains! Dans les endroits difficiles, il n’y à que des Canadiens pour oser tenter fortune,

Nous descendons à terre, où nous sommes accueillis avec le cérémonial ordinaire, et nous nous installons chez M. Marcel Langlois, Nous sommes ici dans la seconde division de la Préfecture, et la RIVIÈRE-AUX-GRAINES' est le premier poste, du côté de l’ouest, que dessert M. l'abbé $S. Bouchard, qui s'y trouve depuis hier, et qui est venu au-devant de nous jusqu’à bord de la goclette qui nous a amenés.

1—STATISTIQUES.—Population : 10 familles, 69 personnes, dont 38 communiants, Confirmés, 7.

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DIMANCHE, 16 JUIN.— Voici toujours bien un endroit, encore, où il n’y a pas à scruter les ténèbres de l’histoire pour parler de ses premiers temps! Il ne saurait être, à ce propos, question de remonter à la guerre de Troie, C’est l’un des bourgs les plus contemporains qu’il y ait en ce monde. Si vous voulez savoir pourquoi ce village n’a pas snvoyé de représentants au Congrès catholique tenu à Québec en 1880, nous vous dirons qu'il n’y a pas de quoi à passer de ce chef ses habitants au fil de l'épée : à cette époque, pourtant si récente, où tant de choses existaient déjà, ce village n'existait pas. Il existait d'autant moins encore que, cinq ans plus tard, il était toujours dans les ombres du “futur contingent,” ainsi qu'un si grand nombre d’autres villaes qui ne sont pas près d'en sortir. —En 1876, on n’y comptait encore que deux maisons: ce n'était pas assez pour constituer un village, En 1895,il y a une dizaine de maisons, et cela suflit, c’est un village, — Combien faut-il de maisons pour faire un village? Grave question que je me reproche presque de soumettre à l'attention du genre humain, comme si les sociétés savantes n'avaient pas assez d’avoir à résoudre le non moins important problème du nombre de grains qu'il faut pour constituer un tas de blé.

La population n’est donc pas considérable ici : dix familles la composent. J’en conclus, en me plongeant quelque peu dans les arcanes de la Règle de trois (où je ne réussissais guère à pénétrer durant les beaux jours de mon enfance), que si les libres

indépendants électeurs de la Pointe-aux-Esquimaux ont pu légalement et confortablement déposer leurs bulletins de vote, en 1812, dans une boîte vide d'Eau de Floride, j'en conclus, dis-je, qu'aux prochaines élections, toutes choses égales d’ailleurs, les

libres et indépendants électeurs de la Rivière-aux-Graines pour-

ront non moins légalement et confortablement loger leurs bulletins de vote dans une boîte d’allumettes “The Parlor Match—200°s — manuf, by E, B. Eddy, Hull, Canada.”

La pêche est l’unique occupation des gens de l'endroit, On prend ici très peu de harengs (le peuple des harengs ne sait peut-être pas qu'il y a ici des pêcheurs en nombre sufisant; on peut aussi supposer, avec encore plus de vraisemblance, que le fond de la mer n° “adonne ” pas à ces intéressants poissons). Quant au saumon, on ne le pêche pas non plus, parce qu’on est trop pauvre pour risquer la dépense nécessaire pour faire la tentative de cette pêche, La morue, voilà la “vache à lait” de nos villageois, voilà la cheville ouvrière de leur prospérité présente, voilà la base inébranlable de leur richesse future, Vive la morue ! C’est l'inscription qu'on lirait sur leurs bannières, s'ils avaient des bannières. C’est la légende qui se déploierait sur les pièces frappées à leur Monnaie, s'ils avaient une Monnaie.

La pêche à la morue donne done bien des bénéfices, puisqu'on n'a pas ici d’autres ressources pour subsister? D'abord on en mange, avantage personnel que n’ont pas, par exemple, les fabricants de manches à balai, Et puis, on est certair de vendre tout ce que l’on pêchera. On vend les produits de sa pêche à la maison Robin, Collas & Co., ou bien à M. Touzel, de Sheldrake, On se fait payer en marchandises, si l’on veut, ou bien en argent; ou bien encore, on paie avec la pêche de la saison les avances que l’on a obtenues pour vivre depuis l’année précédente, En tout cas, la moyenne du gain annuel peut s'élever à $300, mais elle peut être aussi bien plus faible, C’est loin d'être la richesse, pour les pêcheurs ; mais enfin lon vit, tant bien que mal.

Si l’on est trop pauvre pour se pourvoir soi-même d’une barge de pêche, le bourgeois est là qui la louera $10 pour la saison, Si l’on ne peut se procurer une seine pour prendre la bouette, elle est fournie aussi, au même prix de $10 pour l'été, c'est-à-dire jusqu’au 20 d'août, date où finissent tous les engu-

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“ements et les contrats relatifs à la pêche, La morue arrive ici la fin de mai ou dans les premiers jours de juin,

Les pêcheurs qui se pourvoient ainsi, pêchent à la draft, c'est-àdire qu’en arrivant du large ils livrent tout de suite leur poisson, dont on marque aussitôt le poids à leur avoir, l'unité de poids étant de 238 Ibs, ce que l’on nomme ‘une draft.” Il y a, pour les pêcheurs de cette sorte, bien moins de travail à effectuer, puisqu'ils n’ont pas à travailler la morue, ni à seiner la bouette, qu'on leur fournit, Mais les profits sont par contre bien moins considérables,

La morue sèche se vend au quintal, 112 1bs. C’est ainsi que la préparent ceux qui pêchent à leur compte. En outre, lorsque la morue verte a du prix, durant l'été, on en envoie sur le marché de Québec, chacun pour son bénéfice.

On prend la morue au large, à une distance variant de un à trois ou quatre milles,

Et à propos de morue, il vaut autant ici qu'ailleurs parler de l'huile de foie de morue, qui donne parfois de bons profits, puisqu'elle s’est vendue jusqu’à 60 cts le gallon; dans ces dernières années, pourtant, elle n’a plus obtenu que la moitié de ce prix.

De quelle façon fabrique-t-on l'huile de foie de morue ? Comme personne n’a dû s’imaginer que cela se faisait avec des queues de morue, personne non plus ne sera étonné d’entendre dire que cette substance provient du foie de la morue, Et pour l'extraire de Ià, il n’y a pas besoin de recourir à des machines compliquées, ni à des distillations soigneusement pratiquées. L'huile de foie de morue ? Cela se fait tout seul.— Soit, dans un coin quelconque, une tonne ouverte par l’une de ses extrémités, et placée debout, A mesure que, dans le voisinage, on tranche la morue, on met le foie de côté; puis on jette les foies ainsi recueillis dans la ‘“ fossière,

* qui est précisément la tonne telle que nous venons de la disposer. Et, tous les jours, les foies s'ajoutent aux foies, Les bons microbes, sous les bienveillants regards du soleil, se mettent à travailler là-dedans. Par exemple, l'odeur qui se dégage de ce laboratoire est loin d’être la suavité

même ; elle ne rappelle le parfum de l'essence de rose qu'aux seuls physiciens — partisans de la grande théorie de l'unité de la matière : ces messieurs, en effet, n’ont qu’à se réfugier dans la constitution atomique des corps, pour ne plus avoir à souffrir, ni dans l’odorat, ni dans le goût, des états accidentels où peut se trouver la matière, Quoi qu’il en soit, à mesure que l'huile se dégage, elle monte à la surface, On la recueille de temps en temps, et on la met reposer dans un baril ouvert; plus tard, on la met en barrique,

Le rendement des foies de morue n’est pas toujours le même, Certaines années, un quintal de foies donne un gallon d'huile : d’autres années, à peine une pinte, On a remarqué que plus la morue est abondante, plus elle est urasse, et plus les foies donnent d'huile, Quand, au contraire, la morue est rare, elle est maigre et fournit peu d'huile, C'est au point qu’il arrive quelquefois que l’on ne “sauve” pas les foies, à cause de leur peu de valeur oléigène, Mais quand on nous donne tous ces renseignements, on ne manque pas d'ajouter que, une fois, on vit 150 “drafts” de morue donner cinq barils (vides de pétrole d'huile de foie de morue, Cela soit dit pour la consolation des médecins, qui, prenant en considération les innombrables drafts de morue qu’il y a dans la mer, n’ont pas à se gêner, et peuvent sans scrupule aucun prescrire à leurs malades de prendre autant d'huile de foie de morue qu’ils voudront.

La petite rivière aux Graines a donné son nom à la localité qu’elle arrose, Elle arrive au Saint-Laurent par une jolie cascade, dont le bruit aurait chance de se faire entendre à quelque distance, s'il n'avait un rude concurrent dans le bruit des flots qui se brisent sans cesse sur les rochers du rivage. Tout près de cette cascade, débouche aussi de l’intérieur des terres un ruisseau de bonne taille, Ruisseau et rivière iuêlent leurs eaux

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un bon havre pour les gotlettes et les petits vaisseaux, havre si sûr qu'une fois entré on n’en sort pas quand on le veut: il faut attendre la marée, pour passer sans péril sur les bancs de sable et de roches qui en barrent l'entrée,

Je dois, en narrateur consciencieux, avouer que j'ai rarement vu pays d'aspect plus désolé que celui-ci, [Il n’y a guère de vé-

(Photog. par N.-A, Comeau)

DÉPEÇAGE D'UN MARSOUIN (à Godbout).

gétation qu’au bord de la mer, où croît un peu de gazon. Aïlleurs, le sol est recouvert d’herbes desséchées, d’où s'élèvent ici et là des troncs desséchés aussi de petits arbres à moitié noircis, Ce paysage lamentable vous étreint l’âme d’une tristesse

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indéfinissable, et, pour tout amusement des yeux, vous n'avez à contempler que les flots azurés de cette mer immense qui là-bas se confond avec le ciel bleu, Les vaisseaux passent hors de la vue, bien au large, en sorte que le spectacle est loin d’être varié. Au moment de la pêche, la vue des barques échelonnées en divers endroits est une source de distraction fort appréciable,

On m'explique l'aspect de désolation qu'offre ce sol, en me racontant qu'il y a trois ans, à la mi-juillet, un incendie a dévasté ce territoire sur une étendue de cinq milles de profondeur et üa quatre milles de longueur sur la côte, Huit jours après que le feu eut dévoré les arbres de la forêt, la tourbe, dont l'épaisseur allait jusqu'à dix-huit pouces en certains endroits, brûlait encore, On put à grande peine préserver les constructions, Pour éteindre la tourbe qui brûlait toujours, on ne trouvait rien de mieux que le sable dont on la recouvrait, Enfin une forte pluie survint, qui arrêta l'élément destructeur,

Il n’y a pas encore d'école ici, ni libre, ni neutre, Aussi personne ne sait lire, ce qui fait que les Lenfaits de la presse seraient absolument nuls dans ce village, si l’on w’y employait les journaux, anglais et français, à tapisser les cloisons. Cela m'a été d’une ressource précieuse quand je rentrais sous l’impression fâcheuse des paysages à fendre le cœur dont j'ai parlé plus haut, et j'ai lu, avec un intérêt toujours croissant, des cloisons entières, remplies des choses les plus instructives. On ne pense pas assez au plaisir et au profit qu’il y à à parcourir les vieux journaux ! Pour revenir à nos moutons, s’il n’y a pas d'école, ici, il y a une question scolaire, comme ailleurs, S'il n’y a pas d'école, il y a toujours bien force bambins et bambines : c’est la matière première d’une école, si j'ose employer une expression si irrespectueuse pour la jeune population, qui a pourtant toutes mes sympathies. Il y a jusqu’à une subvention de l’État; car Monseigneur, qui représente en ces lieux la

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hiérarchie ecclésiastique, représente aussi le département de l'Instruction publique et distribue en son nom les largesses oficielles, Tout ce qui manque c’est une institutrice, et je fais des vœux sincères pour que l’on réussisse bientôt à combler une lacune si déplorable, Aïlons! jeunes filles de notre belle Province, levez-vous et venez instruire un peu ces pauvres enfants !

Jusqu'aujourd’hui, l'hospitalière maison de M. Marcel Langlois, où nous logeons, servait d'église et de presbytère quand le mis-

sionnaire venait faire les offices religieux, C’est aussi l'hôtel gratuit de tout le monde, Cette brave famille, dont les ressources sont pourtant modestes, héberge et nourrit tous ceux qui se présentent et qui arrivent d’un peu loin, C’est comme au temps des patriarches ! Qu'il est beau de rencontrer encore quelque part ces belles vertus de nos ancêtres ! Comme Dieu bénira cette charité si grande dans sa simplicité !

Cette maison va cesser au moins d’être l’église, car on vient de construire une proprette petite chapelle où se feront désormais les offices religieux. Aujourd’hui même, la messe y a été célébrée pour la première fois.

Hier soir, Monseigneur ayant appris du missionnaire que la Mission n'avait pas encore de titulaire, décida, séance tenante, que cette paroisse porterait le nom de Saint-Victor, En retour de cette délicate attention de Sa Grandeur à l'égard de son compagnon de voyage, je dus prendre l’engagement de trouver une image du saint patron pour en décorer l’autel du nouveau temple. La condition n'était guere ouéreuse.

Je projette aussi de pousser fortement ce village dans la voie de la prospérité.

Ma future cité se nommera Saint- Victor de la Rivièreaux-Graines. Cette dénomination est bien longue, et le commerce pourra trouver cela incommode, Nous la nommerons

done simplement ‘“Saint-Victor,” à limitation de bien d'autres villes qui portent des noms de saints ou de saintes,

Ce sera une incomparable ville d’eau, Il faut voir si l’eau y est salée! Et puis, il y a cette belle plage de sable, à Palm des rochers qui s’avancent dans le fleuve et où les mamans grimperont pour voir jouer les petits! Quand il ventera le moindrement, on aura le spectacle des vagues qui viendront se briser sur le rivage. En outre, il y a tant de récifs, qu’on aura bien parfois le spectacle de quelque petit naufrage, où les jeunes Saint- Victoriens se couvriront de gloire en arrachant aux flots irrités le cuisinier, le capitaine, le chat du bord, voire même quelques passagères évanoujes, Des mariages en perspective, quoi !—Dans ce temps-là, la Malbaie, Cacouna, Tadoussac ne seront plus que des villes d’eau...douce,

Saint-Victor sera une place forte défendue par Ja nature, Cette chaîne de rochers à fleur d’eau, voilà des remparts peu faciles à franchir pour les cuirassés et les avisos de l’ennemi.

Je ne dis rien de son avenir commercial, tant je crains que la soif de spéculation dont brûlent nos contemporains ne vienne y créer un boom dont les conséquences pourraient être fâcheuses, J’avertis aussi les “compagnies des eaux municipales,” qui se chargent de fournir à leurs concitoyens le verre d’eau de chaque instant, qu’elles n'auront rien à faire à Saint-Victor : ici, comme en bien d’autres endroits de la Côte, il suffit d’enfoncer dans le sable un tuyau de fer suivi d’une pompe, et l’on a de bonne eau en abondance,

La petite cascade dont j'ai parlé pourra fournir un pouvoir électrique suffisant, soit pour éclairer la ville, soit pour diverses petites manufactures.

Quand il fera bien clair, on apercevra la pointe ouest de l'ile d’Anticosti, et ce sera très intéressant pour les étrangers.

Je m’abstiens à dessein de mentionner beaucoup d’autres avantages et agréments dont on jouira dans la ville future.

LUNDI, 17 JUIN,—Ce matin, je m'arrache aux charmes de ma

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