CHAPITRE DIXIÈME
Magpie—-Saint-Jean
Une entrée triomphale.-— Rivière MAGPIE.— Précis historique.— Les ‘ Paspé. biacs.”"— L'église actuelle de Magpie.—Comme quoi il faut avoir bon jied, bon œil, pour être missionnaire. — La vie des Magpiens.-—Avis aux capitalistes,Robin, Collas & Co.—LeBoutillier Brothers Co.— La famine littéraire,
M. l’abbé R. Lagueux.—Premier office pontifical au Labrador.— La belle flottille !—RIVIÈRE SAINT-JEAN.— L'établissement KSirois.—-Pêche, chasse, agriculture. —Pourquoi on n’enterre pas les têtes de morue. —Histoire relisieuse de Saint-Jean.—Ce qu'on fait de la morue, au retour de la pêche, — Un hôte original. —Les tribulations d’un matelot aux prises avec Madame Thémis.— La pêche en doris.-- Ile aux Perroquets.— LONGUEP\INTE. Autrefois et aujourd'hui. Pêche et chasse. — Une baleine en pleine terre, Départ pour l'A xficost.
Il y à peu d’endroits, sur la Côte Nor4, dont l’aspect est plus pittoresque que Saint-Octave de MAGPIE' (ou Magpointe, ainsi que disent les gens). Sur le rivage ‘ont les établissements Robin et LeBoutillier, qui se compo at chacun de plusieurs
constructions ; puis sur les hauteurs, tout autou1 %e la baie, on
LA
t les maisons des habitants ; l’église et le presbytère sont
ussi sur le coteau et commandent un point de vue magnifique. Toutes les barques de pêche appartenant aux deux grandes Compagnies sont mouillées ensemble, sur cinq ou six rangs, dans la partie Luest de la baie et vis-à-vis les établissements, ce qui forme un coup d’eæil très original.
Deux cent cinquante :.2wmes de la baie des Chaleurs passent ic: là saison de la pêche. Cette forte immigration rend la popu-
STATISTIQUES. — Population : 54 familles, 248 personnes, dont 166 communiants, Confirmés, 71 Une école, suivie par plus de 60 élèves.
164 LABRADOR ET ANTICOSTI lation du lieu considérable durant l'été, A notre arrivée, tout toute ce monde est rassemblé sur le rivage, et nous fait un accueil côté « triomphal. Les détonations d'armes à feu se suceèdent sans in- phare terruption, grâce au zèle des fusiliers échelonnés à tous les dix interr
La
pas sur les deux côtés du chemin qui conduit au presbytère
Une musique, composée de violons et d’accordéons, qui accom- est pe pagnait notre ascension de ses “ marches ” les plus enlevantes, la nav nous aida fort à gravir les hauteurs escarpées sur lesquelles est sible : bâtie la demeure curiale, Près de la maison LeBoutillier, on Gouve
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J'ai MAGPIE—MAISONS ROBIN ET LEBOUTILLIER Magpie lait de} lisait inscription : “ Bienvenue” ; et partout c’étaient des dra- le pêch peaux et des décorations de feuillage.—Bieu qu'il fût près de 1 ici potn huit heures du soir, comme la population se trouvait réunie, | construd Monseigneur fit immédiatement son entrée soleraelle à l’église tes pour et l'ouverture de la retraite, “4 fini, sil 2 qu'il fal MERCREDI, 26 JUIN. —Le vent d'est souffle encore comme de à ? 4 n LL plus belle, Mais la brume et les nuages disparaissent peu à & sement peu, et il nous est enfin donné d’apercevoir la côte de l'ile 1 Kobin el d’Anticosti, distante d’une trentaine de milles ; on ne peut voi cet e , end
MACPIE——SAINT-JEAN 165
toutefois que la pointe ouest de la grande île, Plus près, et du
ôté de l’est, on distingue un peu l’île aux Perroquets, dont le phare tournant projette de tous côtés durant la nuit ses feux intermittents,
La rivière Magpie ou la Pie, qui a donné son nom à l'endroit, est peu considérable ; des rapides rendent son cours impropre à la navigation, Son estuaire, assez larve, forme un havre accessible aux barges de pêche, Un pont en fer, construit par le Gouvernement fédéral, traverse cette rivière: c’est un luxe dont beaucoup d’autres cours d’eau sont privés, au grand désavantage des habitants de la Côte. A l'embouchure, on pêche le saumon : un seul rets y est tendu, et le rendement en est assez productif. C’est l’unique endroit de Magpie où l’on fait cette pêche, La rivière elle-même a un cours trop parsemé de rapides pour que la pêche à la ligne y soit beaucoup praticable, et les “officiers ” vont cueillir ailleurs des lauriers qui ne sont pas ce qu’il y a au monde de plus glorieux, il est vrai; mais, en temps de paix, c’est toujours cela! Sans compter que cette pêche, par surcroît, leur assure de fins dîners, bénéfice que ne procurent pas toujours les triomphes de Mars.
J'ai eu l'avantage de pouvoir interviewer, sur l’histoire de Magpie, le plus ancien habitant du lieu, un homme qui y résilait depuis 46 ans, M. William Girard, propriétaire de l’endroit le pêche au saumon dont je viens de parler, Quand il aborda ici pour la première fois, en 1849, il n’y avait pas une seule construction, Il y venait seulement, à cette époque, des goélettes pour faire la pêche au saumon; et, le temps de cette pêche fini, si l’on avait encore quelque provision de sel, on prenait ce qu'il fallait de morue pour l'utiliser,
En 1870, on voyait à Magpie quelques maisons et un établissement de la maison LePoutillier, C’est à cette époque que les Kobin commencèrent aussi à exploiter la pêche de la morue en endroit,
Un quart de siècle plus tard, en 1895, on y compte 54 ménages, dont une bonne partie appartiennent à une branche acadienne de la famille Huard, dont je ne soupconnais aucunement l’existence ; comme ces parents du vingt-cinquième degré n’en savaient pas plus long à mon sujet, cela diminuait beaucoup, de part et d'autre, les ennuis que l’on peut croire que nous éprouvons d’une pareille situation.
Presque toute la population de Magpie est composée d’Acadiens venant de la (Gaspésie, surtout de la baie des Chaleurs et spécialement de Paspébiac (mot que l’on entend souvent prononcer ici Paspéya) ; ilen est de même des deux cent cinquante hommes qui viennent seulement pour la saison de la pêche. Et c’est au point que l’on désigne tout ce monde sous le nom de ‘“ Paspébiacs.” Ces Paspébiacs ont un caractère absolument tranché même au milieu de la population acadienne. Il n'est vraiment pas facile d’avoir, plus qu'eux, la tête près du bonnet, et il faut y regarder à deux fois avant de les contredire; ils ont, semble-t-il, le sang à une température très élevée, Quand ces braves gens causent entre eux, vous les croiriez
transportés de colère, tant ils ont le verbe haut et... l'adjectif
retentissant. Partout on reconnaît cette ardeur qui est dans leur tempérament, et la tiédeur dans la foi n’est pas leur fait: ils descendent en ligne directe des Francs dont le roi Clovis aurait voulu se voir accompagné pour aller chauffer les oreilles aux mécréants qui crucitiaient Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le
matin de notre départ de Magpie, un colporteur juif (encore la question juive!) tout frais débarqué s'étant aventuré, dans la maison où il logeait, à critiquer la dévotion au scapulaire de la sainte Vierge, recut la réplique de la mère de famille elle-
même, et il y a lieu de croire qu’il ne remit pas lui-même h question sur le tapis. Ils ont pour le prêtre un attachement sans bornes. “S'il fallait, me disait l’un d’eux, donner pour notre missionnaire tout le sang de nos veines, ce serait fait tout de suite.” Les chefs de la Mission ont eu le toupet de dire à Monseigneur : “Si Votre Grandeur nous Ôôte M. le curé Bou-
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chard, nous fermerons à clef l’église et le presbytère.” C'était parler fort irrévérencieusement, sans qu’ils s’en rendissent bien compte ; mais cela montre de quel cœur ils y vont, Ils ont une langue très sonore et qui rappelle le parler des Méridicnaux de France. Sére la pougne ! (serre la poigne), répétait souver:s à un compagnon de rame l’un des hommes de la baleinière qui nous transportait hier à Magyie. Les habitants de la ('ôte ne se font pas faute de rire un brin des Paspébiacs et mê: de contrefaire leur langage, Les Paspébiacs leur rendent la pareille à l’occasion, “Ah! voyez donc les chevaux des habitants qui courent sur le plain!” Et un éclat de rire général accueillait cette boutade de l’un de nos rameurs, Les ‘“chevanx” des habitants, ce sont leurs chiens, qui s’élancent en aboyant dès qu'ils entendent la détonation d’une arme à feu,
Près de l'embouchure de la rivière Magpie, se trouve un petit vallon où habitent plusieurs familles, C’est là que M. W. Girard et son père construisirent la première chapelle, qui avait trente pieds de longueur sur vingt-cinq de large; en 1867, cette chapelle servait encore au culte, 11 y avait aussi, dans le voisinage, un cimetière que le sable a recouvert peu à peu, jusqu’à une hauteur assez considérable pour que les gens s'inquiètent de savoir si les défunts qui reposent là pourront entendre la trompette du jugement. Nous les avons pleinement rassurés làdessus,
En 1870, une deuxième chapelle fut élevée justement à l’endroit où se trouve l’église actuelle (53 pieds sur 33). Celle-ci, ui est done la troisième, est la plus considérable de toutes celles que nous avons vues jusqu'ici sur la Côte; on y voit même un ‘“jubé” et des galeries latérales. L'intérieur est pres d’être terminé, et quand ce sera fait, cette église fera vraiment l’orgueil des Magpiens. Il manque encore un clocher et une cloche; mais tout prochainement, espère-t-on, et clocher
et cloche seront installés en leur lieu, En attendant, on supplée à leur absence, dans la mesure du possible, par l'emploi d'un cornet à piston qui fait partie de l’ameublement de la sacristie; à l'heure des offices, quelque enfant de chœur, chez qui l’on a reconnu les aptitudes labiales qu’il faut, s'empare du euivre et improvise une mélopée quelconque pour appeler les ". paroissiens à l’église. Quand le clocher, la cloche et le sonneur seront là pour remplir leur office, le cornet à piston, désormais rejeté de fonctions liturgiques qu’aueun rubriciste n'avait prévues pour un instrument si peu ecclésiastique, sera mis en réserve pour la future fanfare de Magpie,
S'il faut préciser un peu à propos de cette église, je dirai que sa construction est toute récente. C’est le 7 mars 1892 que l’on a mis la cognée au pied de l’arbre, puisque c’est ce jour-là qu’on alia au bois pour commencer à préparer les matériaux nécessaires, L'édifice fut inauguré par la messe de minuit au jour de Noil
Autrefois, le missionnaire, quand il était de passage à Magpie, logeait chez la famille Girard dont j'ai parlé déjà. Mais à présent, en avant de l’église, il y a un presbytère, joli à rendre jalouses bien des Missions d'anciens diocèses. C’est la résidence de M. l'abbé Samuel Bouchard, le missionnaire chargé de desservir la division, que nous parcourons actuellement, de l’ancienne Préfecture. Cette division commence à la Rivière-aux- Graines et s'étend jusqu’à Mingan : c’est une étendue de vingt lieues de côte. Vingt lieues ! C’est bientôtdit, Mais imagine-t-on ce qu’une desserte pareille représente de fatigues et de dangers ? L'été, les voyages se font encore assez facilement par les embarcations ; et pourtant, lorsque le missionnaire est appelé pour un malade, il faut bien qu’il se mette en route, que le temps soit favorable ou non, que la mer soit calme ou furieuse, Quand c’est l'hiver, les voyages sont plus pénibles, Suivant les circonstances, on monte en cométique ou l’on chausse la raquette. Le printemps et l’automne on n’a aucune de ces ressources, et il faut voyager à pied, le jour, la nuit, à travers les bois ou par les
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sables du rivage, et franchir comme on peut ruisseaux et rivières, L'hiver et le printemps qui ont précédé notre passage à Magpie, les cas de maladie ont été exceptionnellement nombreux sur la Côte; et le missionnaire fut, durant des mois, par voies et par chemins, Plus d’une fois, quand il était à une extrémité de sa lesserte, une dépêche télégraphique l’appelait soudainement à l'autre extrémité ; et à l'instant il se remettait en route, quelles que fussent les difficultés de toutes sortes. Aussi, depuis que nous sommes dans ce district, ne cesse-t-on pas de nous célébrer sur tous les tons le dévouement de l'abbé Bouchard, Mais, pour une tâche surhumaine comme celle-là, il faut plus que du dévouement: il faut une vigueur et une santé peu ordinaires, Là-dessus encore M. Bouchard a forcé l’admiration de ces pêcheurs qui s'y entendent, et il lui est arrivé de faire “rester” quelques-uns de ces hommes dont la force de résistance à toutes les fatigues est pourtant extraordinaire,
Toutefois, l'exercice du saint ministère dans de telles conditions est propre à ruiner en peu de temps la constitution la plus vigoureuse, D'autre part, le missionnaire, étant obligé de partager ses efforts entre tant de postes différents, ne peut donner assez d'attention à chacune des Missions dont il est chargé, Frappé de ces raisons et voyant de ses yeux jusqu’à quel point elles sont fondées, Sa Grandeur Myr l’Administrateur a décidé de partager en deux parties, aussitôt qu'il sera possible, la division desservie maintenant par M. l'abbé Bou-
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Les Magpiens, comme les autres habitants de la Oôte, vivent aux dépens de.la-population des eaux.
La place n’est pas favorable pour la chasse au loup marin.
Aussi l’on ne s’cecupe pas de la capture de ces amphibies, Par
ontre le hareng donne bien, et l’on en profite. Autrefois, c'est-
Depuis l’automne de 1895, deux prêtres résident dans cette desserte, M . l'abbé H, Gaudreauit, qui a remplacé M. Bouchard, et M. l’abbé W. Tremblay.
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à-dire il y a une vingtaine d’années, la pêche du maquereau était ici très productive ; ce poisson y est aujourd’hui peu abondant.
Quant à la morue, la pêche en est fructueuse, On la pêche à trois ou quatre milles de terre, mais aussi, quelquefois, à une distance beaucoup plus considérable, et même jusqu’à douze milles de la côte, Cette pêche se fait dans les mêmes conditions qu'ailleurs.
Durant l'hiver, on fait la chasse aux renards, martes, castors, visons, loups-cerviers, ete. Mais les bénéfices que l’on en retire sont peu considérables.
L'agriculture se pratique ici dans les conditions élémentaires que j'ai déjà décrites. Les pommes de terre viennent fort bien, et tous les habitants les caltivent avec zèle. Lavoine, dont il y à assez grand d’ensemencé, mûrirait sans doute si on lui en laissait le temps; mais on la fauche de vonne heure ; car c’est le foin du Labrador, le mil et le trèfle ne réussissant pas d’ordi-
naire à vivre convenablement sur ce sol qui, la plupart du temps, n’est que du sable pur. Je n’ai pas besoin de dire que patates et avoine n’y prospèrent qu'en raison directe de la quantité de têtes de morue que l’on emploie en guise d'engrais ; c'est aussi en raison directe d’icelle que l’on empeste, à deux lieues à la ronde, un air pourtant si bien disposé à faire les délices de tous les nez qui se présentent,
Dans les plus fortes marées, l’eau monte au plus d’une douzaine de pieds, ce qui serait déjà considéré comme fort extraordinaire par les gens qui ont le désavantage de vivre à l’intérieur des continents. Tout ce que je dirai de la météorologie de Magpie, c’est que le thermomètre Far, a marqué une fois 98° à l'ombre, Mais quand il fait chaud à ce point, c’est au milieu du jour; car la nuit, le matin et le soir, la température est
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MAGPIE—SAINT-JEAN 171 | Su À quelque distance de la côte, on trouve ici des ocres noire, è éd. jaune, grise. Les œcapitalistes, toujours en quête d’endroits où À engloutir leur argent, me sauront gré de ce renseignement, 1 N à Quant aux bois de construction, à huit milles de l'embouchure nue de la rivière, on trouve de l’épinette blanche marchande, de | Ju Ze bonne qualité et de grande taille’, 1 ions As | à vors, Les Compagnies Robin et LeBoutillier ont à Magpie de vastes i etre établissements. Donnons ici quelques détails sur ces organisa- ( | tions qui jouent un rôle si important en ce pays du Labrador l ré canadien, PA l bien, La plus ancienne de ces maisons, celle des Robin, fut fondée | | dont à l’île de Jersey, en 1766, par Chs Robin. Plus tard, ce nom ’ | re de Robin est remplacé par la dénomivation Robin et Cie, Il y Au c'est a quelque vingt-cinq ans, la valeur de la Compagnie était à 'ordi- estimée à un million, En 1883, elle subit une éclipse financière rt du qui ne l'empêcha pas cependant de continuer sa route. Enfin, que en 1892, un armateur jetsais du nom de Collas, établi à Gaspé, de la et qui exploitait la pêche à Sheldrake et à la Rivière-au-Ton- À Bras ; nerre, forma société avec les Robin, et la raison sociale de la | deux Compagnie est à présent la suivante: Robin, Collas d& Co., Ltd, élices [ n’y a plus aujourd’hui qu’un seul Robin dans la société ; et | à ilréside, non pas à Jersey, mais à Naples.
Les quatre directeurs de la Compagnie habitent l’île de Jersey, où se trouve encore son principal bureau d’affaires, dans la ville de Saint-Hélier, chef-lieu de l’île. C’est M. Collas qui dou- est à la tête de ce bureau. En Canada, la Société s'établit traor- d'abord à Paspébiac, et là est encore son principal siège comérieur mercial en notre pays sous la direction de M. Romil, gérant . pie Le ‘ général pour le Canada. | 98° Q La Compagnie possède en tout trente-quatre établissements ilieu de pêche, dans la baie des Chaleurs et sur la Côte Nord; le 11 re est
I—- Documents de la Session (Ottawa), XX VAII, n° 5.
1 ME ep ARTE GE
plus grand rombre de ces postes se trouvent dans la baie des Chaleurs, où l’on suit absolument les mêmes méthodes qu'au Labrador, Ce fut en 1869 que l’on vint tenter fortune au nord du Saint-Laurent, où l’on s’est fixé à différents endroits depuis Moisie jusqu'à Natashquan. Les postes du Dock, de Ridge Point, de Magpie et de la rivière Saint-Jean emploient collectivement 105 barges de pêche et 480 hommes de la Gaspésie qui viennent passer ici le temps de la pêche ; sur ce nombre, il y en à 120 à l'établissement de Magpie, qui possède 45 barges de pêche, En outre, on utilise les services d’un bon nombre d'habitants de la Côte, C’est M. Walter Ledain, de Jersey, qui est à la tête de cet établissement, composé de plusieurs beaux édifices, dont font partie six cookrooms.
A chaque poste, il y a un magasin général de marchandises et de provisions, dont l’on fait des avances aux pêcheurs qui en ont besoin,
Les Robin s'occupent de lexploitation du homard, à la baie des Chaleurs, mais c’est la morue sèche qui est l’objet principal de leur commerce, Chaque semaine des goélettes parcourent les postes, se chargent du poisson que l’on y a préparé, et le transportent à Paspébiac. De là on l’expédie à l'étranger, et Jes sept ou huit navires de la Compagnie sont occupés à cette exportation. C’est le Brésil qui est le principal marché de ce produit ; on exporte peu en Europe.
La maison LeBoutillier Brothers Co., L'd, moins importante que celle des Robin, est aussi bien moins ancienre, puisqu’elle a été fondée en 1838, à Jersey. Elle n’est plus jersaise que de nom, les associés qui la composent à présent étant tous Canadiens. Elle n’a même aucun bureau d’affaires en Europe, mais seulement des correspondants pour l'achat des marchandises. Son bureau principal est à Québec, où se trouve son secrétaire général, ainsi que son président, Jusqu'à ces derniers mois, elle avait pour gérant feu M. W, l'auvel, député du comté de Bonaventure à la Chambre des Communes, qui surveillait de Paspéhiac les intérêts de la Compagnie. M. Fauvel était Jersais,
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et cela explique lallure jersaise que l’on remarque encore dans cette association,
Les LeBoutillier suivent le même système que les Robin pour les avances de provisions aux pêcheurs et pour lexploitation de la pêche.
C’est vers 1865 qu'ils ont commencé à pêcher sur la côte nord du Saint-Laurent, où ils ont deux établissements, à la Rivière-au-Tonnerre et à Magpie. Dans la baie des Chaleurs ils possèdent l’île Bonaventure, et c’est le seul endroit de la Gas-