‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 38 sur 103 · A VAI · texte numérisé non relu

A VAI

caient les douze barges toutes pavoisées qui nous accompagnèrent tout le temps. J’ai rarement fait un voyage aussi charmant que celui-là. La température était très belle, la mer assez calme, la brise favorable, De chacune des embarcations, dont l'équipage était composé de pêcheurs acadiens, partaient incessamment des détonations d'armes à feu, A voir toutes ces barques légères qui voguaient les unes près des autres, en déployant à la brise leurs voiles blanches ou rouges, on aurait dit un essaim de papillons voletant au gré du vent,

Comme nous approchions de ia rivière Saint-Jean, quelques barques en sortirent, vinrent nous rencontrer et se joignirent à notre escorte, Dans l’une de ces embarcations, se trouvait un joueur d’accordéon qui agrémenta fort le reste de notre trajet en épuisant tout son répertoire.

L'entrée Ge la rivière Saint-Jean est d’un aspect très pittoresque. Cette embouchure est resserrée par une langue de terre qui s'avance de l’est; quand on l'a franchie, on ne sait plus de quel côté arrive la rivière. On se trouve, en effet, dans un large bassin qui a l'air de se prolonger semblablement dans deux directions différentes, Mais pour peu que l’on se renseigne sur la géographie de l'endroit, on apprend que la baie de l’ouest est le vaste estuaire d’un petit ruisseau qui arrive de l’intérieur, tandis que celle de l'est est l'entrée de la grande rivière Saint- Jean, Entre les deux estuaires, on voit un grand plateau de bonne terre, sur lequel est bâti le village de Saint-Jean.

Il est superflu de dire qu'il y a là un havre de grande étendue et parfaitement sûr pour les goélettes et les petites embarcations, Seulement, dans certaines conditions du vent et de la mer, il est impossible d’y entrer, comme d’en sortir, à cause d’une chaîne de brisants qui se formeat, eu travers de l’étroit passage qui y donne accès, par suite du peu de profondeur qu'a la mer en cet endroit, “(C’est une place farouche,” me disait un vieux marin de ce pays. Quelque généreux gouvernement enverra peut-être un jour ses dragueurs pour remédier à cette situation difficile. En attendant, les pêcheurs feront comme par le passé, c’est-à-dire comme ils pourront. 12

SAINT-JEAN de la RIVIÈRE-SAINT-JEAN', est l’un des plus jolis LC endroits de la Côte Nord, et je regrette de n'avoir pu en donner Pr) qu'une idée bien imparfaite par la description sommaire qui SE précède, dal

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personne encore vers 1860 ; pendant que sur la pointe ouest, à la Lait AA même époque, on voyait les constructions légères que nécessi- lens (4 tait la pêche à la morue. C’étaient les maisons Robin et Le- } la Lo Boutillier qui se livraient à cette exploitation, et y employaient not cinquante à soixante barges. Les Robin occupent au même lieu but un établissement permanent depuis 1875. On peut juger de ae de l’importance de cette exploitation par le nombre de cookrooms # Ne:

Jour 1—STATISTIQUES—Population : 31 familles ; 190 âmes, dont 107 communiants pou les grave inc

| | 45 confirmés. Une école, fréquentée par plus de 50 enfants.

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que l'on y voit, et dont il y a bien une dizaine, De 1875 à 1882 environ, la compagnie Collas et Frère fit aussi la pêche à Saint-Jean, et ses constructions étaient élevées du côté nord-est de la rivière,

Le plus ancien établissement de Saint-Jean est celui de M. Philéas Sirois, de lIslet, qui y fait la pêche depuis 1857 et vend à la maison LeBoutillier toute la morue qu’il prépare, Il emploie 33 barges à son industrie, Ses constructions comprennent, outre sa résidence d’été, huit cookrooms, un magasin, deux hangars à morue et deux hangars à sel. Il fait aussi la traite des fourrures avec les sauvages, et par conséquent aussi il leur avance des marchandises et des provisions, ainsi qu'aux blancs qu'il a à son service. Mais il n'emploie que quatre hommes de Saint-Jean; les 106 autres viennent de l’Islet, de Montmagny et surtout de la baie des Chaleurs. Durant l'hiver, ses Gaspésiens s'approvisionnent à son compte chez les LeBoutillier, Ce genre de commerce, imposé aux bourgeois par ies circonstances, ne vaut certes pas le système des ventes au comptant; car, suivant la méthode usitée au Labrador, tout dépend du succès de la chasse où de la pêche, Et si, à la fin de la saison, il reste des balances de compte dans les livres du marchand, ce n’est le plus souvent que poui la forme.

On ne prend ici que peu de hareng, et à l’automne seulement.

Il y a dans le fleuve deux rets à saumon, qui donnent chaque année une vingtaine de barils de ce poisson. Mais la rivière Saint-Jean en fournit quarante à cinquante mille livres. Les huit rets qui y sont tendus appartiennent à des Gaspésiens, En outre, plus à l’intérieur des terres, on y fait la pêche à la ligne. Les “officiers ” — des États-Unis, ceux-là —, qui viennent y traquer le noble poisson, se sont fait construire une habitation très confortable, placée à 27 milles de l’embouchure de la rivière. On ne se rend pas aussi loin, sans doute, en bateau à vapeur. Car la rivière Saint-Jean n’est navigable pour les barges que durant quelques milles ; au delà, elle a le grave inconvénient de manauer d’eau, dont elle n’a plus que ce

qu'il faut absolument pour porter le nom de rivière, J'ai re- qui monté son cours jusqu’à trois milles, en baleinière ; sa largeur, ouest jusqu’à cette distance, est constamment de six ou sept arpents Il Ses deux rives ont l’aspect bien sauvage. Celle de droite, coupée rets perpendiculairement, nous laisse voir un lit d'argile recouvert Bi d'une couche de sable de six à sept pieds d'épaisseur, Or, à temps , certain endroit, sans aucune transition, le lit d'argile, toujours pêche horizontal, devient beaucoup plus élevé, et la couche de sable qui grand les 45 homm des C La | les, do À Sa terre nc tout st

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j culture, I SAINT-JEAN—L'ÉTABLISSEMENT ROBIN, COLLAS & "0, bœufs, 1H tout en |: le recouvre est d’une épaisseur considérable, On voit qu’il y a eu en mêm Il là affaissement subit d’une partie du sol. Les géologues qui iront Comn Ill étudier sur place cette brusque cassure de terrain, trouveront L déchets Ip: sans doute la chose intéressante, —La rivière Saint-Jean se rend, centaine : paraît-il, jusqu’à la baie des Esquimaux, pour ce qui est de sa gluer pa branche principale; c'est à une distance d’une centaine de chez M.

milles de son embouchure qu’elle se divise en trois branches, draient,

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MACGPIE— SAINT-JEAN 181

qui coulent respectivement du nord-est, du nord et du nordouest,

Il y a aussi, dans l'estuaire de la rivière Saint-Jean, plusieurs rets tendus pour prendre la truite,

Bien que l'entrée et la sortie du bassin de la rivière soient de temps en temps difficiles pour les barges de pêche, cela n’empêche pas lPindustrie de la morue d’y être pratiquée assez en grand, puisqu'’aux 33 barges de la maison Sirois, il faut ajouter les 45 à 50 de la Compagnie Robin, Cette dernière emploie 160 hommes, dont quarante de Saint-Jean, et les autres de la baie des Chaleurs.

La population de Saint-Jean comprend aujourd’hui 34 familles, dont la plupart viennent de la baie des Chaleurs.

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