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“ D'autre part, la végétation jaillit de son sol fertile avec une « fougue ” qui étonne. sous cette latitude, Partout où la forêt n'existe pas ou disparaît par les défrichements, surgissent spontanément des prairies composées de nos meilleures graminées
fourragères,
“En conséquence, toutes les cultures de la zone tempérée froide sont possibles à Auticosti,
“La mer environnante est très poissunneuse, Aussi, non seulement les pêcheurs du golfe Saint-Laurent viennent-iis dans ces eaux pêcher la morue, mais encore une cinquantaine de familles se sont établies à demeure sur le littoral même de l'ile, La pêche est leur principale occupation, Elles font toutefois un peu de culture, et exportent même des pommes de terre sur des points du golfe moins favorisés,
“Ce qui manque à Anticosti, c’est un bon port, car aucun des nombreux mouillages que présentent ses côtes n’est entièrement abrité contre tous les vents. Un autre inconvénient, c'est que les communications avec le continent sont intervompues par les glaces pendant quatre mois, de janvier à avril, £ncore Anticosti est-elle favorisée, sous ce rapport, car si la gce y est plus épaisse qu'ailleurs, elle y séjourne, en revanche, beacoup moins longtemps.
rude que dans plusieurs endroits de la province de Québec, Malheureusement, l'été est beaucoup plus frais, à l’Anticosti, que dans le reste de la Province, et c'est bien Ià ce qui peut inspirer le plus de confiance au point de vue de l’agrlculture, Le tableau suivant, construit d'après les statistiques du service mé-
téorologique du Canada, permettra de se faire une idée du climat de l’île d'Anticosti,
Température moyenne à Montréal, Québec, Chicoutimi, Côte Nord et Anticosti.
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Montréal... PA DU ne 2000/4102 5803 6025 67°2165°8 160341221310 22°5| 1224/1407
Québec... LT. 180888051686 642416406/6108/5525|8707|8002 2 00! n°211209
Chicontimi.......... PRE MET TX 1495 306 5326 66°4,6597 16122 ,55°5|3003/2605 171) 294! 893
Pointe-de-Monts........... Al 81068 | ..16007/5607|... |39°4/200111507| 431701
Anticosti, Pointe-Ouest, ..…... [199713300/48045208 5093 158°814995|3820!.. |... [1194/1593
Pointe-Sud-Ouest,. [2096 33°0 4206 5226 579857415000. . , nf. La Pointe-Est....…. . linez 2908 4400 52901 1542115220)... 11221300
“ Mais, en somme, bien loin d’être “infertile at inhabitable ”
l’île d’Anticosti présente d'immenses ressources, tant au point de vue de l'exploitation forestière, que de l'exploitation agricole et des pêcheries, Les prairies naturelles permettent la pratique de l'élevage en grand, D'autre part, les nombreux cours d’eau, à régime régulier, qui coulent sur tout le littoral, utilisables pour la plupart, comme force motrice, permettraient de donner une stande extension à toutes les industries du bois, matière première qui abonde dans l’île.
“ En résumé, l'ile d’Anticosti, étant données son étendue, la douceur de son elimat, la fertilité de son sol, la richesse de ses forêts et de ses pêcheries, sa situation sur une des grandes routes du globe, pourrait, avec quelques améliorations pratiques de la navivgabilité de ses côtes, nourrir une population au moins égale à l’île du Prince-Édonard.”
Les explorateurs français n'ayant pu que faire par eau le tour de l’île, le rapport de M. Combes s’appuyait sur ce que l’on avait précédemment écrit au sujet de l'Anticosti, Ce n’est donc pas encore le document qui s'impose et qui dise enfin, de facon irréfutable, quelle opinion il faut avoir de lancien
domaine de Jolliet,
Dans les derniers jours du mois de juillec (1895), les journaux canadiens annoncèrent que le groupe d’explorateurs français qui venaient de visiter l’île d’Anticosti, y avaient été envoyés par M. Henri Menier, de Paris, le millionnaire fabricant du célèbre chocolat que l’on connaît dans les cinq parties du monde ; et que c'était lui, M. Menier, qui était l'acquéreur véritable de la grande île,
Quoi qu’il en soit, au commencement du mois de septembre, on apprit qu'une nouvelle exploration, et très sérieuse cette fois, allait être faite de l’Anticosti, En effet avant de retourner en Europe, M. Despecher avait donné mission à M. Jos.
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Bureau, l’explorateur bien connu de Saint-Raymond, de parcourir l’île dans toute son étendue, et de faire un rapport complet sur la valeur de ce territoire.
Cette exploration se fit durant les mois de septembre et d'octobre, A cette époque de l’année, il n’est plus question des redoutables moustiques qui, durant l’été, ne permettent à personne de parcourir l'intérieur de l’île.
Enfin, nous allons savoir à quoi nous en tenir sur la terre d'Anticosti ! Avait-on sujet, dès les premiers temps de la colonie et jusqu’à nos jours, de la traiter comme 1n pays sans avenir et toujours inutilisable ? N’avaient-ils pas plutôt raison, ceux qui, en ces dernières années, n’ont pas hésité à poursuivre jusqu’au lyrisme léloge qu'ils ont fait de la “perle du golfe Saintlaurent ? ”
Le rapport de lexplorateur va répondre à ces questions. Voici l'analyse de ce mémoire, dont le public recoit iei communication pour la première fois.'
Le personnel d'exploration se composait de huit hommes. Un bateau de pêcheur suivait avec les provisions tout autour de l'île, que l’on commenca à visiter par le côté nord, Chaque fois que l’on rencontrait une rivière, on la remontait par terre jusqu'à sa source, en étudiant la qualité du sol et ses productions,
En partant de l’ouest, on reconnut la rivière à l’Huile, puis la rivière MacDonald, qui renferment toutes deux du saumon, de la truite et de l’anguille ; toutes deux coulent dans une forêt d'épinettes, blanches et rouges, de sapins, de bouleaux, de peupliers, de frênes et de pins.
Vient ensuite la rivière, autrefois appelée Mozreld, que M. Menier a voulu nommer définitivement Vauréal, arrosant, comme les précédentes, un sol excellent et portant les bois déjà énumérés, Son cours est interrompu par une chute de 200 pieds, jusqu’à laquelle monte le saumon ; on y a pris, assure-t-on,
L--(’est à l’obligeance de M. Menier que j? dois de pouvoir donner des infor- Mations certaines sur l’île d'Anticosti. Ce Canadien de France s'est montré heureux de faire ce plaisir aux Français du Canada.
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jusqu’à: trente et quarante barils de ce poisson en une seule année, Vis-à-vis l'embouchure de cette rivière, l'endroit est très favorable pour la pêche à la morue; les explorateurs ont vu revenir de la pêche des barques chargées de dix à douze quintaux de morue prise en un jour par deux hommes.
Plus loin est la rivière œu Saumon, où l’on rencontre encore le même bon terrain, et les mêmes bois. Ici on voit de beaux essais de culture ; des pommes de terre magnifiques, du mil et du trèfle de grande taille, des oignons aussi beaux que ceux des alentours de Québec. L'entrée de cette rivière peut recevoir des embarcations d'assez fort tonnage ; les goélettes peuvent même pénétrer dans la rivière.
La baie de Ours serait profonde de neuf à dix brasses sur toute son étendue, d'après M. Ellisson, un Anticostien.
La rivière de La Chute, en arrivant à la mer, fait un saut de T5 pieds de hauteur.
Les explorateurs revinrent par le côté sud de l’ile, en partant de l’est,
Sur ce versant de l’île, du côté de l’est, il y a des parties non boisées, occupées par des tourbières qui, si elles étaient égouttées, formeraient des terrains propres à la culture, Ce qui le prouve, dit M. Bureau, c’est que, à certains endroits desséchés artificiellement ou naturellement, on voit croître en #bondance les plantes fourragères, Ii y a aussi quelques tourbières sur le versant nord, dans la partie occidentale de l’ile,
A l'entrée de plusieurs rivières de la côte sud, il y a des lacs dont quelques-uns seraient de bons endroits pour l’ostréiculture, à cause de leur peu ue profondeur (lacs de la Loutre, de la Croix) ; d’autres pourraient servir de ports de refuge pour les vaisseaux, moyennant quelques travaux de creusage pour en
faciliter l’accès,
Les explorateurs ont visité, en se dirigeant de l’est à l’ouest, les rivières du Cunot, Mackuin, Dauphine, de la Chuloupe, aux Caillouæ, du Fer, Pavillon, Jupiter, au Fusil, Suinte- Anne, Sainte-Marie, aux Graines, Gamache, ete, Toutes ces
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rivières contiennent de la truite; dans plusieurs, il y à du saumon; le sol et la forêt sont de même genre que sur le côté nord de l’île,
Entre le lac Salé et la Pointe-Sud-Ouest, on rencontre une grande tourbière.
A la Pointe-Sud-Ouest, le gardien du phare, M. Pope, cultive les légumes et les plantes fourragères avec grand succès : ce qu'il en récolte égale en qualité les produits de même genre des alentours de Québec.
La rivière Jupiter, située à peu de distance à l’ouest de la Pointe-Sud-Ouest, est d’un cours rapide, mais sans aucun obstacle qui empêche le saumon de la remonter jusqu’à sa source, Cette rivière et la rivière aw Becscie, dont l'embouchure est assez près de la baie de Gamache (ou Ellis), arrosent des vallées d'une grande richesse forestière et d’un sol généralement propre à la culture,
Disons à présent un mot de l’histoire naturelle de l’île d’Anticosti, toujours d’après le rapport de l'exploration.
On a vu déjà la liste des bois que l’on a rencontrés sur l’île, savoir: le pin, l’épinette blanche, l’épinette rouge, le sapin, le bouleau, le peuplier, le frêne.
Voici quels sont les fruits qui croissent sur toute l'étendue de la terre anticostienne : fraise, framboise, gadelle (groseillier) rouge, gadelle noire, pembina (sorbier), cerise à grappe, atocas, poire sauvage (amélanchier), pain de corneille, grenade, quatretemps, bluet, raisin de savane, petit thé, masquabina, cenelle (aubépine),
Plantes de jardin: pommes de terre, navets, betteraves, carottes, choux, laitues, concombre, céleri, ciboulette, cresson, persil, sarriette, citrouille, rhubarbe, fève, blé d'Inde, menthe, tabac, rosier.
La faune de l’île n’est pas moins riche, comme on va pouvoir en juger par l'énumération suivante :
Bêtes fauves: ours noir, loutre, martre, renards rouge, gris et argentée,
Poissons : saumon, truite, anguille, morue, hareng, homard (il y a une homarderie à la Pointe-du-Cormoran, au sud-est de Pile).
Oiseaux : aigles noir et blanc, cormorans, pigeons, canards de plusieurs espèces, plongeons, mouettes, goélands, huards, sarcelles, rossignols (pinsons), mésanges, geais, pies, perdrix blanche, épervier, hibou, milan, chouette, bécassine, pluvier, alouette, corbijou, corneille, hirondelle, merle, cacatoës,
Voyons maintenant quelles conclusions M. Bureau a üirées de la connaissance qu’il a acquise de l’île d’Anticosti. “ L'ile “est un beau pays, où il y a place pour des milliers de colons “et pour des centaines d'artisans. Il est certain que les deux “ tiers des terrains sont propres à la culture. C’est ce que nous “ n’avons pas sur les points du Canada où nous faisons aujour- “ d’hui de la colonisation pour le gouvernement.”
L’explorateur ajoute que, au point de vue agricole, il y a ici deux grands avantages qui ne se rencontrent pas dans les endroits cultivés du reste de la Province : le poisson, qui peut aider beaucoup à la subsistance du colon, et les herbes marines accumulées sur les rivages par la mer et qui forment un engrais excellent.
Quant aux bois, on peut en faire une exploitation considérable, soit pour la construction, soit pour la fabrication de la pulpe. Les nombreuses rivières de l’île permettraient d'établir facilement des scieries en bien des endroits. Et l’énorme force motrice fournie par des cascades comme celles de la rivière Vauréal (200 pieds), de la rivière de la Chute (75 pieds), et des quatre sauts successifs (d’une hauteur totale de 99 pieds) de ia rivière au Saumon, pourrait être utilisée de bien des manières,.
Eh bien, voilà ce qu'est l’île d’Anticosti, d’après les informations les plus récentes et les plus autorisées ! Elle est bien finie, la légende qui la désignait comme une terre inhospitalière et
désolée,
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L’exploration dont je viens d'analyser le rapport s'était terminée au commencement du mois de novembre (1895). Dès le 2 décembre, une dépêche de Paris, passant par Londres, annonçait l’achat de l’île par M. Menier, pour le prix de $160,000. C'est-à-dire qu’il n'avait fallu que le temps de transmettre par la poste les notes de l'explorateur, pour décider le millionnaire parisien à conclure l’importante affaire dans laquelle 11 hésitait auparavant, et non sans motif, à s'engager.
Dès le mois de janvier, des agents de M. Menier venaient à Québec donner la commande de nombreuses constructions à élever sur l'extrémité occidentale de l’île, Puis on demandait, par aa voie des journaux, à acheter à bons prix un certain nombre d’orignaux, de caribous, de castors et de chevreuils vivants, destinés à être transportés à l’Anticosti, où ces animaux n'existaient pas encore.
Au mois d'avril, on voyait arriver à Québec le gouverneur de l’île d’Anticosti, M. Louis Commettant, fils d’un ancien journaliste parisien.
Enfin, le ler juin, M. Menier lui-même arrivait à la baie des Anglais sur son yacht à vapeur, le Vellédu, et consacrait quelques semaines à la visite de sa propriété.
Durant l'été (1896), il s’est fait beaucoup de travaux entre la baie de Gamache et la baie des Anglais, qu'un chemin carrossable relie maintenant. C’est la Baie-des-Anglais qui est le chef-lieu de la nouvelle colonie, où réside le gouverneur, On y construit actuellement une église et un presbytère pour le prètre chargé d’exercer le saint ministère sur l’île. D'après une sorte de convention arrêtée entre l’évêque de Chicoutimi et M. Menier, ce missionnaire recevra désormais un traitement du propriétaire même de l’île, dont les habitants seront exempts de toute contribution destinée au soutien du prêtre.
Et, à ce propos, le public canadien apprit avec bonheur que
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M. Menier tient à sa réputation de catholique pratiquant, Il n’ pas manqué d'assister, au mois de juin dernier, avec tous ses gens, à la procession de la Fête-Dieu, la plus belle cérémonie de ce genre qui ait jamais eu lieu à ltle d'Anticosti. Cet acte de foi religieusa a dû réjouir les Anticostiens et les rassurer pour l'avenir.
Une longue jetée, tout en augmentant la valeur du port de refuge qu'il y a là, facilite le débarquement des gens et des choses à la baie des Anglais; un chemin de fer Decauville y est aussi en opération, Un grand nombre de constructions diverses ont augmenté de beaucoup la valeur du hameau qui se trouvait déjà au fond de cette baie.
Un règlement très détaillé, qui porte la date du ler mai 1896, a été promulgué dans l’île ; tous les habitants doivent en observer les prescriptions, sous peine d'exclusion. M. Menier, en effet, possède ce domaine au même titre que n'importe quel propriétaire du Canada ; et il a parfaitement le droit de déterminer les conditions auxquelles les gens peuvent y résider et y travailler.
L'un des articles les plus intéressants de ce règlement est celui-ci : “L'usage de l'alcool, des spiritueux et boissons fer-
mentées est prohibé.” Ce détail indique assez combien le propriétaire désire le maintien de l’ordre dans ses “ États.”
La chasse et la pêche sont interdites sur toute l’étendue de l’île. Cette interdiction générale, qui va assurer le repeuplement des eaux et des forêts, fera bientôt de l’Anticosti un parce de chasse et de pêche d’une richesse extraordinaire.
Ajoutons que l'administration de ltle possède un petit steamer, le Savoy, qui fait un service régulier entre Québec et l’île d’'Anticosti.
Le public canadien, surtout dans la province de Québec, suit avec la plus grande sympathie le progrès de l’entreprise de M.
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Menier, On est heureux de voir cette grande terre de l’Anticosti revenue en des mains francaises, comme elle était à loriuine de la colonie. Et le soin que le propriétaire paraît vouloir apporter au choix de ses subordonnés, rappelle les conditions des premiers établissements francais en Amérique,
Personne, assurément, n’a le droit de demander à M. Menier