‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 57 sur 103 · MINGAN · texte numérisé non relu

MINGAN

Voilà ce que c’est qu'une première nuit passée à la Pointeaux-Esquimaux., Mais on s'accoutume rapidement à tout, aux choses le: pius terribles comme aux plus agréables, Et bientôt, comme les habitants du lieu, on devient insensible à ce tapage octurne, que l’on ne remarque même plus,

Mais puisque la race canine s'impose ici à l’attention de façon tellement impérieuse, c’est le bon moment de compléter ce que jen ai dit en d’autres endroits de ce livre.

Le chien du Labrador ressemble au loup. Quelquefois, c’est ie chien esquimau conservé sans mélange, Mais la plupart des chiens de la Côte descendent de croisements multipliés. Ils

sont de taille assez forte, T'humeur généralement douce, ils “ecoivent volontiers les caresses.'

Rarement, même durant les grands froids, on leur permet l'entrée des maisons, à cause de l'odeur qu'ils exhalent et qui est loin d’être ce qu'il v a de plus aromatique au monde. Malgré cette propriété ficheuse, l'hygiène, paraît-il, leur est extrèmement redevable sur la Côte Nord, plus encore qu’en certains endroits des Antilles elle ne doit à de complaisants corbeaux. Les chions du Labrador, en effet, ont le cœur d’une inébranlable fermeté, et l’on ne saurait rien indiquer, parmi les substances connues à notre époque, qui le leur puisse soulever, Aussi, leur rôle n'est pas à ce titre sans importance, en un pays où les inventions modernes n’ont pas encore toutes pénétré...

1 11s se gardent entre eux, écrivait Mgr Bossé, des rancunes longues et mortelles Cet hiver, un gros chien ‘‘ de l'avant,” nommé Mistou, & été étranglé par un {eam qui lui en voulait depuis deux ans. Ce Mistou avait été acheté par \ndré Gallibois, de la Pointe-àa-Morier, et mis avec ses propres chiens qui le traitaient froidement. Près de là 4emeure Joseph Gallibois, qui a un splendide team de quatre chiens, frères élevés ensemble et qui fraternisent le mieux dü monde, A la première rencontre après l’arrivée de Mistou, l’un d’eux se jette sur l'arrivant, et l’eût -étranglé sur-le-champ si on ne le lui eût arraché, Depuis, à chaque rencontre, il y avait bataille. Mistou était seul de son 2ô'é6. Cet hiver, les deux Gaïilibois allèrent avec leurs teams couper du bois et visiter lenrs pièges, Par mesure de précaution, les deux {rams furent attachés à un mille de distance l'un de l'autre; un épais fourré et une hauteur les séparaient, En moins d’une heure, le team de J. Gallibois avait rongé le trait qui retenait le cométique; et

les voilà qui s'élancent à travers le bois, tombent sur Mistou comme la foudre et, l'étranglent en un instant.”

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L'été, c'est le bon temps pour les chiens. [ls n’ont alors qu’à manger, à dormir, à se quereller de temps en temps, et à faire leur partie dans ces concerts nocturnes dont j'ai parlé.

Durant l'hiver, pourvu qu’on les ait dressés dès leur jeune âge, ils remplissent en ce pays le rôle qui est ailleurs celui des chevaux. Sur la Côte, où il n’y a de chemin à peu près nulle part, le cheval n'aurait ouère d'utilité. Avec le chien, au

contraire, pour peu que la neige soit un peu durcie par le froid,

(Photog. par N.-A. Comeau.) CHIENS ET COMÉTIQUES

La Poste au Labrador.

on à des chemins partout. Et comme les anses et les baies se couvrent ordinairement de glace, on ne manque pas d'en profiter pour raccourcir de beaucoup les distances

On nomme comélique le traîneau auquel on attelle les chiens. Ce traîneau est long d’une dizaine et parfois d’une douzaine de pieds ; sa largeur est généralement de deux pieds, Les pièces qui composent le comctique sont ordinairement reliées les unes

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qu'à aux autres non par des clous, mais par du fil à saumon. Sous \ faire les “membres” du traineau on fixe des os de baleine convena- 1 blement taillés, et qui remplacent fort bien les lisses d'acier de ‘ jeune nos voitures d'hiver, Chacun des “membres” dépasse l'avant l ai des du cométique du tiers environ de la longueur de celui-ci, et se 1 nulle termine en pointe effilée suivant une courbe un peu prononcée : $ n, au ce prolongement s'appelle le chaperon. Cela sert à guider le É froid, traineau avec la main ou avec le pied. Pour arrêter plus sûre- | ”l ment le cométique, on passe dans l’un des chaperons la drague, 1 FT] qui est un anneau assez grand fait en gros cordage. Les barres il où planchettes qui forment le dessus du cométique débordent de chaque côté ; et chacunede ces extrémités, séparée du reste par 1 une sorte de cou creusé dans la planchette, s’appelle téte de la barre. fi: Il y a de ces cométiques qui sont de belle factures | 4 . et pour la fabrication desquels on a pris la peine de faire D h K s \ venir de Québec même du beau bois On est fier de son

cométique, là-bas, comme on l’est ici d’une “carriole”” artis- ti tement tournée, Dans les grandes occasions, comme Zorsqu'une dame doit y prendre place, on ajuste sur cette voiture une sorte de siège avec entourage, qui rappelle la chaise de nos | vieilles calèches canadiennes ; le cocher est alors assis sur le Él devant de cette machine. Enfin, des fourrures complètent l'équipement de la voiture. Mais dans les circonstances L ordinaires, on n’y met pas tant de facons, surtout s’il s’agit de fl faire un long trajet. Alors, on se contente pour tout siège d’une petite caisse que l’on renverse sur le traîneau, auquel on l’attache le plus solidement qu’il est possible, Cela ne garantit guère, il est vrei, ni du vent, ni du froid; maïs, du moins, avec

aies se une installation de ce genre, il n’y a rien au monde de si facile profiter que d'embarquer ou de débarquer, comme disent les Canadiens. | Au reste, pour ce qui est du “débarquement,” il y a des cas où il l | chiens. est à peu près instantané, L’allure endiablée de l’attelage, les | aine de déclivités du sol ou les obstacles que l’on rencontre rendent | s pièces déjà l'existence un peu difficile sur ces voitures, Mais il arrive |

es unes aussi que, au moment où l’on s’y attendait le moins, les chiens

DES vie de A per

s élancent soudain à une extrême vitesse : alors, avant que vous ayez eu le temps d'y penser seulement, les pieds vous ont pass par-dessus la tête et vous avez culbuté suivant toutes les règles de l’art, pendant que l'équipage s'enfuit en hurlant, Je vous souhaite de n'avoir que trois arpents à courir pour le rattraper.

On sait quelle est lexubérante joie du chien de chasse, quand il voit son maître décrocher son fusil et se disposer au départ, Il en est de même des chiens du Labrador quand on se prépare À les atteler, Leur impatience ne connaît plus de bornes; on dirait qu'ils en deviennent enragés. Dès qu'il y en a un d’attelé, il voudrait tout de suite partir, et il faut quelquefois attacher le cométique pour empêcher un départ prématuré.

On attelle l’un devant l’autre les cinq ou six chiens que lon met ordinairement sur un cométique. Celui d’avant, le guide que les autres suivent, n’est pas le premier chien venu: c’est le plus intelligent de tous que l’on charge de cet office, et quand il est bien dressé, on peut se fier à lui pour reconnaître la route.

Le harnachement des chiens, d’une grande simplicité, est pourtant assez difficile à décrire. Si l’on veut bien ne pas s’en offenser, une comparaison tirée des bretelles qui soutiennent le pantalon, chez les peuples civilisés, fera joliment comprendre ce qu'il s’agit d'expliquer. Soient les bretelles d’un citoyen britannique! Supposez que deux bandes de cuir, l’une sur la nuque, l’autre sous la gorge, les relient ensemble ; supposez encore que les extrémités antérieures des deux bretelles, au lieu de s'attacher au pantalon, passent sous les aisselles et s’en viennent rejoindre, sur les reins, les autres bouts des bretelles... Je proteste que je ne veux manquer de respect à aucun des sujets de Sa Majesté! Mais enfin, voilà le harnais des chiens du Labrador... Tout cela, c’est en cuir de loup marin. Et ces quatre bouts des “ bretelles ” sont liés ensemble, sur la croupe du chien, par un træit plus ou moins long dont l'extrémité terminée par une boucle, se passe dans le pithook. Le “pithook, c’est une forte amarre où viennent s'attacher de la sorte tous 498

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traits de l’attelage ; chacun de ses bouts, terminé par une ganse, passe dans une ouverture pratiquée à la partie antérieure de chaque “merubre” du cométique et s'accroche à la tête, de la première barre du cométique. Naturellement, il suffit de varier la longueur de ces traits, pour que les chiens soient à la file et espacés les uns des autres. Tout cet équipage peut atteindre une longueur d’une soixantaine de pieds ou plus, suivant le nombre de chiens que l’on a attelés.

Et tout cela part comme un ouragan! Autant le chien est doux et soumis quand il n’est pas attelé, autant il est animé et presque féroce lorsqu'il est “sous les armes.” Les côtes à descendre où à monter ne changent rien à son allure, Mais il ne faut répondre de rien si par malheur on rencontre en chemin quelque cibier : avant que vous ayez le temps de le reconnaitre, voilà tout votre équipage qui s’est mis à sa poursuite! Cela peut n'être pas amusant pour le conducteur, qui a parfois de la peine à ramener ses bêtes dans le droit chemin.

A ce propos, le lecteur se demande sans doute comment l’on dirige cet équipage. On comprend bien qu'il ne saurait être question d’avoir une ou deux guides pour chacun des chiens : cela mettrait dans l'affaire une telle complication, qu'il n’y aurait personne pour s’y reconnaître, avec la douzaine de lanières qu’il faudrait tenir en mains, C’est uniquement par la voix que l’on dirige les chiens. Si vous voulez les faire tourner à droite, vous avez qu’à crier: Hoc ! Hoc! Hoc ! Pour la gauche, c’est Rere ! Re-re ! Re-ret Les interjections: Ha! Ha! Ha! les font arrêter ; et pour les mettre en marche, il suflit de pousser quelques: Pouitte ! Pouitte ! Voilà tout le vocabulaire des cochers du Labrador, On m'a affirmé que ces expressions sont de l’esquimau authentique. Pour moi, je n’ai pas de peine à admettre cette assertion avec toutes ses conséquences, celle— entre autres—que tout cela appartient au ‘“rameau finnoongrien des langues ongro-japonaises.” Au lecteur je laisse le soin de se former là-dessus la conviction qu’il voudra... En tout cas, sous l'empire de ce jargon, sept ou huit bons chiens trat-

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