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nent mille livres sur la plaine ou sur la glace des baies, ou encore trois personnes, avec une vitesse moyenne de trois lieues à l'heure durant toute une journée.
Quand la route a été bien longue, et que surtout elle a été rendue plus fatigante par une couche de neige trop molle, on voit les chiens donner des signes de lassitude, se décourager, parfois même se révolter et refuser d'aller plus loin. C’est alors au conducteur à les exciter de la voix, à courir même en avant, Il aura d'autant plus d’empire sur eux que, durant le voyage, il aura usé de tact à leur égard, et ne les aura pas gourmandés à l'excès,
En dernier ressort, il y a le fouet, le terrible fouet, Voici ce qu'en écrivait l'abbé Ferland : “ Le fouet est un instrument formidable, devant lequel les chiens fuient, même en été. Au milieu de leurs batailles les plus acharnées, il suffit de le leur montrer pour rétablir la paix... Un bon fouet a une longueur de dix à douze brasses : il est attaché à un manche long de cinq ou six pouces; lorsqu'on ne s’en sert point, on le laisse traîner derrière le cométique, Pour les personnes qui ne sont pas accoutumées dès l'enfance à le faire jouer, il constitue un embarras sérieux à cause de sa longueur; mais dans les mains d’un Esquimau ou d’un homme élevé sur la Côte, il devient une arme puissante, Le bout du fouet va choisir à quarante ou cinquante pieds le chien paresseux ou grognard ; le claquement produit un son si éclatant que l'animal le plus endormi en trépigne d’épouvante, Un seul coup, appliqué à une grande portée, couperait un chien en deux.”
Quand la neige est durcie, et surtout lorsqu'on peut voyager sur la glace des baies profondes, les trajets se font avec une grande rapidité, comme je l'ai déjà mentionné. Les courriers de la poste, de Natashquan à Blanc-Sablon, parcourent jusqu'à trente-cinq lieues par jour. C’est bien là, pour de si petits coursiers, ce qu'on peut appeler dévorer l’espace. C’est même
1—Le Labrador.
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parfois la seule nourriture qu’ils ont, durant deux jours, trois jours! Et cela indique quelle est la force de résistance de ces animaux,
Ce n’est sans doute que dans des circonstances bien exceptionnelles qu’ils sont aussi longtemps sans prendre de nourriture. Mais il est encore surprenant d'apprendre que lorsqu'on les emploie à traîner le cométique, dans les longs voyages, on ne leur donne qu’un repas par jour, à la fin de la journée. Aïnsi, c’est à jeun qu’ils font ces trajets de plus de cent milles! Si, pour obéir à une compassion mal entendue, on avait l’imprudence de leur donner à manger le matin, avant le départ, ils n'auraient pas atteint le milieu du jour qu’ils seraient fatigués, peut-être même complètement fourbus, J'aurais hésité à rapporter un fait aussi extraordinaire, si je n'avais eu à ce sujet le témoignage de plusieurs habitants du Labrador qui ont fait de longs trajets en cométique et qui en peuvent parler de connaissance personnelle.
L'alimentation de ces chiens n’est pas très recherchée, Durant l'été, les têtes de morue sont leur menu ordinaire. Dame, quand ils rencontrent sur le chemin... de l'existence un mouton, une volaille, ils en protitent ; et c’est grand gala.
Le capelan séché sert encore à leur nourriture, de même que la chair de loup marin.
On sale aussi des têtes de morue pour les nourrir durant l’hiver.
La viande de baleine est une excellente nourriture pour les chiens, Seulement, les baleines, ca ne se trouve pas à tous les devants de porte, et l’on est souvent obligé de s’approvisionner de fort loin. Cette viande a l’avantage, enfuuie dans le sable, de se conserver durant deux et trois années. Et puis, c’est nourrissant ! Un moreeau de la grosseur du poing suffit au repas d’un chien, qui l’avale d’un coup et peut ensuite passer vingt-quatre heures sans manger autre chose, Il paraît que cette viande est d’une odeur très spéciale et très tenace; mais les questions d’odorat ne semblent guère préoccuper les chiens du Labrador, qui ont le cœur loin des lèvres, comme je l'ai déjà laissé à entendre.
Les détails qui précèdent montrent assez quelle est la valeur de la race de chiens que possède le Labrador, On les utilise également et pour le transport des marchandises, du bois de chauffage, ete. et pour voyager le long de la Côte. La rapidité de leur course les rend précieux surtout pour ce dernier objet, non moins que le peu de nourriture dont ils ont besoin. C’est ainsi que la Providence sait mettre en chaque pays les animaux et les productions diverses qui peuvent convenir davantage à ses habitants,
On s’est parfois étonné de ce que, à l'exemple d’autres peuples du Nord, on n'ait pas tenté de facon sérieuse, en ce pays, la domestication de nos rennes d'Amérique, lorignal et le caribou, On ne l’a pas fait, parce que l’on n’en avait pus besoin, La raquette suffit à nos sauvages, et c’est bien le seul véhicule qu'ils puissent utiliser dans leurs courses à travers les forêts. Les chiens sont les vrais coursiers des Labradoriens, et les seuls dont ils peuvent se servir dans un pays comme celui qu'ils habitent, Quant aux autres parties du Canada, elles ont le cheval et la
locomotive ; et cela peut suflire.
DIMANCHE, 14 JUILLET, —Monseigneur a voulu célébrer, ce matin, un office poutifical dans la belle église de la Pointe-aux- £squimaux, et la bonne population de cette paroisse a suivi avec intérêt et piété la pompe des cérémonies saintes, Éplise et sacristie sont ici achevées et pourvues abondamment de tout ce qu'il faut; l’église a même recu à l’intérieur une fort jolie décoration, Un orgue et un harmonium accompagnent les chœurs, et nous avons entendu de belle musique aux offices de la mission, En un mot, la Pointe-aux-Esquimaux est organisée aussi parfaitement que l’une de nos belles paroisses du haut
Saint-Laurent, Avant l'office de l'après-midi, nous assistûmes à une, scène
bien gracieuse : la bénédiction des enfants. Tout le peuple des bambins et des bambines se pressait au pied du balcon du presbytère ; la seule condition requise pour en faire partie, c'était
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d'être assez âgé pour pouvoir se tenir debout tout seul, et, d'autre part, de n'avoir pas dépassé l’âge où l’on cesse d’avoir droit au nom de petit garcon ou de petite fille. Ah! la jolie assemblée que faisait cette réunion de petits bonshommes et de petites bonnes femmes! Ne dit-on pas que le sol et le climat du Labrador ne permettent pas plus aux rosiers qu'aux autres plantes d'ornement de croître en ces parages? Mais les voilà, les rosiers du Labrador, puisqu'il y a tant de roses sur tous ces frais visages ! — Et voici que l’un s’en vient réciter son petit compliment à Monseigneur ; l’autre chante une petite chanson ; un groupe exécute un chœur de circonstance, Et cela continue de la sorte durant une bonne demi-heure, Il n’y a pas besoin qu'un ange vienne nous dire que les bonnes Sœurs du Couvent, avant leur récent départ pour la maison mère de Québec, ont préparé tout ce joli programme ; cela se voit assez. A la fin, Monseigneur adresse au jeune auditoire quelques paroles bien paternelles et distribue des images à ceux de ces petits qui ont chanté ou récité quelque chose; puis, comme le paquet de gravures ne paraissait pas beaucoup diminué, la distribution se continue en faveur de tous les enfants ; et même, puisqu'il fallait voir le bout du paquet, on en vint à ne plus tenir rigoureusement compte des limites d'âge que j'ai précédemment indiquées. Si bien que toute la jeunesse de la Pointe-aux- Esquimaux emporta un beau souvenir de Monseigneur, Mais la bénédiction que le Pontife donna à tous ces enfants, c’est encore mieux que les plus riches cadeaux. Qu'il était beau de voir ce Pasteur levant les mains au ciel, et bénissant, au nom de Dieu lui-même, cette portion la plus chérie du troupeau ! L'enfer, à notre époque surtout, n’épargne rien pour ravir l'enfance à la douce influence de l’Église, à l'amour de Dieu. Nous avons vu ses diaboliques efforts s'exercer jusque parmi notre peuple fidèle ; quelques-uns, soit consciemment, soit inconsciemment, ont donné dans les pièges de Satan. Pasteurs de tous les degrés de la hiérarchie, continuez à défendre les petits agneaux, continuez à redouter les approches des loups ravis-
seurs: Pères et mères, ne manquez jamais non plus à vos devoirs de bergers ! Puissions-nous, longtemps encore, constater que les tentatives des sectes sont heureusement à peu près vaines dans notre pays ! Il est bien consolant, en effet, de voir ici tous les petits enfants élevés pour ainsi dire sous l'aile de l'Église. Il n’en est pas ainsi dans tous les pays catholiques, il s’en faut ; et c’est bien là l’objet des plus cuisants chagrins du Premier Pasteur, de celui qui tient ici-bas la place de Notre. Seigneur Jésus-Christ,
Enfants de la Pointe-aux-Esquimaux, vous, vous êtes bien à l'abri des efforts impies des sectaires ! La bénédiction de votre évêque vous portera bonheur ; car le bon Dieu lui-même vous bénissait par la main de son représentant, La touchante cérémonie de ce jour vous à paru bien belle; mais, n’en doutez pas, elle a causé aussi les plus douces joies à son cœur d’évêque et à celui de vos parents !
Car — je ne l'ai pas dit encore, mais on n’a pas manqué de le comprendre -— tous les parents, la paroisse tout entière assistait à la solennité,
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