‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 61 sur 103 · MGR F.-X. BO3SÉ · texte numérisé non relu

MGR F.-X. BO3SÉ

coup à faire dans cette nouvelle préfecture apostolique. Des Indiens à évangéliser, des frères séparés à ramener, des pauvres missions—qui n’ont pas même de chapelle—à pourvoir de tout, des écoles à créer, des bibliothèques paroissiales à fonder, enfin— et surtout — des missionnaires à trouver, à former même.” C'était tout un programme; et, durant les dix années que le prélat passa sur la Côte, il travailla opiniâtrément à le réaliser. À part les voyages pénibles qu'il fit dans ses missions, à part

les mille détails d'administration dont il fallait s'occuper, que de démarches ne s’imposa-t-il pas au dehors pour trouver les ressources qui lui manquaient, pour recruter des missionnaires et des institutrices ! Que d'appels aux gouvernements et au publie charitable en faveur de sa pauvre population !

La grande difficulté, c'était de s'assurer la collaboration de sept ou huit prêtres doués de toutes les qualités du missionnaire, et qui fussent prêts à quitter le ministère relativement facile de leur diocèse pour affronter les travaux et les fatisues des dessertes du Labrador, Et puis c'était toujours à recommencer, Chaque année, deux ou trois missionnaires usaient de la liberté qu’ils avaient de quitter la Préfecture, et le Préfet avait toutes les peines du monde à les remplacer.

Cette situation ne pouvait durer indéfiniment, Aussi, sur le conseil des personnes les plus sages, Mgr Bossé se décida à prendre des mesures en vue de former lui-même des prêtres pour le service de la Préfecture, C’est-à-dire qu’il résolut de travailler à la fondation d'un petit séminaire au Labrador,

Il eut alors occasion de rencontrer, À Québec, le comte L.-G. Baillairgé, renommé par le zèle et la générosité qu’il témoignait pour les bonnes œuvres. Le Préfet lui exposa son pieux dessein. M. Baillairgé en comprit tout à fait l'importance, et donna surle-champ une royale aumône pour jeter les bases du futur collège qui devait porter son nom.

Mgr Bossé s’appliqua sans délai à exécuter son projet, Il prit à son presbytère quatre jeunes gens qui avaient suivi un cours d’études commerciales et qui donnaient espoir de vocation ecclésiastique. De concert avec son vicaire, qui remplissait les fonctions de vice-préfet, il commenca leur instruction classique. Cela se poursuivit durant deux années, espace de temps qui permit au fondateur de se convaincre que son projet n’était pas actuellement réalisable. En effet, obligé de passer une partie de l’année en dehors de sa résidence, il ne pouvait s'occuper comme il l'aurait fallu de la formation de ces jeunes gens; en outre, ses ressources ne suffisaient plus à leur entretien. Déjà

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même, cet essai avait absorbé une partie des fonds que le comte Baillairgé lui avait confiés.

Mais un autre obstacle se dressait aussi devant lui, Il constatait que la Préfecture ne lui fournirait pas les vocations ecclésiastiques sur lesquelles il fallait compter, On ne rencontrait pas sur la Côte Nord cette belle formation de l'enfance que lon remarque dans nos anciennes paroisses, où la vue fréquente du prêtre et l'assistance régulière aux offices de l'église établissent comme une atmosphère religieuse très propre au développement des germes précieux de la vocation sacerdotale, Il fallait d’abord répandre au Labrador la pieuse éducation de nos familles canadiennes, En définitive, il Ctait nécessaire avant tout de former de bonnes mères de famille, Là était le sûr moyen de préparer l'avenir,

Ce qu’on avait pris pour le commencement ne létait done pas. Ce n’était donc pas par la fondation d’un collège que l’on devait, au Labrador, jeter les bases d’un nouvel état social,

Ce qu'il y avait de plus urgent, au Labrador, c'était un couvent !

D'autant plus que, s’il était difficile de recruter du dehors des missionnaires, il l'était encore plus de trouver des institutrices en nombre suffisant, qui consentissent à aller se dévouer—si loin !—à l'éducation des enfants, Il fallait pourtant des écoles dans tous ces petits hameaux disséminés sur une côte de 250 lieues de longueur, Eh bien, un couvent formerait de bonnes institutrices ; le couvent et les bonnes institutrices formeraient de bonnes mères de famille.

Mgr Bossé remit donc à plus tard l'organisation du petit séminaire de la Pointe-aux-Esquimaux, et s’occupa sans délai de jeter les bases du Couvent de Saint-Joseph du Labrador. Ce n'était pas pour rien qu’on mettait la nouvelle institution sous le patronage de saint Joseph. L'entreprise s’'annonçait en effet comme entourée de toutes sortes d'obstacles, et il importait d'avoir un protecteur bien puissant. Disons tout de suite qu’en effet le glorieux saint Joseph se mêla beaucoup de l’affaire et la fit pleinement réussir.

Il s'agissait, d’abord, de trouver une congrégation de religieuses enseignantes qui voulût bien se charger d’une fondation aussi pénible, Ainsi que l’a écrit Mgr, Bossé, ces religieuses auraient à ‘“ surmonter l’effroi qu’inspire le nom seul de Labrador, pays sauvage et isolé, inabordable de l'extérieur pendant plus de six mois de l’année, au climat réputé — bien à tort — insupportable, privé de ressources fixes, sans aucun centre considérable, à près de 150 lieues de Québec, distance dont 90 lieues (du Sault-au- Cochon à la Pointe-aux-Esquimaux) ne pouvaient être franchies qu’à pied durant la moitié de l’année,”

Après avoir en vain frappé à la porte de plusieurs communautés de Québec et de Montréal, le Préfet apostolique réussit enfin à décider les Sœurs de la Charité, de Québec, à envoyer quatre religieuses au Labrador, pour essayer, Sœur Sainte- Martine fut désignée pour être la supérieure du couvent, elle qui n'avait jamais encore ét: mise à la tête d’un établissement, La sœur à qui échut le domaine de la cuisine, n'avait jamais, pas plus que ses compagnes, cuit un pain ni organisé une soupe, Tout finit pourtant par marcher parfaitement : la supérieure s’acquitta fort bien des devoirs de sa charge, et la cuisinière n’empoisonna personne,

Mgr Bossé avait d'abord acheté trois emplacements voisins, tout près de l’église, sur l’un desquels il y avait une maison. Bientôt il fit l'acquisition de deux autres maisons que lon rapprocha de la première, Un peu plus tard, il acheta une belle propriété de cinq arpents de front, toute cultivable, où l’on aurait des pâturages, et où l’on récolterait force lévumes de toutes sortes,

Cependant, il ne suffisait pas d'ouvrir un couvent, Il fallait aussi pourvoir à son existence pour l'avenir, Or, dans notre pays, il n’y a rien comme le gouvernement pour assurer l'existence de quoi que ce soit, Mgr Bossé ne manqua pas d’y songer ; et il s’en alla exposer aux ministres de la Province le besoin qu'avait la Préfecture d’une institution d'enseignement, On n'avait qu'à reconnaître ce couvent comme École industrielle ; et, grâce au

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