‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 66 sur 103 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

De Ja Pointe-aux-Esquimaux à Natashquan

Sur la Sea Star. — IL SAINT-CHARLES. — BETCHEWUN, — ILE SAINTE-

GENEVIÈVE,— RIVIÈRE-A-LA-CORNEILLE.— PIASTREBAI. — Une école qui n’a pas de chez-soi, — Les peines et les joies de l’érudition. — WATSHESHO0. — PASSASHEBOO,—N ARÉSIPPI. — La malice des petits zéphyrs. — A la cape, —

Cette prétendue tempête. — GOYNISH. — Embarras étymologiques. — La

famille Rochette Sombres pronostics du vingtième siècle, — Pêche au

saumon. — Hareng, truite et morue. — Un peu d’agrieulture.— A l'intérieur du territoire, — Régates improvisées, — ÎLES À MICHON. — NATASHQUANX.

VENDREDI, 19 JUILLET, — Dès l’aube, c’est beau tapage ! Le vent d'ouest est arrivé. Alors, qu’on s’éveille ! Qu'on s’apprôte ! Qu'on s'embarque ! Toutefois, comme la brise est encore assez paisible, et que le brouillard n’est pas complètement dissipé, on nous permet de célébrer la sainte messe, de déjeuner, et de préparer nos malles

M. le G, V. Gendron s’embarque avec nous pour Natashquan, grâce à l’obligeance de M. l'abbé Lagueux qui a consenti volontiers à rester à la Pointe-aux-Esquimaux, pour y faire les oftices de dimanche,

Nous ferons ce trajet, qui est de vingt-cinq lieues environ, sur la jolie goélette Sea Star, que M. de Courval a bien voulu mettre * la disposition de Monseigneur pour ce voyage.

Il y a encore un peu de brume au moment où nous partons.

Muis le heau soleil du mois de juillet n’est pas lent à la mettre enfuite,

En sortant des îles, nous courons un peu au large, Cela ne

nous empêche pas d'observer les différents points de la côte, et nos bons marins de la Sea Star ont soin de nous désigner les endroits de quelque intérêt.

Vis-ü-vis l’ILE SAINT-CHARLES (11 milles de la Pointe-aux- Esquimaux), sur la côte, un chasseur nommé Girard, natif de la Malbaie (Gaspé), résida de 1857 à 1891. En cette derniere année, étant âgé de quatre-vingts ans, il prit sa retraite, et s’en retourna dans la Gaspésie, BETCHEWUN,' à 16 milles de la Pointe-aux-Esquimaux, fut habité des 1858 par un Francais, nommé de Laruelle, En 1864, il retourna en France, d’où 1 revint l’année suivante pour s'établir définitivement à la Pointe-aux-Esquimaux.® En 1871, Betchewun vit arriver toute la population de Kégashka (situé à l’est de Natashquan) qui émigrait en bloc; en sorte que, vers 1880, il y avait là une trentaine de familles, grâce aussi à l’arrivée d’un certain nombre d’'Acadiens des îles de la Madeleine et de Canadiens de la Côte, En 1886, la débandade commenca : on s’en allait À Québec, à la Beauce, aux îles de la Madeleine, à la Gaspésie, à Goynish et ailleurs. A l’automne de 1889, il n’y restait plus qu'un habitant, qui lui-même abandonna alors la place et alla s'établir à la Pointe-aux-Esquimaux. Telle est, en résumé, l’histoire de la grandeur et de la décadence de Betchewun.

Il suit de mentionner simplement lILE SAINTE-GENEVIÈVE (21 milles de la Pointe-aux-Esquimaux), où réside depuis 1888 un nommé Nickerson, venu de la Nouvelle-Écosse, et, environ 7 milles plus loin, la RIVIÈRE-A-LA-CORNEILLE, habitée depuis une vingtaine d'années par un nommé Dufour, de la Baie-Saint- Paul (Charlevoix). Il n’y a encore, que je sache, à l’une ou à l’autre de ces localités, ni tramway électrique, ni journaux à plusieurs éditions par jour.

Saint-Francois-Régis de PIASTREBAI (32 milles de la Pointe-

1—Sur la Côte,on prononce Betchouane. 11 paraît que ce nom vient du montagnais Wapitsouan.

2—M, de Laruelle mourut subitement en juin 1867, dans les îles de Mingan,

3—STATISTIQUES.—7 familles, 47 personnes, dont 22 communiants. Une école fréquentée par 17 élèves.

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Une école

aux-Esquimaux) fut établi vers 1862 par Joseph Tanguay, qui habitait auparavant quelques milles plus bas, M. Tanguay est encore à Piastrebai, entouré de ses fils et de ses gendres, qui forment un petit village de sept familles, Un M. Warner, Francais résidant à Montréal, a choisi cet endroit comme place de villégiature, et s’y est bâti une villa où, chaque été depuis une dizaine d'années, il vient passer quelques mois. Informé de l’arrivée prochaine de Monseigneur, il avait obligeamment mis sa demeure à la disposition de Sa Grandeur, En effet, Monseiuneur s'était proposé d'arrêter un moment à Piastrebai, pour la consolation des braves gens de cette petite colonie ; mais le peu de temps qui reste à sa disposition, et tout l’aléatoire qu’il y a dans la navigation à la voile, l'ont empêché,-à son grand regret, de leur accorder ce bonheur.

Ces gens vivent de la pêche à la morue, On s’y occupe aussi de la pêche du homard et, m’a-t-on dit, depuis quelques années on y à fondé un établissement où l'on prépare ce crustacé pour le commerce.

Il n'y a pas encore de chapelle à Piastrebai, Les

À offices religieux se font dans la maison de M. Sébastien Tanguay.

Il n’y a pas non plus de maison d'école, ce qui n'empêche pas l’école d'exister et de compter un nombre satisfaisant d’écoliers,

Je regarderais comme extrêmement indiscret que l’on insistât pour apprendre de moi l'origine de cette dénomination de Piastrebui, J'espère que personne non plus ne s’imaginera qu’il n'y à ici qu’à se baisser pour recueillir des piastres en billets de banque ou en bel argent monnayé…..

Il me faut bien l'avouer: vainement je me suis enaquis de la sivnification de Piastrebai. Je n'ai rien trouvé, moins heureux que ce chancard de Buies, dont les recherches concernant le nom du luc Édouurd aboutirent à la fin. “ Dès lors, s’écrie-t-il, je fus heureux, Savoir que le lac Édouard tire son nom d’un chasseur indien de Batiscan, quel bonheur! O beauté des découvertes ! O volupté de lérudition!” Je le crois bien!

Le bassin du Saquenay et du lac Saint-Jeun.

Mais ces jouissances exquises, pour le moment je ne les goûte point. O vain labeur des recherches ! O tourments de l’incertitude ! — La nuit n'est pourtant pas sans aucune étoile... En effet, M. P. Vigneau me témoigne d’avoir vu, sur une carte de Bayfield portant la date de 1851, le nom de Peushte-Bai pour désigner cette localité de la Côte, et, à son avis, c’est là un mot de langue sauvage plus ou moins défiguré. Eh bien, si Peashte-Bai est déjà défiguré, que dironsnous donc de Piastrebai, qui est le mot actuellement en usage dans le pays ? Nous dirons que les Canadiens sont des artistes en fait d’étymologie,

WATSHESHOO (à 35 milles à l’ouest de Natashquan), dont on revardait autrefois la rivière qui se trouve là comme un bon endroit pour la pêche au saumon, n’est pas un centre bien considérable de population, et le besoin d’une administrstion municipale ne s’y est pas encore fait ressentir, Ce fut vers 1863 ou 1864 que deux frères, du nom de Pilote, de la Baie-Saint-Paul, s’'établirent auprès de la petite rivière Watsheshoo ; l’un était marié, l’autre célibataire, En 1871, ils s’en allèrent à la Pointe-aux-Esquimaux,et y demeurèrent durant quatre ou cinq ans, au bout desquels ils revinrent à Watsheshoo. Après une quinzaine d'années, c’est-à-dire en 1883 ou 1886, celui qui était marié quitta définitivement f’endroit, ct alla. se fixer, en quelque lieu des comtés de Charlevoix ou du Lac-Saint-Jean, Quant à l'autre, le dernier des “ Watsheshouans,” il tint bon jusqu’à l’automne de 1894, où il partit à son tour, après avoir vendu son domaine, ses agrès de pêche et son attirai! de chasse, à un nommé Dion, de Saint-Thomas de Montmagny. Voilà le véridique récit de ce qui s’est passé à Watsheshoo durant les trente premières années de cette colonie, L' istoire n'aura pas à se plaindre, plus tard, de ne rier savoir de ses premiers temps.

La chronique de PAssAsHF500 (20 milles de Natashquan n'offre guère plus de ressources à l’imgination des romanciers, j'allais dire des historiens, ce qui serait d’une irrévérence consommée, — Une fuis, 1l y avait deux frères, nommés Bou-

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langer, vivant dans les environs de Saint-Thomas de Montmagny, Quand ils furent arrivés à un certain âge, ils émigrèrent à la Côte Nord, je ne sais en quel endroit, et ils y pêchèrent la morue, En même temps, dans leurs filets adroitement tendus, ils prenaient le cœur de jeunes Acadiennes de la Pointe-aux- Esquimaux, contractaient mariage avec elles, et s’en allaient établir la colonie de Passasheboo, C'était vers l’année 1876 Deux ou trois ans plus tard, suivant l'ordinaire vicissitude des choses de ce monde, la colonie fut abandonnée, L'un de ses habitants alla résider à Québec, l’autre à Goynish. Et la solitude reprit, à Passasheboo, son empire un moment interrompu.

NAB£siPri est encore l’un de ces endroits qui n’ont pas su varder leurs habitants. Ce fut vers 1835 que les familles Rochette, dont je parlerai bientôt, s’y établirent, après que la Compagnie de la baie d'Hudson eut abandonné le poste de pêche au saumon qu’elle avait dans la petite rivière Nabésippi, qui se jette dans le Saint-Laurent à seize milles en amont de Natashquan. Les “ pousses de la vieille souche,” comme dit M. P, Vigneau, y formèrent à la fin presque un village, un village sans histoire, c’est-à-dire où l’on vivait paisiblement et heureusement. Mais la prospérité matérielle laissait évidemment beaucou» à désirer puisque, dans ces dernières années, tout le peuple des Nabésippiens s’embarqua pour aller chercher fortune sous ur ciel plus favorable, Ce ciel propice, on n’eut que six milles faire, vers lorient, pour l’atteindre : on se fixa donc à Goynish, dont la population se trouva tout à coup notablement accrue par cette heureuse immigration, Quant à Nabésippi, on ny vient plus que pour la pêche au saumon, le gouvernement ayant accordé une licence pour y tendre des rets, La pêche à la ligne w’y serait guèr. praticable,

Nabésippi est à une vingtaine de lieues de la Pointe-aux- Esquimaux ; et le bonhomme Éole, qui avait fortement soufflé dans les voiles de la Sea Star, toute la journée, nous joua le vilain tour, vers les six heures du soir, de se dégonfler les

joues, et de nous laisser là, à contempler de loin les horizons de

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Nabésippi! Les petits zéphyrs qui, de-ci, de-là, folâtraient d’une vague à l’autre sous les yeux bienveillants, quoique à demi fermés déjà, du vieux Phébus fatigué de sa longue course, nous donnaient de temps en temps un léger coup d’aile, Mais, allez done vous fier à des zéphyrs! Ca consent bien à soutenir un joli papillon, à se charger du parfum d’une violette, et même à porter au loin la chanson du rossignol... Si vous croyez que ca va mettre du zèle à pousser une voélette !

Aussi, la position devint bientôt embarrassante. Le courant du fleuve nous descendait bien peu à peu, en vue de Goynish (10 milles de Natashquan), où nous devions faire escale ; mais il fallut renoncer à l'espoir d’y arriver avant la nuic profonde Bientôt la marée montante allait venir nous pousser en sens contraire, et nous empêcher d’atterrir, l’ailleurs on n'entre dans ce port, avec un vaisseau comme le notre, qu'à marée haute ou à peu près. Le capitaine décida, en conséquence, que nous allions passer la nuit au large, et à la cape. Cela signifie qu'on abaisse toutes les voiles ou presque toutes, et qu’on laisse dériver le navire maintenu pourtant en certaine direction par le vouvernail, Cette façon de naviguer est fort désagréable, parce qu’elle ne pousse guère en route. Elle n’est pas moins douloureuse pour les cœurs sensibles. En effet le vaisseau, qui n'est plus fixé par la tension des voiles, est la proie de toutes les agitations de la mer; tangage et roulis prennent alors des proportions incroyables, Et si l’on n'est pas bien endurei dans la carrière de marin, il se produit, dans les régions stomachiques des révolutions, des perturbations, des éruptions qui nuisent considérablement à la tranquillité de l'âme et rendent pour le quart d'heure la vie fort amère,

Telle fut cette nuit du iy au 20 juillet, Au dehors, c'était bien beau. L'air était doux ; au fiimament, scintillaient des milliers d'étoiles ; la surface des eaux s'élevait et : creusait altei nativement en longs et réguliers tnouvements,. ais lorsqu'on

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| l’on redoute de se voir projeté en dehors du lit,

Les gémissements de la mâture et les claquerments des cordages, violemment secoués par les brusques mouvements de l’embarcation ; les coups de mer qui ne cessent de battre le flanc du vaisseau : cest à faire croire qu'une épouvantable tempête s’est déchaînée, que les flots vont avoir vite raison de ce frêle navire, et que bientôt un triste naufrage, un trépas bien prématuré — hélas :— va livrer notre dépouille mortelle à la voracité des monstres marins... Que n’est-on resté chez soi, dans son joli appartement, à poursuivre ses chères études !.. Adieu, les parents !.. Adieu,

!.. Adieu, le

barbet favori qui devait à notre retour, de son œil attendri et de

les amis !. Adieu, le beau rosier de la fenêtre

sa queue frétillante, nous conter tant de choses !….

Je ne garantis pas que l’on soit encore éveillé quand l’imagination s’est mis en frais à ce point-là. Mais ce dont je me souviens et me souviendrai toujours, c’est du charme exquis que J'éprouvais, lorsque, de fois à autres durant ces longues heures, m'arrivait le chant de l’homme de quart, Tout son répertoire y passa sans doute, Je ne comprenais pas un mot de ses chansons, Mais sa voix était douce, elle avait ces modulations particulières au marin ; et la mélancolie du rythme de ces romances populaires suffit à émouvoir toutes les fibres du cœur. À ce moment, &’était le signe de la sécurité : 11 y a là quelqu'un

qui veille pour nous ! et tout va bien, puisqu'il chante !

MERCREDI, 20 JUILLET, — Enfin, comme il est d'usage depuis là plus haute antiquité, la nuit s’en alla peu à peu, et le jour s'en vint à petits pas. Le bon vent, la marée, rien ne manquait. En quelques heures L4 Sea Star avait repris tout l’espace perdu, et de bonne heure nous arrivâmes à l'entrée de la rivière .….Quanis ? Agwanus ? Goynish ? Je n'ai jamais été si perplexe qu'en cette affaire du nom de ce cours d’eau... Il faut pourtant se décider à quoi que ce soit.

La postérité serait bien injuste si elle m’accusait d'y avoir été

302 LABRADOR ET ANTICOSTI à la lévère, voulant ignorer les minutieuses recherches auxquelles je me suis livré pour résoudre le problème,

La carte de Bellin, datée de 1744, donne le nom de Goines à cette rivière, En divers documents, beaucoup plus récents, on trouve Aquanus, et Goynish. Les cartes de l'Amirauté disent : Agwanus. Les sens de la Côte prononcent: Gouanis. Dans la jolie brochure Nos rivières et nos lacs (1895), que je soupçonne d'avoir été publiée par le commissariat des Terres de la Couronne, on à adopté la dénomination de Goynish. Comme on le voit, il y a de la filiation entre les mots : Goines, Gouanis ou Goinis, Goynish. Étant donné, en outre, qu'au ministère des Terres de la Couronne, à Québec, on s’est arrêté à l'orthographe “ Goynish,” je crois qu'il n’y a plus à hésiter, et que personne ne refusera de dire : (GOYNISH,.... quand l’occasion s'en présentera, bien entendu,

Lorsqu'on voyage en goélette, on n'entre pas quand on veut dans la rivière Goynish, comme je lai dit précédemment, Il faut attendre pour cela que la marée soit haute, Or, quand nous arrivames à son embouchure, la mer n'avait pas encore assez monté pour que notre vaisseau s’engageât sans péril dans cette entrée, Heureusement, les Goynishois mous avaient aperçus de loin, et toute une flottille de barges joyeusement pavoisées était là à nous attendre, pour nous conduire à terre sans retard,

L’estuaire de la (Groynish est long, assez large, et se recourbe à gauche en partant du fleuve. C’est un bon havre pour les petits vaisseaux. Les points de vue qui s'offrent à nous, à mesure que nous pénétrons dans ce petit golfe, sont de toute beauté.

Nous descendons à terre, sur la rive ouest de la rivière. Toute la population est venue là, au-devant de son premier Pasteur, et lui fait cortège jusqu'à la maison qui sert ue chapelle pour la circonstance, Monseigneur ne pouvant faire ici qu'un séjour de quelques heures, sar-le-champ Sa Grandeur célèbre la sainte Messe, fait une instruction à cette bonne

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Saint-Félix de Goynish' fait partie de la desserte confiée au missionnaire de Natashquan, M. l'abbé J.-F.-R, Gauthier, qui était ici depuis quelques jours, afin de tout préparer pour la visite pastorale, Ce prôtre, qui réside si loin de tout confrère, se montre particulièrement heureux de jouir en ce moment de la présence de sen évêque et des prêtres l’accompagnent, Cet établissement commença en m temps que Nabésippi, dont j'ai parlé plus haut, c’est-à-dire en 1854 ou 1855. Deux frères Rochette, de Québec, mariés aux deux sœurs, demeu-: raient depuis quelques années dans les environs du cap Whittle (situé à près de 80 milles plus bas que Natashquan). Dès que ces deux familles eurent connaissance du fait que la Compagnie de la baie d'Hudson avait abandonné—c’était quelque temps avant l'expiration de son bail—les postes de pêche à saumon qu’elle possédait dans les rivières Nabésippi et Goynish, elles se hâtèrent d'aller s’y fixer. Nous recevons précisément l'hospitalité de celui des deux frères qui s'était alors établi à Goynish, et dont la famille constitua durant dix ou douze ans la seule population du lieu.

M. J.-B. Rochette, durant ies premières années de son séjour à Goynish, ne s’occupa que de la pêche au saumon, Il ne venait pas de pêcheurs, à cette époque, pour tenter à Goynish la pêche à la morue, Avec le temps, néanmoins, on s’aperçut qu'ici aussi il y avait de ce poisson. Vers 1875, l'endroit était reconnu pour 1ne assez bonne place de pêche, Quelques familles canadiennes vinrent s’y établir; mais le gros de l'immigration qui #y porta, était composé d’Acadiens des îles de la Madeleine, Enfin, il n’y a pas longtemps, comme on l’a vu, tous les Nabésippiens, c’est-à-dire l’autre branche des Rochette et les raneaux qu’elle avait poussés, abandonnèrent l'établissement de Nabésippi et vinrent se fixer à Goynish.

1—STATISTIQUES.—17 familles; 105 âmes, dont 59 communiants. 8 confirmés. Deux écoles, l’une de 17 élèves, l'autre de 15.

Ici, comme à Piastrebai, il n’y a pas de local spécialement

destiné à la population scolaire, Heureusement, malgré une

lacune si déplorable, il y a jusqu’à deux écoles à Goynish. Les missionnaires, dans leurs visites à Goynish, se sont

toujours retirés, comme ils font aujourd’hui encore, chez M. J.-P,

Rochette, Cependant il à fallu choisir une autre maison pour

la célébration des offices religieux, depuis que la population s’est augmentée considérablement, Il ne faudrait pas pourtant de là conclure que l'endroit est fort peuplé. Sur le côté ouest, où nous sommes logés, il y a neuf familles; et, de l’autre côté de la rivière, cinq familles sont établies, Cette séparation des habitants en deux groupes rend évidemment assez diflicile la desserte de la mission, au moins durant l'été; et, comme vraisemblablement ce ne sera pas de sitôt qu'un pont réunira les deux rives, on n’est pas près de voir les choses s'améliorer de ce chef, Surtout si le village du côté est s'accroît plus vite que l’autre et qu’ainsi la disproportion diminue entre les deux, à quels embarras n’aura-t-on pas à faire face, quand il s'agira de construire une église à Goynish ! Chacun des groupes voudra avoir l'édifice de son côté ! Quelle que soit la décision prise pa l'autorité, il y aura peut-être des récalcitrants ; ils ne voudront peut-être prendre aucune part aux frais de construction ; ils refuseront peut-être, le diable s’en mêlant, de faire leur religion dans l’église du village rival! Et comment cela finira-t-il ? Que de maux en perspective !

comme à chaque jour suffit son mal et que ce n’est pas la peine de souffrir d'avance des malheurs futurs, je prie mon lecteur de ne pas se laisser ronger par les inquiétudes qu’il pourrait avoir à ce sujet, et d'espérer au contraire que tout s’arrangera fort

bien, comme après tout il pourrait bien arriver que cela fût.

Etudions plutôt la situation actuelle des braves gens de

Goynish.

La pêche est leur unique occupation et leur seul moyen de subsistance, comme c’est à peu près le cas pour tous les habitants de la Côte Nord. Mais ici, l'endroit est bon pour le

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A deux milles, à l’est, il y a encore un poste de pêche au saumon, autorisé par une licence obtenue du ministère des l’êcheries ; toutefois la rivière Goynish est bien préférable pour cette pêche,

Elle vient de loin dans les terres, cette rivière: autrefois, c'était l’un des cours d’eau que suivaient quelquefois les sauvages pour se rendre dans les pays de chasse, Elle n’est cependant navigable pour les barges que jusqu'à un mille de son embouchure ; là des rapides empêchent tout à fait de passer outre, La marée ne se fait pas sentir plus loin non plus, et cela montre combien le lit de cette rivière s'élève fortement dans une distance si peu considérable, ce que prouve d’ailleurs cet autre fait: le courant de l’eau, dans ce parcours d’un mille, continue toujours à descendre, même lorsque la mer monte, Notons, en passant, que la hauteur des marées ordinaires n’est ici que de einq pieds; dans les grandes marées, les eaux atteignent une élévation de six pieds où un peu plus.

Le saumon s’avance si loin dans cette rivière, que la pêche à la ligne n’y est pas praticable, On capture ce beau poisson seulement au moyen de filets tendus dans la rivière, et il y a sept de ces tentures, depuis la mer jusqu’au rapide où cesse la navigation, Il n’y a qu’une seule licence de pêche acccrdée par le gouvernement, et tous ces rets appartiennent au seul possesseur du permis. La durée de cette pêche est de six ou sept semaines, à partir du commencement du mois de juin. Les communications sont si peu faciles entre Goynish et les centres commerciaux, qu'il ne peut être question de vendre le saumon

l’état frais. Il faut le saler, et l’expédier comme l’on peut sur les marchés.

Vers le 15 juillet, la saison de pêche du saumon est fimie, et cest alors le tour du hareng, qui se trouve ici en assez grande quantité, jusqu’à la moitié ou à la fin du mois d'août, On le sale et on l'envoie à Québec pour la vente.

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