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On prend aussi de la truite à Goynish. Mais on se contente de se régaler de ce que l’on en capture, en attendant la construction du chemin de fer du Labrador, qui permettra d’expédier de cet excellent poisson, entouré de glace, à Londres, à Paris, à Vienne, à Constantinople. O nos arrière-neveux, que vous verrez de choses !
Comme dans les autres localités de la Côte Nord, c’est la pêche à la morue qui est la pièce de résistance à Goynish. Et l'endroit est certainement l’une des bonnes places de pêche, On trouve les bancs de morue à des distances variant d’un mille et demi à trois milles. Cet éloignement n’est point trop considérable, et en bien d’autres postes on s’en accommoderait volontiers. C’est du commencement de juin à la fin de septembre que dure la saison favorable pour cette industrie,
Le capelan et le lançon sont la bouette que l’on emploie. Malheureusement on ne les trouve qu'à un mille à l’est de Goynish, et c’est là un désavantage de quelque importance.
Les gens de Goynish ont une flottille de quatorze barges pour la pêche à la morue, Chacun travaille ici pour son compte, fait sécher le poisson et le vend à son profit. Généralement, la msison Robin, Collas & Co. achète tout ce que l’on a préparé de morue sèche,
On ne sale pas de morue, l’automne, comme il se pratique à d’autres postes. Cela est dû, sans doute, à ce que l’on est trop éloigné des principaux marchés où l’on pourrait vendre la morue verte, pour entreprendre, à la fin du temps de la navigation, les longs voyages qu’il faudrait faire pour les aîteindre,
Mais il n’y a pas que des Goynishoïs à faire ici la pêche à la morue, Chaque année viennent se joindre à eux des pêcheurs d’autres endroits, surtout de la Pointe-aux-Esquimaux.
Du reste, les conditions dans lesquelles se pratique à Goynish l'industrie de la pêche sont probablement à la veille de changer. Cette année même (1895), M. de Courval, qui possède un grand établissement à la Pointe-aux-Esquimaux, en a fondé une succursale à Goynish. Tout ce qu’il y a de fait encore,
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cette sorte, où l’on emmagasine la morue sèche, Quant au
séchage du poisson, il se fait en plein air, comme on l’a vu, et le bon soleil—qui luit pour tout le monde, mais particulièrement pour les pêcheurs, les cultivateurs et les papillons —fait une grosse partie de la besogne. A part ledit chauffaut et à part le soleil, le “bourgeois” emploie, dès cette année, dix ou douze barges, dont les équipages viennent de la Poïinte-a:,x- Esquimaux, pour la pêche de la morue, Avec le temps, sans doute, cet établissement prendra de l'importance. Et, comme il est placé du côté est de la rivière, le petit hameau qui est là en profitera pour s’accroître et pour égaler bientôt son rival de
l'autre rive. Je n’en dis pas davantage, pour ne pas replonger mon lecteur dans les fâcheuses appréhensions dont précé-
demment il a été quelque peu question.
Il reste à parler de la question agricole à Goynish. Mais ce n’est pas là une tâche à faire blanchir prématurément les cheveux d'un historien, On ne cultive guère autre chose, en ce pays, que les patates et la Brassica napus hybrida.— Vous dites...?—Je dis le navet de Suède, appelé aussi “ Siam ? par nos bons Canadiens, On récolte bien, encore, des choux, mais ils sont de petite taille.
L’avoine, dit-on, ne demanderait pas mieux que d’y venir; mais on n’en sème pas, même dans le but d’en faire du fourrage. Du fourrage, en effet, il en pousse tout seul à Goynish. Il n’en faut pas d’ailleurs beaucoup pour la nourriture des quelques vaches que l’on possède. Il n’y a pas un seul cheval en cette localité ; et le touriste qui débarque en ces lieux n’a pas du moins à redouter les assauts de féroces cochers, dont il n’y a jamais qu’un seul sur cent dont l’on puisse faire le bonheur, Il est vrai que si le voyageur veut circuler dans la place, il ne le pourra faire qu’à pied ; mais on n’ignore pas, je suppose, à quel point ce mode de locomotion est favorable à la santé.
Autrefois, l'endroit était bon pour la chasse des animaux
à fourrures, Maintenant il n’y a plus beaucoup de profits à tirer de à,
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Cette partie de la Côte est hoisc. Il s'y trouve du bois de construction de grosseur moyenne: par exemple, il n’est pas facile de le sortir de la forêt, puisqu'il n’y a pas de chemins et que l’on ne possède pas de chevaux.
Cette forêt de potits arbr2s règne jusqu’à quelques milles en arrière de Goynish. Ensuite commencent ces plaines marécageuses de l’intérieur, qui s'étendent à perte de vue, parsemées de lacs sans nombre. Seuls les sauvages parcourent ces vastes solitudes ; et je crois vraiment que la plupart de mes lecteurs et moi pouvons dire que s’il n’y a que nous pour mettre en péril leur paisible et exclusive possession de ce domaine, ils peuvent bannir absolument toute inquiétude. Il ne nous en coûtera sans doute pas beaucoup de renoncer solennellement au privilège que, à titre de citoyens du Canada, nous avons d’aller en ces territoires tendre des pièges à l’industrieux castor ou pour-
suivre l’agile caribou…..
Quelque intéressant que fût le séjour de Goynish, quelque cordiale que fût l’hospitalité dont nous y jouissions, le programme du voyage indiquait Natashquan comme le terme à atteindre ce jour même. Il est bien permis, par une heureuse exception, d'exécuter quelquefois un programme! Aussi, après avoir passé cinq ou six heures seulement à Goynish, nous montâmes, vers 14 heure de l’après-midi, sur une grande barge qui devait nous conduire à destination. Tous les habitants de Goynish vinrent assister au départ de leur évêque et recevoir eucore une fois sa bénédiction. Plusieurs salves de mousqueterie exprimèrent, dans un langage de forte concision, la reconnaissance et les bons souhaits de ces braves gens.
La température était vraiment délicieuse, et ce trajet d’environ quatre.lieues fut charmant. Plusieurs barges, remplies de graves passagers, ainsi que de passagères au babil et au rire faciles, naviguaient avec nous, Tantôt d’une embarcation, tantôt de l’autre, on entonnait un pieux cantique ou quelque gaie chan-
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son que l’on poursuivait en chœur, Puis, tout ce qu’il y avait de fusils sur la flottille mettaient les échos de la partie. Les habiles nautoniers scrutaient l'horizon; et dès que l’on apercevait un endroit de la mer où la brise semblait un peu plus forte, c'était à qui s’en emparerait le plus tôt pour en profiter et dépasser les autres barques. Ces régates improvisées durèrent tout le cours du voyage. La gloire se montra capricieuse, suivant son habitude ; elle finit pourtant par couronner successivement tous les lutteurs, pour ne faire de peine à personne.
A trois ou quatre milles de Goynish, on rencontre les îles à Michon, où il y eut un établissement qui ne s’est pas maintenu. Il n’y réside plus personne, Même, il y a quelques années, on a démoli la petite chapelle que l'on y avait autrefois érigée, et l’on s’est servi de ses matériaux pour agrandir l’église de Natashquan.
Six milles avant d'arriver à Natashquan, on rencontre le poste de WAsHTAWOKA, qui fut établi en 1874 par six families acadiennes, qui étaient des premiers habitants de la Pointe-aux- Esquimaux. L'une de ces familles s’en revint à la Pointe, “cependant que ” les autres quittai nt aussi l'endroit pour aller se fixer à la Beauce avec leurs voisins de Natashquan, ainsi que nous le verrons plus loin. Et c’est ainsi que, s'il y a toujours un Washtawoka, il n’y a plus un seul Washtawokien pour déplorer sur sa lyre les malheurs de sa patrie.— M. P. Vigneau témoigne qu’il a souvent entendu nommer cet endroit Pointe-àla-Croiæ par les anciens. ‘“ C’est probablement dans ce havre, ajoute-t-il, que mouilla Jacques Cartier après avoir doublé le cap Tiennot qu’il nomma Saint-Nicolas et où il planta une croix.”
Sur les cinq heures du soir, nous arrivions à Natashquan, où l'on fit à Monseigneur une réception non moins solennelle et chaleureuse que dans les autres postes de la Côte.
Natashquan, vu de l’ouest, présente un aspect fort original. L'établissement est bâti sur une longue pointe qui s’avance
perpendiculairement à la côte et forme une baïe d’assez large étendue. De nombreuses îles, les unes toutes petites, les autres plus grandes, occupent une bonne partie de la baie, et varient le paysage à mesure que l’on approche de terre. Malheureusement, la mer y est très peu profonde, et les goélettes mêmes sont à la merci de la marée pour y pénétrer, La marée, ici, cela ne signifie qu’une élévation de quatre à cinq pieds; une montée de six pieds, c'est une forte marée. Quant au petit Str (ter, qui fait quelques voyages à Natashquan au milieu de l'été, il reste fidèle à sa réputation de prudence, il sait s'arrêter à temps —
loin du rivage.
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