‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 80 sur 103 · OR CS · texte numérisé non relu

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trop pauvres pour se mettre en mesure de lutter contre la concurrence des pêcheurs étrangers ; mais ils sont aussi les témoins attristés de la diminution rapide d’une autre de leurs ressources les plus précieuses, Je veux parler de la destruction qui se fait des oiseaux de mer et qui est due encore, en bonne partie, au brigandage exercé par les étrangers.

C’est un fait certain que les oiseaux et les œufs, qui autrefois fournissaient à nos pêcheurs la moitié de leur subsistance, disparaissent de plus en plus chaque année.

“ Certains planteurs de la côte, disait M. D.-N,. Saint-Cyr’ en 1886, mais surtout des étrangers venus de la Nouvelle-Écosse, de l'État du Maine et de l’île de Terre-Neuve, pillent les œufs des oiseaux de mer, qu’ils vont ensuite vendre dans leur pays. Ces années passées, on à compté jusqu'à une trentaine de goélettes occupées à prendre des chargements d'œufs d'oiseaux sauvages dans les îles du golfe, et, ce qu’il y a de pis, c’est que lorsque ces pillards s’apercoivent que les œufs sont couvés, ils les cassent et les détruisent, afin que les oiseaux pondent davantage. Alors tous ces œufs frais sont enlevés, et c’est ainsi qu’il s’en détruit des milliers et des milliers tous les ans” On va même, m'a-t-on dit, jusqu'à tuer les oiseaux à peine éclos, : afin de s'emparer de la plume qui tapisse les nids,

Et voici qui va faire juger de l'importance des déprédations que l’on poursuit d'année en année. Il n’y a plus aujourd’hui une seule “mermette” (le guillemot, Uria ringvia, Brunn.) sur des îles où jadis un seul homme pouvait en une journée ramasser jusqu’à dix barriques d'œufs de ces palmipèdes. Les “ moniacs” (leider ordinaire, Somateria mollissima, Leach.) ont diminué des trois quarts. Autrefois, on pouvait prendre en un jour 300 jeunes “ goélands ” (du genre Larus) sur des îles où maintenant il faudrait une semaine pour en ramasser le même nombre.

Nos législateurs ne pourraient-ils pas prendre quelques

1— Rapport d'un voyage fait au Labrador en 1885, (Réponse à une adresse de l'Assemblée législative de Québec—I8 mars 1887.)

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Q I LA Q A mesures, — et les faire mettre à exécution, — pour empêcher la destruction totale des oiseaux du golfe, et par là même conserver

l’une des plus belles ressources de cette intéressante population du bas Labrador ?

La chasse est encore une source de quelque profit pour les habitants de cette côte. Le renard, la martre, la loutre, le castor, le loup-cervier, le carcajou, le vison, le porc-épic, le rat musqué, le lièvre, sont les animaux qui abondent davantage en cette région, L’ours y est assez rare. La perdrix grise s’y rencontre assez souvent, et, tous les cinq ou six ans, la perdrix blanche. Au-dessous du cap Whittle, on trouve le caribou sur la côte même, tandis que plus à l’ouest il se tient à l’intérieur.

Malheureusement, ici encore, il y a des sujets de plaintes et d’inquiétudes.

Autrefois les sauvages passaient toute la belle saison sur le bord de la mer et s’y nourrissaient du saumon qu'ils prenaient partout ; ils en fumaient aussi pour l'hiver. Mais à présent que les endroits de pêche au saumon sont loués à des compagnies ou à des particuliers, souvent de l'étranger, cette ressource leur est enlevée, et il se voient obligés de passer presque toute l’année dans les bois, où ils vivent de la chasse. Cela n’est pas

‘beaucoup propre, évidemment, à assurer la protection du gibier,

qu’ils tuent en toute saison soit pour se nourrir, soit pour tirer parti des fourrures, afin de se procurer la farine et les autres articles dont ils ont besoin,

Les chasseurs blancs, avec bien moins de circonstances atténuantes en leur faveur, nuisent aussi de leur côté à la conservation des animaux à fourrures, En effet, ils commettent l’imprudence de se servir trop souvent de poison au lieu des fusils et des pièges. Ce procédé de chasse, outre qu’il détruit les animaux sans distinction de jeunes ou de vieux, constitue encore un danger pour le gihier, qui est exposé à trouver la mort en se nourrissant de cadavres empoisonnés.

Done, diminution des ressources tirées de la mer, diminution des profits que donnait la chasse : voilà ce qui frappe l'attention de l'observateur qui étudie la situation présente des gens et des choses du Labrador oriental. Sans compter que, pour ce qui concerne particulièrement la pêche de la morue, si nos pêcheurs labradoriens prennent aujourd’hui beaucoup moins de ce poisson, cela ne signifie pas seulement que la vente qu’ils en feront leur rapportera moins d'argent. Cela veut dire aussi qu’ils bénéficieront moins de la prime’ que le gouvernement du Canada paie annuellement à tous les pêcheurs du Canada, en proportion de la quantité de morue qu’ils prennent à l’hamecon.

Il importait, me semble-t-il, de renseigner le public sur les

sujets de plaintes de cette pauvre population du Labrador, qui n’a pas de journaux à sa disposition pour plaider sa cause, Pourtant, à notre époque, il n’y a guère que la pression de l’opinion publique qui puisse agir efficacement sur les machines vouvernementales et les mettre en mouvement dans le sens qu'il faut.

Que ceux donc qui jouissent de quelque influence sur les pouvoirs publics, veuillent bien travailler un peu dans l'intérêt de nos pêcheurs de là-bas !

Je ne reviendrai pas ici sur la question du prolongement de la ligne télégraphique du Labrador. J'ai dit assez longuement, en un autre endroit, quelle est l’importance et même l’urgence de cette entreprise. D'ailleurs, je lai dit aussi, cette question paraît avoir été résolue, au moins “en principe,” dans le sens de l’affirmative par le gouvernement d'Ottawa. On verra sans doute le fil du télégraphe s’allonger, tous les ans, de poste en

1—Au Labrador, on donne le nom de bounties aux chèques (Fishing Bounty Cheque) spéciaux par lesquels le gouvernement paie ces primes à ceux qui y ont droit,

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poste au-dessous de Natashquan jusqu’à ce qu’il atteigne enfin le détroit de Belle-Isle,

En attendant, l’on a recours, au moins une fois par année, à un moyen fort original pour se communiquer des nouvelles, C’est le matin du jour de l’an que l’on emploie ce procédé, Il faut dire que depuis plus d’un mois l’on n'a pas voisiné, soit à cause des rigueurs de la température, soit parce que c'était le temps du passage des loups marins, époque où toute navigation est interdite: car il ne faut pas risquer de mettre l’effroi parmi ces visiteurs dont la venue est fort appréciée sur la côte, Donc, au matin du 1° janvier, on voit s’allumer des feux sur les sommets les plus élevés de la côte, Tout le monde connaît la valeur de ces signaux. Le premier feu que l’on allume signifie que la santé ne laisse rien à désirer, Les autres feux qui lui succèdent donnent des nouvelles de la pêche au loup marin, puisque c’est la grande affaire de cette époque de l’année ; chacun de ces brasiers a la valeur d’un cent; un petit feu auprès d’un grand, cela indique la demi-centaine. C’est ainsi que l’on annonce à ses amis le nombre de loups marins que l’on a capturés jusqu'alors.

Cet ingénieux moyen de se parler ne doit pas être une raison pour que l’on retarde d’amener au plus tôt le fil télégraphique jusqu'au bout de ce territoire, Car, à part les nouvelles de la pêche aux phoques, il y a dans la vie bien d’autres choses à se dire, D'ailleurs les intérêts de la grande navigation, comme ceux de la pêche de toute l’année, réclament également l’insiallation de la ligne télégraphique tout le long du Labrador.

Si, encore, on avait là-bas un service postal de quelque valeur! Mais l’on n’y recoit que huit courriers par année : quatre par cométique pendant l’hiver, quatre pendant la durée de la navigation par une barge qui part de Natashquan. L'hiver, il n’est pas rare que le cométique postal retarde de deux ou trois semaines, et cela n’est pas étonnant dans un tel pays et après un pareil trajet. Mais ce que l’on ne saurait imaginer au dehors, c’est la joie que l’on éprouve dans ce pays à l’arrivée de

la poste! D'abord, il y a les impatiences et les déceptions, Ainsi, à la date du 8 février, je lis ce qui suit dans un journal tenu par une Québecquoise qui résidait au Blanc-Sablon il y a

quelques années : “ Le directeur de la poste m'a dit qu’on attend juelq | |

le courrier, cette année, avant le 16, Que de fois j'ai examiné

l'horizon! Que de fois mes regards se sont portés sur la Baie

par où le courrier doit venir! Enfin, j'ai vu quelque chose dans le lointain, et j'ai entendu que l’on criait : “11 y a un cométique sur la Baie !” Alors mon cœur s’est mis à battre comme pour

sauter hors de ma poitrine.” Mais ce n'était pas le cométique de la

| poste !— Le 10 février, on lit dans le même journal : “ Enfin ! Le A courrier est arrivé. Mais il me faut encore attendre cinq heures

” avant que l’on m'envoie mes lettres du bureau de poste... C’est

moi qui la première ai distingué le cométique sur la Baïe, et à

cette vue, mon cœur à battu plus violemment que jamais! Je brûle d’impatience !...”

Voilà ce que c’est que de ne recevoir la poste que toutes les six ou sept semaines ! Et l’on peut croire que les nouvelles que

l'on recoit si rarement sont déjà d’un bel âge quand elles

arrivent.

Le ministère des Postes du Canada ne pourrait-il pas, sans prêter le flanc à la critique, accorder à ces braves gens au moins un courrier par mois? Assurément, ce n’est pas une telle mesure qui ferait perdre à un parti politique l'honneur enviable de siéger à la droite du président de la Chambre !

kk*

Les professions libérales ne souffrent pas, dans le bas Labrador, de l'encombrement dont on se plaint qu’elles sont atteintes en d’autres régions. Il n’y a pas un seul médecin dans tout le pays situé entre la Pointe-aux-Esquimaux et le Blanc-Sablon ; aussi, l’on y vit comme on peut, et l’on meurt de même, en dehors de toute intervention de la Faculté. Il n’y à pas davantage d'avocat, ni de notaire, Tout cela rappelle vraiment l'époque des patriarches.

éceptions.

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Pas un hameau de cette région ne jouit de l’organisation municipale même la plus élémentaire, Et, ce qui est encore plus étonnant, c’est qu'il n’y a pas même de juges de paix sur cette côte,

Le seul officier de justice, dans tout ce pays du Labrador, c’est le magistrat de district nommé pour le comté de Saguenay. Mais, il ne fait que passer sur la côte une fois par année, C’est tant pis pour les gens qui commettent quelque délit après sa visite ; ils auront à attendre longtemps pour se faire juger ! Quand il survient quelque difficulté ou conflit dans les questions de pêche, le commandant du croiseur La Canadienne a l'autorité nécessaire pour en connaître,

Seuls, deux garde-pêche, qui résident l’un à Bonne-Espérance, et l’autre à Coacoacho, représentent de facon permanente la majesté des lois en ce pays reculé.

En ce temps, où l’on est à peine digne de vivre, si l’on ne sait lire et écrire, si l’on ne connaît l’histoire, la géographie, la tenue des livres, et la géométrie, et le calcul mental, et encore bien d’autres choses, il faut décrire un peu l’état de l'instruction publique dans le Labrador oriental.

Un missionnaire me racontait que dernièrement, dans un village de là-bas, dont la population catholique se compose presque entièrement de bons Irlandais venus de Terre-Neuve, les enfants à qui il venait de faire faire leur première communion le supplièrent de leur envoyer un instituteur catholique. “ Vous aurez un maître d'école, leur répondit-il, Car si je n’en peux trouver, je viendrai moi-même vous faire la classe ! — Thousand thanks, Father !”

La grande difficulté, chez les catholiques, c’est de trouver des personnes pourvues des qualités nécessaires et qui consentent à s'exiler dans ce pays lointain pour tenir des écoles.

La situation est beaucoup plus avantageuse chez les protes-

tants, En effet, les anglicans ont des écoles régulières à Saint- Paul, à La Tabatière, à la Baie-des-Moutons et à Harrington ; en outre, des “ students” se transportent d’un endroit à l’autre, et passent dans les principaux villages tout le temps qu'il faut pour donner aux enfants les rudiments de l'instruction primaire et de la science religieuse, C’est que les protestants reçoivent des sociétés bibliques d’abondants secours pour cette œuvre de linstruction populaire.

Au contraire, les missionnaires catholiques ne peuvent compter, pour l'organisation de l’enseignement chez leurs ouailles, que sur les subventions reçues du gouvernement provincial ; et ces subventions sont bien loin de sutlire à ce qu'il faudrait,

Ce qui rend l’état des choses encore plus difficile à améliorer, c’est que les familles catholiques sont rarement groupées ensemble, mais qu’elles sont plutôt échelonnées tout le long de la côte. Il n’est pourtant pas possible de créer une école pour chaque famille! Et puis, que faire lorsque tout le monde est dispersé sur les îles, durant la saison de la pêche, c’est-à-dire durant la moitié de l’année ?

Enfin, comment recruter des instituteurs et des institutrices qui, pour un salaire fort médiocre, s'en iront volontiers habiter un pays dont s’accommodent ceux qui y sont nés, mais qui paraît bien ingrat aux gens du dehors ? Le recrutement du corps enseignant est déjà, on l'a vu, bien diffcile sur la côte du Labrador de l’ouest, Que doit-il done en être du bas Labrador ?

Il y a parmi nous des gens qui, surtout depuis quelques années, font étalage d’un zèle dévorant pour la belle cause de l'instruction publique. Eh bien, voilà un coin de la Province qui s'offre de lui-même comme un digne théâtre de leur dévouement. Puissions-nous les voir s’efforcer à diriger vers ce territoire des instituteurs et des institutrices, provoquer de généreuses aumônes pour une œuvre si nécessaire, et surtout engager le gouvernement provincial à pourvoir largement aux dépenses qu'il

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faudrait faire : car, si les ressources pécuniaires étaient fournies en abondance, il serait possible d'organiser assez bien l’enseignement sur cette côte du Labrador,

Par exemple, il faudra toujours compter beaucoup sur le dévouement, qui ne s’achète pas à prix d'argent. Si la carrière de l'enseignement est partout pénible, elle le devient doublement dans ce pays, où l'éducation de famille prépare si peu les enfants à recevoir la formation scolaire, En effet, ces pauvres enfants qui n'ont jamais vu que les rochers couverts de mousses où ils vivent, qui ne connaissent rien en dehors des choses de la pêche, ont bien de la peine à saisir les explications qu’on leur donne, Presque chaque mot, dans le livre de lecture, les arrête ec les déconcerte, Leur parler de forêts, de champs, d'arbres, de jardins, de roses, de pommes, etc., c’est leur tenir un langage qu'ils n’entendent pas. À part les chiens et les animaux sauvages, tout le règne animal leur est à peu près inconnu, Tous les oiseaux, indistinetement, sont pour eux des “ gibiers.” On raconte à ce propos qu’une institutrice ayant un jour donné à un petit Labradorien une image représentant le Saint-Esprit sous la forme traditionnelle d’une gracieuse colombe, l'enfant appela aussitôt ses camarades: “Oh! venez voir, vous ôles (autres), le beau petit “gibier ” que mumzelle n’a donné !”

Après les plus copieuses explications pour faire un peu comprendre à ces pauvres enfants le sens du mot ‘“eréer,” on demandait à uu élève ce que signifie l'expression “ Créateur du ciel et de la terre.” — “Cela veut dire, répondit-il, que Jésus- Christ a bâti les anges et les hommes sans quelque chose,”

Mais voici qui fera encore mieux suisir quel est l’état intellectuel de cette jeunesse du bas Labrador, On y verra aussi quelle langne on parle là-bas. :

L’institutrice de certain hameau de l’est avait consacré une heure par jour, pendant quelques mois, à raconter à son petit peuple l’histoire de la Création. Lassée des interminables explications qu’il. fallait donner, elle avait fini par dire aux enfants, en réponse à leurs questions, que les fruits du paradis

terrestre étaient encore meilleurs que la mélasse,substance qui est pour eux l'idéal de toute saveur exquise.— Peu de jours après, ce fut l'examen, qui se fit en présence du préfet apostolique et du magistrat de district, ce dernier remplissant aussi sur la côte les fonctions d’inspecteur d'écoles. Interrogé à son tour, un bambin de douze ans raconta, de l'extraordinaire facon que voici, le commencement de l’histoire sainte,

“ Notre-Seigneur prit de la vase, et il fit Adam. Il le regarda, et dit: “Moi suis ben content, mais moi va faire quelque chose de mieux que ça ?” Et il dit à Adam: “ Dors!” Adam dormit, et Notre-Seigneur lui prit une côte et en fit Yiève (Eve). Alors, il les mit dans un beau jardin, et il leur dit : “ Vous pouvez manger de toutes ces bonnes choses, mais il ne faut pas goûter à la pomme.” Mais un gros serpent arrivit, et il dit à Yüève: “ Manges-en! C’est bon, va! c’est ben ben ? Et Yiève en mangit, et elle trouvit ca bon, et elle dit à Adam : “Si tu savais comme c’est bon ! Prends-en une petite bouchée, yienque (rien que) pour voir comme c’est bon.” Adam en mangit. Et Notre-Seioneur vint, et il dit: “Adam, ouws-que-t'es?” Adam ne réponit point. Et le bon Dieu demanda encore : “ Adam, ous-que-l’es ?”

meilleur que de la mélusse ?

Adam ne réponit point. Alors Notre-Seigneur cria : “ Crée morue ! Adam ! ous-que-l’es !” Et Adam À aviont peur, et il réponit : “ Seigneur, je n'avions pas mon butin! !”

L'histoire ajoute que l’originalité de ce récit du petit Labradorien compromit fortement, durant tout le reste de la séance d'examen, la majestueuse gravité qui règne d'ordinaire dans ces solennités scolaires.

Il faut ajouter que, malgré les conditions si défavorables où l’on est, au Labrador, reletivement à l'instruction publique, le nombre des personnes qui peuvent lire, et ruême écrire, y est plus grand qu’on pourrait le soupconner.

1—Comme chacun le sait ici, le mo butin, dans notre langue canadienne, signifie : vêtements, marchandises, effets d'ameublement, ete, Il paraît que cette expression un peu guerrière est un souvenir des exploits de nos valeureux ancêtres,

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Les intérêts religieux de cette population du Labrador inférieur exigeraient certainement qu’il y eût partout des écoles sur la côte, Car, on ne sera pas surpris de l'apprendre, l’instruetion religieuse y est réduite au strict nécessaire, Ces pêcheurs qui n’ont la visite du missionnaire que deux ou trois fois l’année, ne sont pas en mesure d'acquérir une connaissance bien approfondie de la partie dogmatique de la religion. Malgré tout, ils sont généralement de mœurs irréprochables ; l’ivrognerie, le blasphème, le vol ne sonë guère connus chez eux. On remarque que ces braves gens ont une dévotion particulière pour la Passion de Notre-Seisneur Jésus-Christ ; on les voit venir de quinze et de vingt lieues pour assister aux offices de la Semaine sainte, On m'a cité deux pêcheurs de l’anse à Diable qui — malgré l’infernale dénomination de leur séjour — faisaient quatre fois par année une marche de trente lieues pour aller se confesser et communier, Il y a en d’autres pays des paroissiens, résidant à quelques milles et même à quelques arpents de leur église, et dont de semblables exemples ne feront pas l'affaire au tribunal du souverain Juge !

Sur la question de la desserte religieuse, comme pour celle des écoles, la condition des protestants est aussi bien plus avantageuse que celle des catholiques. En effet, les missionnaires protestants recoivent ur, traitement qui les met en mesure de se procurer des embarcations commodes et sûres, et de s’assurer les services d’un marin expérimenté qui les conduit où ils veulent aller; on voit même leurs coreligionnaires leur fournir des embarcations à vapeur pour l'exercice de leur ministère, Le missionnaire catholique, Ir, est tout à fait dépourvu de ressources suffisantes; tout son revenu consiste en une capitation généralement mal payée, jointe aux quelques secours que lui donne l'Œuvre de la Propagation de la Foi, dont les moyens sont loin de suffire à ce qu’il faudrait,

Aussi, le pauvre prêtre est-il réduit à mendier souvent ses transports d’un poste à l’autre, à voyager dans de misérables embarcations, exposé à compromettre sérieusement sa santé. Pour la mission d'été, surtout, il lui est encore plus difficile de se faire 5 transporter d’un endroit à l’autre, les hommes étant tous occupés À à la pêche.

Pourtant, en dépit de conditions si défavorables, et malgré le travail des protestants, les catholiques conservent au moins leurs positions. Mais il est grand temps, si l’on veut y sauvegarder les intérêts de la vraie religion, il est grand temps que

4: l’on vienne au secours de ces missions’. Le grand danger pour d 4 l'Église catholique, en ces endroits, c’est l'ignorance absolue où | reste la jeunesse, faute d'écoles où elle puisse s’instruire, Le gouvernement provincial, mis au fait de cet état lamentable de l'instruction publique dans un vaste territoire, ne se résoudra-t-il pas à tenter un grand eifort pour y porter remède ?

Les autorités ecclésiastiques, qui certes font bien tout leur possible afin de pourvoir au salut des âmes de cette région, ont donné de sérieuses garanties à l'avenir religieux de ce pays en

y installant, depuis quelques années, des missionnaires ré- Æ « sidants. s

Autrefois, les évêques envoyaient chaque été des prêtres sé- $ culiers ou réguliers qui parcouraient tous les postes et y t

distribuaient les secours religieux ; plus tard, les missionnaires de Natashquan furent chargés de la desserte de tout le pays jusqu’au Blanc-Sablon (éloigné d'environ 250 milles de Natash-

quan).

Voici la liste, aussi exacte que j'ai pu la trouver, des missionnaires qui ont exercé le saint ministère en cette région du bas Labrador, dans l’une ou l’autre des conditions que je viens

d'exposer :

1—Durant l’étéde 1898, $. G. Mgr Labrecque fera la visite pastorale de la côte du bas Labrador, où l’on n’a encore jamais vu d’évêaque catholique.

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. F. Desruisseaux, 1847, 1848.

. J, Bonenfant, 1849.

Bélanger, 1851, 1852, 1853.

R. P. F.-X. Pinet, O.M.I, 1854, 1855, 1856.

R. P, F. Coopman, O.M.T., 1857, 1858.

. J.-B.-A. Ferland, 1859.

. P, A.-A. Pallier, O.M.I. 1858.

J.-R.-L. Hamelin, 1859.

. F.-X, Plamondon, 1860,

. J.-U. Fournier, de 1861 à 1864.

Perron, 1865,

. J.-J, Auger, de 1866 à 1868.

. L. Arpin, de 1869 à 1871.

M. J. Gagné, de 1872 à 1875.

M. J.-A.-P. Fortier, 1874.

M. U. Saint-Laurent, de 1875 à 1377.

M. J.-A. Chalifour, de 1878 à 1880.

M. A-B. Côté, de 1881 à 1883.

ss

LeLEzrE

Il faut sans doute ajouter, à cette liste les RR, PP, Arnaud et Babel, qui ont parcouru plusieurs fois tout le Labrador, soccupant surtout des missions montagnaises, mais donnant aussi les secours de leur ministère aux blancs qu’ils rencontraient.

Enfin, en l'automne de 1883, M. l'abbé Pierre Théberge, tout récemment ordonné prêtre, fut nommé missionnaire résidant de cette desserte du bas Labrador. Il exerca cet apostolat durant onze années, obligé dans les derniers temps d’aller passer l'hiver à Québec dans l'intérêt de sa santé, fortement compromise par les travaux d’un ministère si pénible, Mais, pendant ces hivers, la population labradorienne ne fut pas entièrement privée de secours religieux. En effet, à cette saison, la visite des postes fut faite, en 1890, par M. P. Ouellet ; en 1891 et 1892, par M, A. Vaillancourt ; en 1893, par M. C. Simard,

Les résultats obtenus ne tardèrent pas à moncrer la sagesse

de la décision que lon avait prise, de nommer un prêtre résidant dans le bas Labrador, Il faut dire aussi que c'était un véritable apôtre de Jésus-Christ que l’on avait choisi pour cette mission difficile ! Il serait long, et bien édifiant, de raconter en détail tous les travaux que s’imposa M. Théberge pour le salut des âmes qui lui étaient confiées. Je crois qu'il suffira, pour indiquer au moins quels furent le dévouement et le zèle apostoliques de ce missionnaire, de citer le passage suiv nt d’un document signé par le préfet apostolique du goife Saint-Laurent: “ Pour organiser la mission dont ce prêtre fut chargé, il y dépensa tout son avoir per-

sonnel qui était considé-

able, bâtissant ou réparant

des chapelles, les munissant

à ses frais de vases sacrés,

ornements, lingerie, cloche

même, En même temps, il

évangélisait cet immense

territoire, y convertissait bon

nombre de protestants, le

tout au prix des courses les

plus pénibles et de voyages

constants, même de fré-

quents dangers sur terre et

sur eau.” En témoignage

M. L'ABBÉ P. THÉBERGE, de satisfaction pour des tra- Missionnaire apostolique. vaux si méritoires, N. S.-P.

le pape Léon XIIT donnait à M Théberge, le 12 octobre 1890,

le titre honorable de missionnaire apostolique.

Après avoir signalé, dans la première partie de cet ouvrage, l'œuvre de l’apôtre des Montagnais, il m'est agréable, à la fin de ce livre, de rendre hommage à l’apôtre du Labrador !

M. D. Tremblay fut, durant l’année 1893-94, chargé de la partie ouest du bas Labrador, ayant sa résidence à La Tabatière.

1—Archives de la Préfecture.

‘ un prêtre e c'était un i pour cette raconter en our le salut suffira, pour zèle aposuiv nt d’un int-Laurent:

hargé, il y n avoir perit considéou réparant s munissant rases sacrés, serie, cloche me temps, il t immense rertissait bon otestants, le courses les

de voyages ie de frésur terre et témoignage our des traes, N. S.-P.

tobre 1890,

et ouvrage, ble, à la fin or !

argé de la à Tabatière.

M. Théberge avait toujours résidé à N.-D. de Lourdes de Blanc-Sablon, d’où il parcourait toute la desserte qui lui était confiée.

En 1894, M. G. Gagnon succéda à M. Théberge, et résida à La Tabatière, ayant pour vicaire M. Edm. Bossé. Ce dernier, l’année suivante, remplaca comme desc:rvant de toute la côte M. Gagnon qui, par défaut de santé, ne put rester qu’une année en ce pays.

Enfin, en 1896, M. A. Delay, prêtre francais dont j'ai déjà parlé, fut envoyé sur la côte comme assistant de M. Bossé dans la desserte de cette mission si étendue,

Il est permis d'espérer que la présence, définitivement 1ésolue, de deux prêtres dans cette région du bas Labrador assurera les résultats déjà obtenus, conservera et développera la foi et la piété parmi cette population misérable, qui a besoin d’abondantes joies spirituelles, privée qu’elle est des jouissances matérielles de ce monde, Il faut surtout assurer la vie bienheureuse de l’éternité à ces pauvres gens, dont la vie présente est toute de privations et de fatigues ! Sans compter que le maintien de la foi et des bonnes mœurs dans une population, est le meilleur et même lunique moyen d’en faire un peuple soumis aux lois civiles, rempli d'amour, de dévouement et, au besoin, d’héroïsme pour la patrie terrestre,

TABLE DES MATIÈRES

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