‹ LacenaireChapitre 49 sur 51 · CHAPITRE XLin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLin

Le dernier jour d'un condamné.

Le 8 janvier, à neuf heures du soir, il s'endormit d'un profond sommeil, comme à son ordinaire.

A dix heures, le directeur de la Conciergerie entra dans son cachot en lui disant ;

— Eh bien! Lacenaire, je ne croyais pas que nous nous quitterions si tôt; il faut vous h,'i])iiler; on va vous transférer à Bicêtre.

— Allons, monsieur Lebel, allons! tant mieux, lui répondit Lacenaire ; que cela finisse; je ne demande qu'une chose, c'est que ce soit pour dem.ain... Youlez-vous me permettre d'écrire trojs lignes avant que de sortir d'ici?

Il s'approcha de la table et traça d'une main assurée

les lignes qui suivent, les dernières qu'il ait écrites :

8 janvier 1836, ù la Conci&rgerit», dix lieures du soir.

» On vient me chercher pour Bicêlre. Demain sans « doute ma tête tombera. Je-suis forcé, malgré moi, d'in- « terrompre ces Mémoires, que je confie aux soins de mon « éditeur. Le procès complète les révélations. — Adieu

« à tous les êtres qui m" ont aimé et même à ceux qui me • maudissent : ils en ont le droit. Et vous qui lirez ces « Mémoires, où le sang suinte à chaque page, vous qui « ne les lirez que quand le bourreau aura essuyé son « triangle de fer que j'aurai rougi, oli ! gardez-moi quel- « que place dans votre souvenir , adieu!»

Il déclara ensuite être prêt à partir, et, donnant carrière jusqu'au bout à ses pensées littéraires :

— M. Victor Hugo, dit-il à un greffier présent, a fait un beau livre sur le dernier jour d'un condamné. Eh bien! je suis sur que si on m'en laissait le temps, ye l'enfoncerais... Et cependant, quoiqu'on en dise, M. Hugo a bien du talent !

Lacenaire, à qui l'on venait de passer la camisole de force pour cette suprême circonstance, s'excusa de ne pouvoir reconduire cérémonieusement les visiteurs, selon son habitude, jusqu'à la porte de sa cellule.

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