‹ Lacordaire (volume 2)Chapitre 14 sur 15 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Lacordaire reprenait le provincialal dans des conditioaspartîculièremeDtdîfficiles.Soussonprédécessear la province avait été profondément troublée par la question de la stricte observance. Le P. Danzas était, comme le P. Jandel, comme le P. Besson, désireux de rétablir l'Ordre dans sa primitive austérité ; comme eus, il pensait qu'apporter des tempéraments de prime abord, comme l'avait fait Lacordaire, sans attendre que l'expérience eût irrémédiablement prouvé que le maintien dans toute sa rigueur de l'ancienne discipline était décidément impossible, c'était introduire un germe funeste de relâchement qui ne pouvait que se développer avec le temps. Lacordaire jugeait au contraire que le danger était précisément d'Imposer des conditions véritablement trop dures et dont on serait sans doute obligé de se relâcher. Il n'admettait pas que l'on pût prétendre réformer

un ordre restauré à peine depuis quelques années et qui était encore dans toute la ferveur d'une nouvelle institution.

Ces dissentiments, dont la manifestation étail allée en s*accentuant, Pavaient fait tenir à l'écart et presque en suspicion par le nouveau provincial et le nouveau général, l'un et l'autre pourtant ses disciples. Mais la province de France n'était point dans les mêmes sentiments. Les religieux, qui avaient beaucoup aimé le P. Danzas comme maître des novices, Taimaient moins comme provincial ; et il y eut un douloureux étonnement quand le P. Jandel écrivit contre la province de France une sorte de réquisitoire et manifesta l'intention de la scinder en deux provinces, Tune qui aurait pour centre un couvent fondé en 1857 à Lyon par le P. Jandel même, et qui comprendrait d'abord les couvents de Chalais et de Toulouse ramenés tous à la stricte observance, et l'autre qui conserverait l'observance mitigée du P. Lacordaire.

Celui-ci ne pouvait assister qu'avec chagrin à de semblables mesures. Établir des couvents de stricte observance, n'était-ce pas déclarer et laisser croire aux yeux du monde que les autres étaient dans le relâchement et la mollesse ? n'était-ce pas jeter sur eux le discrédit et rendre plus difficile Tceuvre même d'apostolat à laquelle ils avaient

DERNIÈRES ANNÉES ET MORT voué leurs forces et leurs vies ? Bîeu qu'il à ceux qui lui témoignaient du regret de ce sions, comme Foisset, que de semblables denees sur le plus ou moins de vérité pratiq taîent toujours produites au temps des foui ou des restaurations d'Ordres, bien qu'il contre ces amertumes, il ne put s'empêchi manifester quelque chose quand on vint I de reprendre le gouvernement de la provint mit pour conditions l'agrément du gêné la manifestation de cet agrément par une Ict blique ; l'assurance d'être soutenu dans se par la bienveillance du général ; la reconnai publique par celui-ci de la légitimité de V vance de France ; enfin le droit de résider rèze, auquel il s'était invinciblement attacbé. n'accepta point d'abord ces conditions, et il que le Conseil de la province envoyât au p mémoire pour réclamer l'unité d'observanc le P. Besson fût venu en France pour se compte de l'état des choses et des esprits ; chapitre réuni par ses soins eût postulé le 1 cordaire comme provincial pour que Pie décidât à laisser la province de France si direction de son fondateur. Mais Lyon ga stricte observance et devint plus tard le cbe: nouvelle province.

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En acceptant c'était un véritable sacrifice que faisait Lacordaire. Il ne pouvait songer à abandonner le vicariat général du Tiers-Ordre enseignant ; il ne voulait pas davantage quitter la direction de son cher Sorèze; en assumant le provincîalat, c'était donc un surcroît de charges qu'il imposait à ses forces usées déjà par tant de travaux apostoliques et par les austérités auxquelles il se livrait pour se sanctifier par une pénitence perpétuelle.

Ce sont les révélations d'un de ses disciples les plus aimés, de celui qui, aux derniers jours de sa vie, fut son bras droit, son confident, son soutien, qui nous ont livré le secret de sa vie intime. C'est dans l'ouvrage du P. Chocarne qu'il faut aller chercher le récit de ces macérations, de les mortifications, qui dans notre époque amollie, où les corps affaiblis fuient avec terreur jusqu'à la pensée de la douleur physique, où les volontés émoussées ne savent plus dominer ces émotions de la chair, excitent Tétonnement, les murmures, la répulsion non pas seulement des mondains, mais de chrétiens même fervents. Les limites étroites qui nous sont assignées ne nous permettent pas d'entrer là-dessus dans quelques développements. Mais nous n'aurions donné qu'un portrait faux et menteur du grand dominicain, si nous n'avions

pas signalé, au moins d'un mot, ce trait de son caractère et ce côté de sa vie. C'est par ce châtiment infligé sans relâche à son corps qu'il parvint à dompter tout ce qu'il y avait en lui de trop humain et qu'il put donner à l'énergie de son caractère, à la force de sa volonté, aux puissances de son âme leur plein et entier épanouissement. Mais il convient d'ajouter qu'aussi sage que généreux, sans cesser d'entretenir chez ses religieux l'esprit de tnortification, il savait prévenir ou arrêter chez eux les excès d'un zèle imprudent qui aurait pu compromettre leur santé, et par un affaiblissement exagéré de leurs forces les rendre inhabiles au ministère auquel ils entendaient se consacrer.

Deux fondations importantes marquent le second provincialat de Lacordaire : celle d'une maison d'études à Saint-Maximin et celle d'un couvent à Dijon. L'âpreté du climat rendait le séjour de Chalais extrêmement pénible, et bien que Lacordaire fût très attaché à cette maison dont la situation éminemment pittoresque lui plaisait, il dut céder aux vœux de ses religieux et chercher un climat plus doux où la santé des étudiants serait moins menacée. C'est alors que le provincial songea à restaurer le couvent de Saint-Maximin en Provence, l'un des plus célèbres de l'Ordre.

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