‹ Lacordaire (volume 2)Chapitre 7 sur 15 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Jean-Baptiste-Henrî Lacordaire naquit le 22 floréal an X (13 mai 1802), à Recey-sur-Ource, petit chef-lieu de canton de rarrondissement de Châtillon-sur-Setne, dans la Côte-d'Or, où son père, Nicolas Lacordaire, s'était acquis quelque réputation comme officier de santé. Originaire de Bussières-lez-Belmont (arrondissement de Langres, canton de Fayl-Billot), Nicolas avait quité le pays natal pour ne point faire concurrence à son frère Alexandre, médecin comme lui.

Henri fut baptisé le jour même de sa naissance par Tabbé Le Blond, desservant de la paroisse de Lucey, et non pas, comme on s'est

plu à le répéter après le P. Chocarne, par cet abbé Magné auquel Nicolas Lacordaire avaît eu le courage d'assurer une retraite dans sa maison, pendant la tourmente révolutionnaire (1).

Orphelin de père dès l'âge de quatre ans, c'est sous l'influence prépondérante de sa mère qu'Henri fit sa première éducation. Épouse en secondes noces de Nicolas Lacordaire, Anne Dugied demeura veuve après six années de mariage, avec quatre enfants dont le dernier était encore à naître. Malgré la médiocrité de ses ressources, insuffisantes pour lui assurer l'aisance, elle sut satisfaire à la lourde tâche d'élever quatre garçons et de les mettre en mesure d'acquérir des positions honorables. Fille d'un conseiller au Parlement de Dijon, elle avait conservé l'esprit et les traditions des vieilles familles parlementaires ; elle en avait hérité la dignité de la vie, le vif sentiment de l'honneur et une austérité presque rigide. Peu expansive dans son affection, elle n'hésitait point à traiter ses enfants avec une sévérité qui excitait parfois les murmures des étrangers. Le régime auquel ils étaient soumis n'était

(1) L'acte de baptême a été publié par M. H. Villard, Correspondance inédite du P, Lacordaire (2« éd., Paris, Palmé, 1876, in-8"»), p. 473, et par M. Foisset, dans les appendices du t. I de sa Yie du R. P, Lacordaire,

rien moins que délicat : c'est ainsi qu'en hiver elle lie permettait point de leur chauffer les pieds avant de les mettre au lit. Mais si elle traitait leurs corps avec rudesse, elle apportait tous ses soins à développer en eux les dons de l'intelligence et de l'âme, à leur inculquer de solides principes d'honneur et de foi. Elle leur lisait ou faisait lire, avec les Livres saints, les auteurs classiques et surtout Corneille et Racine.

Les relations qu'elle avait conservées à Dijon, l'assurance d'y trouver des facilités pour donner à ses chers enfants une instruction plus soignée, la décidèrent à vendre en 1808 la maison de son mari à Recey. Mais, avant de retourner à Dijon elle alla passer dix mois chez son beau-frère à Bussières, C'est là qu'Henri commença sérieusement ses études, allant chaque jour à Belmont s'instruire des premiers éléments des langues latine et française auprès d'un certain Liébeaux, ancien curé de Bussières, jureur pendant la Révolution et qui devint plus tard juge de paix d'Arcen-Barrois. Tout imprégné des idées religieuses dont sa mère avec rempli sa jeune âme, Henri prenait un plaisir particulier à dire la messe sur un petit autel dressé dans le vestibule de la maison.

Ce goût de piété se développa encore quand sa

mère se fut établie ù Dijon, rue Jeanniù, 43. Ce n'était plus seulement la messe qu'il disait ; c'étaient (les sermons qu'il prononçait devant ses frères et quelques enfants, avec une véhémence telle que sa bonne, l'une de ses auditrices, en demeurait tout effrayée. Dès qu'il eut atteint ses sept ans, sa mère le conduisit à confesse au curé de Saint-Michel, sa paroisse ; et cette première entrevue avec le vénérable M. Deschamps fit sur rame tendre et pieuse de l'enfant une impression (( pure et profonde », qu'il n'oublia jamais.

Malheureusement il dut bientôt quitter la petite école où il faisait ses classes, pour entrer au lycée de Dijon, où sa mère avait obtenu pour lui une demi-bourse. Moins encore peut-être alors qu'auiourd'hui, l'Université n'était ni une école de foi, ni une école de mœurs. Maîtresse souveraine de l'éducation grâce au monopole, elle n'avait pas assez à lutter contre la saine et bienfaisante concurrence de l'école libre qui l'aurait obligée à se surveiller davantage. Le rétablissement officiel du culte catholiqueen France par leConcordatn'avait point restauré l'esprit chrétien dans notre patrie ; le cierge, qui avait peine à se recruter, demeurait par là même au-dessous de sa tâchç, et n'était malheureusement pas soutenu par l'affection générale. Le souffle chrétien n'animaitpas les établissements

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