PRÉFACE
Il faut à la gloire l'épreuve du temps. Rien ne dure en effet dans l'estime des hommes, sinon ce qui le mérite, et c'est le destin des médiocrités de perdre tôt ou tard la place qu'elles avaient usurpée, grâce à des engouements parfois aussi prompts à se dissiper qu'à se produire. Le bon sens ne saurait perdre ses droits, et le dernier mot doit lui rester.
« Les hommes de génie, a dit Victor Hugo, n'ont jamais que le lendemain : mais ils l'ont toujours » : ce qui est également vrai de l'héroïsme et de la sainteté. La raison en est que, pour être bien jugée, il faut à la grandeur le recul des distances ou des années, comme il faut à la force le choc répété des orages ou des passions. Vues de trop près, les grandes âmes et les grandes œuvres courent risque de n'être pas bien comprises, parfois même d'être méconnues, en raison de leur sublimité qui déconcerte ou même irrite ceux