I. XXII0 conférence de Notre-Dame
un prêtre veut être tranquille et jouir de ce monde, son chemin est tout tracé : qu'il cède, qu'il se retire devant la souveraineté humaine : qu'à chaque exigence il agisse en prêtre païen au lieu d'agir en piètre chrétien : les honneurs, la piété publique, le renom de tolérance, la faveur de l'opinion l'entoureront a l'envi, et même il ne lui faudra pas beaucoup d'habileté pour voiler sa faiblesse et sauver les apparences de la dignité pontificale et catholique. -Mais qu'un pauvre prêtre tienne à sa conscience plus qu'à sa vie, qu'il en défende l'entrée aux efforts de la souveraineté humaine, c'est là que commence le martyre douloureux de combattre ceux qu'on estime et ceux qu'on aime, et déboire au calice d'une haine d'autant plus imméritée qu'on travaille et qu'on souffre pour ceux-là mêmes qui vous poursuivent K
Le Dante commence ainsi sa divine épopée : « Du milieu du chemin de la vie, je m'éveillai seul au milieu dune forêt profonde. » Je suis parvenu, messieurs, à ce milieu du chemin de la vie où l'homme se dépouille du dernier rayon de sa jeunesse et descend par une pente rapide aux rivages de l'impuissance et de l'oubli ; je ne demande pas mieux que d'y descendre, puisque c'est le sort que l'équitable Providence nous a fait, mais du moins, à ce point de partage des choses d'où je puis voir encore les temps qui vont finir, vous ne m'envierez pas la douceur d'y. jeter un regard, d'évoquer devant vous, qui fûtes les compagnons de ma route, quelques-uns des souvenirs qui me rendent si chers et cette métropole et vous. C'est ici, quand mon âme se fut ouverte à la lumière de Dieu, que le pardon descendit sur mes fautes, et j'entrevois l'autel où sur mes lèvres fortifiées par l'âge et purifiées par le repentir, je reçus pour la seconde fois le Dieu qui m'avait visité à l'aurore première de mon adolescence.
C'est ici que, couché sur le pavé du temple, je m'élevai par degrés jusqu'à l'onction du sacerdoce, et qu'après de longs détours où je cherchais le secret de ma prédestination, il me fut révélé dans cette chaire, que depuis dix-sept ans vous avez entourée de silence et d'honneur. C'est ici qu'au retour d'un exil volontaire je rapportai l'habit religieux qu'un demi siècle de proscription avait chassé de Paris, et que, le présentant à une assemblée formidable par le nombre et la diversité des personnes, il obtint le triomphe d'un unanime respect. C'est ici qu'au lendemain d'une révolution, lorsque nos places étaient encore couvertes des débris du trône et des images de la guerre, vous vîntes écouter de ma bouche la parole qui survit à toutes les ruines et qui, ce jour là, soutenue d'une