LE BIENHEUREUX REGINALD
Réginald parut dans Bologne le 21 décembre 1218, à son retour de la Terre Sainte, et bientôt la ville fut ébranlée jusque dans ses fondements. Rien n'est comparable à ces succès de l'éloquence divine.
Réginald en huit jours était maître de Bologne. Des ecclésiastiques, des jurisconsultes, des élèves et des professeurs" de l'Université entraient à l'envi dans un ordre qui la veille encore était inconnu ou méprisé. De grands esprits en vinrent jusqu'à redouter d'entendre l'orateur, de peur d'être séduits par sa parole. « Lorsque frère Réginald, de sainte mémoire, autrefois doyen d'Orléans, dit un historien, prêchait à Bologne, et attirait a l'ordre des ecclésiastiques et des docteurs de renom, maître Monéta, qui enseignait alors les arts et était fameux dans toute la Lombardie, voyant la conversion d'un si grand nombre d'hommes, commença à "s'effrayer pour luimême. C'est pourquoi il évitait avec soin frère Réginald, et détournait de lui ses écoliers. Mais le jour de la fête de saint Etienne, ses élèves l'entraînèrent au sermon, et comme il ne pouvait s'empêcher de s'y rendre, soit à cause d'eux, soit pour d'autres motifs, il leur dit : — .Allons d'abord à Saint-Procul entendre la messe. — Ils y allèrent, en effet, entendirent non pas uni' messe, mais t rois. Monéta faisait exprès de traîner le temps en longueur pour ne pas assister à la prédication. Cepen-
dant ses élèves le pressaient, et il finit par leur dire : — Allons, maintenant. — Lorsqu'ils arrivèrent à l'église, le sermon n'était pas encore achevé, et la foule était si grande, que Monéta lut. obligé de se tenir sur le seuil. A peine eût-il prêté l'oreille qu'il fut vaincu. L'orateur s'écriait en ce moment : — Je vois les deux ouverts !. Oui, les eieux sont ouverts, à qui veut voir et a qui veut entrer ; les portes sonl ouvertes a qui veut les franchir. Ne fermez pas votre coeur et votre bouche, et vos mains, de peur que les cieux ne se ferment aussi. Que tardez-vous encore '.' Les cieux sont ouverts. Aussitôt que Heginald fut descendu de chaire. Monéta, touché de Dieu, alla le trouver, lui exposa son état et ses occupations, et fit vœu d'obéissance dan mains. Mais comme beaucoup d'engagements lui ôtaient sa liberté, il garda encore l'habit du monde pendant une année du consentement du frère Réginald, et cependant il travailla de toutes ses forces a lui amener des auditeurs et des disciples. Tantôt c'était l'un, tantôt l'autre, et chaque fois qu'il avait fait une conquête, il semblait prendre l'habit avec celui qui le prenait. »