DE L'ONCTION DE JÉSUS PAR MARIE-MADELEINE
Peu de pages de l'Évangile ont laissé au cœur des-hommes un trait aussi pénétrant, et sans doute aucune amitié n'a commencé sur la terre comme celle-ci. Du sein de l'abjection la plus profonde où puisse tomber son sexe, une femme lève les yeux vers la pureté divine et ne désespère pas de la beauté de son âme. Pécheresse encore, elle a reconnu Dieu dans la chair du fils de l'homme, et, toute couverte de sa honte, elle conçoit la pensée d'arriver jusqu'à lui. Elle prend dans un vase d'albâtre, symbole de lumière, un parfum précieux. Peutêtre était-ce le vase où elle avait puisé jusque-là le relief de ses criminels attraits, et ce parfum qu'elle emporte pour un autre usage, peut-être y avait-elle cherché pour elle-même un accroissement de ses honteux plaisirs. Elle avait tout profané, et elle ne pouvait présenter à Dieu que des ruines. Aussi elle entre sans prononcer une parole, et elle sortira de même. Repentante, elle ne s'accusera pas devant celui qui sait tout ; pardonnée, elle n'exprimera aucun sentiment de gratitude. Tout le mystère est dans son cœur, et son silence, qui est un acte de foi et d'humilité, est aussi le dernier effort d'une àme qui surabonde et ne peut rien de plus....
Gela fait, la pécheresse s'enhardit... Elle ouvre l'albâtre, qui contient avec le parfum les suaves images de l'immortalité, elle le répand sur les pieds du Sauveur, et la maison se remplit de la vertu qui sort du vase fragile et du vase immortel. de l'albâtre et du cœur.
Qui le croirait ? l'homme n'a pas compris ce spectacle : il n'a compris ni le repentir, ni l'expiation, ni l'amour, ni le pardon, et sa seule pensée est un doute sur le Dieu qui vient de donner de sa présence une si pénétrante révélation.
C'est alors que commence entre Jésus-Christ et le pharisien ce sublime dialogue qui s'ouvre par ces mots : Simon, fai quelque chose à te dire, et qui se termine par ceux-ci : Beaucoup
de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé. Ah ! ce n'est pas en vain que la postérité Ta entendu. Ce n'esl pas en vain que de tels actes et de tels accents ont illuminé notre pauvre nature. Non, chastes larmes de la pécheresse convertie, cheveux flottants sur les pieds du Sauveur, baisers doux et amers de la pénitence, parfum répandu sur la chair sans tache du Dieu-Homme, non, vous n'avez point été stériles ! Des générations sont venues à la trace de cet ineffable commerce entre le péché et la Justice, entre la mort éternelle et la vie éternelle. D'autres Maries se sont levées de la couche du vice ; elles ont, de siècle en siècle, abordé les pieds encore humides du Sauveur des hommes ; elles y ont pleuré à leur tour, elles y ont à leur tour attaché les nœuds de leur chevelure ; elles y ont offert les baisers d'une pudeur acquise dans le remords, et versé le parfum demeuré au fond du vase où la première Marie l'avait déposé. Le monde l'a vu ; ennemi de la pureté qui renaît de ses cendres, et, tout aveugle qu'il est, il a compris pourquoi Jésus voulant se choisir des amis sur la terre, avait appelé la pécheresse après avoir élu la chasteté de saint Jean, et il a pardonné à celui qui prononça sur une femme perdue cette adorable absolution : Beaucoup de péchés lui sont remis parce quelle a beaucoup aimé. O mon Dieu, vous êtes Dieu, car vos paroles ont créé des vertus, et votre amitié pour une pécheresse a créé des saints. .