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NOTRE MÈRE, LA SAINTE ÉGLISE

L'Église véritable, celle qui dès l'origine a pris le titre de catholique, que nul en dix-huit siècles n'a osé lui disputer une seule fois, l'Église véritable, divinement instituée pour enseigner le genre humain, a seule constitué une autorité universelle, malgré l'elîroyable difficulté de la chose. Tout l'empire romain s'est ligué contre cette immense autorité qui naissait partout, et malgré la persécution, dès les premiers temps, l'Église catholique dépassait les limites de l'empire romain : elle pénétrait en Perse, en Ethiopie, dans les Indes, en Scythie. Après qu'elle eut subjugué l'empire romain et passé au delà, les barbares vinrent anéantir l'unité temporelle fondée par Rome païenne, et l'Église catholique, pendant que toutes les nations changeaient et se fractionnaient, étendit son unité et son universalité, partout où la force rompait les membres de l'ancienne société, et de plus elle alla chercher les barbares jusque dans leurs forêts pour les amener au pied du même autel et de la même chaire. De nouveaux mondes se découvrirent : l'Église y fut aussi vite que les conquérants. Les Indiens de l'Occident et de l'Orient connurent Jésus-Christ, et le soleil ne se coucha plus dans le royaume de la vérité. Le protestantisme, en essayant de briser l'unité et l'universalité catholiques, n'a fait, par le spectacle de ses divisions, que prouver de nouveau l'impossibilité où sont les hommes de fonder avec leur propre vertu une église universelle.

Il faut vaincre, en effet, pour cela la jalousie de l'autorité temporelle, la diversité des langues, des mœurs, des préjugés, les inimitiés de nation à nation, et enfin par-dessus tout l'indépendance des esprits, cette indépendance qui n'est que la soumission à défausses autorités, mais à des autorités cpii flattent l'orgueil et semblent s'appuyer sur la raison de chacun. Jamais l'erreur ne vaincra ces divers obstacles, parce que l'erreur, étant tout à la fois orgueil de l'entendement et contradiction logique, ne peut unir ni les esprits' ni les volontés. L'unité seule de l'Église, cette unité unique dans le monde, est une preuve irrécusable de sa divinité : l'Église est catholique, donc elle est vraie.

Mais ce qu'il faut bien remarquer, c'est que la catholicité de l'Église n'embrasse pas seulement les diverses nations du globe : elle embrasse aussi dans les mêmes liens spirituels l'enfance, le peuple, les gens éclairés, les forts et les faibles. Tous, sans distinction, ont les mêmes symboles et la même foi; au lieu que la philosophie n'embrassait que les hommes instruits, et que les religions païennes n'embrassaient que le peuple l.

1. Cohérences de Notre-Dame de Paris, année 1835. Proiuière conférence.

LA PRIMAUTÉ DE SAINT l'IERlU:

Jésus-Christ choisit ses apôtres non parmi les oppresseurs de l'intelligence, mais parmi les opprimés, non parmi les philosophes et les savants, mais parmi les pau\res et les simples. Un jour, se promenant sur les bords d'un lac de Galilée, il aperçut deux pécheurs, et il leur dit : Suivez-moi. ie ferai de vous des pêcheurs d'hommes. Et tels furent les premiers libérateurs de l'esprit humain....

L'apostolat était fondé..., tous ces hommes allaient partir pour répandre l'Évangile sous les quatre vents du ciel. L'Église cependant n'avait point encore tous les éléments nécessaires à l'universalité : car qui retiendrait dans un seul faisceau, dans une seule doctrine, tous ces apôtres dispersés ? Qui empêcherait les Églises particulières de devenir, avec le temps, diverses et opposées ? Qui les mettrait en communication les unes ayee les autres ? Il n'y a point d'universalité sans unité. Il fallait donc un centre à l'apostolat, un chef unique aux apôtres et aux évèques, leurs successeurs. Cette pensée était encore plus hardie, plus neuve que celle de l'apostolat. Quoi ! Un seul chef à tout l'univers ! Quoi ! Placer sur la tète d'un seul homme une autorité contre laquelle pourraient un jour avoir à combattre tous les princes de la terre ! Constituer l'unité sur une tète qu'un coup d'épée peut faire tomber ! Cela était neuf. hardi, impossible, et cependant cela est. Non loin du lieu où siégèrent par la force des armes, les dominateurs du monde ancien, siège un vieillard dont la voix commande et est respectée non pas seulement dans les limites du plus grand empire humain qui ait jamais existé, mais en deçà et au delà de toutes les mers. Il a traversé non pas un siècle, mais dixhuit siècles. Il a vu s'élever contre lui des schismes, des hérésies, des rois, des républiques, et il est demeuré ferme sur le tombeau qui fait sa puissance, ayant pour toute garde cette courte parole : Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église l.

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