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Lacordaire journaliste (1830-1848)

Il y a quelque dix ans, un certain nombre de prêtres, convaincus de faire œuvre utile, se sont jetés de plein cœur dans la mêlée des idées : écrivains, ils sont entrés dans la presse ; orateurs, ils ont pénétré dans les clubs. D'aucuns leur en ont fait et leur en font encore un crime; d'autres ne savent comment les féliciter de ce qu'ils appellent une sainte audace. Si je ne croyais employer une expression trop connue, je dirais que ces novateurs et ces vaillants ne méritent

Ni cet excès d'honneur ni cotto indignité.

En effet, on n'a peut-être pas suffisamment remarqué que d'autres avant nous, prêtres aussi, avaient affronté les fatigues du journalisme et les mugissements des réunions publiques. Comme nous, ils ont été vilipendés par leurs adversaires et critiqués par leurs amis, et c'est à eux, que nous devons de pouvoir répandre, non pas, certes, sans opposition, mais avec une certaine liberté, des idées jugées téméraires à leur époque, acceptées en partie de notre temps, et qui seront, aux jours de nos petits-neveux, pleinement en honneur.

Parmi ces illustres et courageux qui ont marché avant nous, se sont servis de la presse pour défendre l'Église

et semer la vérité religieuse, il faut compter les hommes de l'Avenir et en particulier Lacordaire.

Nous disons, en particulier Lacordaire, parce que, au milieu de ses compagnons d'armes, il a pris une place prépondérante et que, durant près de vingt ans, de 1830 à 1848, il a fait, tenté de faire, directement ou indirectement, œuvre de journaliste, de prêtre journaliste.

C'est cette œuvre entreprise par Lacordaire dans l'Avenir, dans l'Ère nouvelle et ailleurs, que nous allons étudier K

i. Nous avons essayé de recueillir les articles écrits par Lacordaire en différents journaux. Nous espérons avoir réussi ; on les trouvera ci-après, dans l'ordre où ils ont payu. Il est possible que quelques-uns nous aient échappé ; mais nous pouvons affirmer que nous n'en avons reproduit aucun sans nous être assuré de son authenticité. Ceux qui nous ont laissé cj[uelque doute, nous les avons omis, remettant à plus tard, ou <à la l)ienveillance de quelque ami érudit le soin de nous fournir la preuve qu'ils émanent vraiment de Lacordaire.

AVANT U a AVENIR »

Le 7 mai 4828, Lacordaire écrivait à un de ses amis de Dijon, M. Foisset, qui venait de fonder un journal et qui lui demandait sa collaboration, une longue lettre dont nous transcrivons le curieux passage suivant, et où l'on trouvera l'idée caractéristique que se faisait alors du journalisme le futur collaborateur de l'Avenir.

A ne considérer le Provincial i que comme une œuvre entreprise par des hommes que je connais, que j'aime ou que j'estime, je devrais è(rc tenté d'y prendre part. Le Provincial îcva du bien; ce serait un autre motif d'y apporter ma coopéralion. Toutefois, je veux discuter ce point avec vous, et vous exposer les raisons qui m'empêcheront de jamais écrire une ligne dans quelque journal que ce soit. Les unes sont tirées de la chose elle-même; les autres, de mon caractère ou delà trempe de mon esprit.

Un journal me paraît une affaire inique. C'est un lieu où l'on juge périodiquement, à de courts intervalles, les livres et les actions de ses contemporains, sans que la brièveté du temps permette de s'enquérir suffisamment de la vérité. C'est un lieu où quelques hommes, distraits par des occupations d'homme privé et de citoyen, viennent jeter le superflu de leurs loisirs et de leurs études, comme si une telle et si arbitraire justice de son siècle ne méritait pas qu'on lui consacrât au moins sa vie et une vie déjà mûre. C'est un lieu où l'on apprend aux hommes ce qu'ils doivent penser de tout, même des choses qu'on ne peut comparer ù. la règle immuable des devoirs Ir.nuaius, et

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